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lundi 11 janvier 2010

Quand l'Empire contre-attaque

Il achète des armes,
à ceux qui veulent bien lui en vendre,
soit la Russie, l'Iran, la Libye ...
et pleins d'autres pays in-fréquentables dont on ferait bien d'aller les aider un peu à retrouver le chemin de la « démocratie ».

Certes la Bolivie (du si gentil Morales), le Brésil (du modéré Lula), l'Argentine, le Chili, s'arment tout autant. mais Chavez étant un militaire, on sait ce qu'ont donné des militaires militaristes au pouvoir en Amérique Latine.

http://www.americas-fr.com/geographie/cartes/amerique-latine.gif

Voici une carte de l'Amérique Latine, somme toute anodine.
Au centre (du monde c'est bien connu), le Venezuela.
A l'ouest la Colombie. Au nord-ouest Panama, le Salvador, le Honduras.
Au Nord, les Antilles néerlandaises, Puerto Rico, à l'Est, Antigua y Barbuda.
Au Sud ouest, l'Equateur. Tous ces pays entourent donc le Venezuela.

Le gouvernement colombien a accepté en novembre 2009 l'installation de 7 bases militaires étasuniennes en Colombie. Dans le cadre du Plan Colombie, le gouvernement étasunien verse 750 millions de dollars bien sûr)

Le président de Panama a approuvé en décembre 2009 l'installation de deux nouvelles bases étasunienne sur son territoire. (Panama, envahis en 1990, dans une guerre éclair destinée à renverser le "dictateur narcotrafiquant" que les Etats Unis avaient soutenus pendant 20 ans.)

Le gouvernement des Pays Bas a mis à disposition depuis de nombreuses années les Antilles Néerlandaises (soit les îles d'Aruba et Curazao) pour y installer deux bases étasuniennes en pleine activité.

Avant 2008, existait en Équateur la base de Manta, une des plus importante base aérienne pour l'ensemble de l'Amérique Latine du fait de sa position stratégique. Elle a été fermée par le gouvernement équatorien, suite à l'incursion de l'armée colombienne en territoire équatorien en 2008, dont à résulté la mort du chef militaire et négociateur des FARC-EP, Raul Reyes.

Enfin se trouvent depuis la guerre Froide (et les dictatures militaires installées à l'époque) d'autres bases étasuniennes respectivement à Cuba (Guantanamo), au Costa Rica, au Salvador, au Honduras et à Antigua et Barbade.

Vous comprenez bien que tout cela a pour seul et unique objectif pour les États Unis d'amener la paix, la sérénité, et surtout, priorité n°1 des États Unis en Amérique Latine : de lutter contre le narcotrafic.

Quelques évènements plus ou moins récents assez fâcheux.

Comme l'encadrement des bases aériennes du Venezuela par les bateaux de la flotte étasunienne stationnés à Curazao (une des îles des Antilles Néerlandaises) pendant le coup d'État de 2002.

Comme l'entrée fin 2009 de troupes colombienne sur le territoire vénézuelien prétextant que celui-ci cache des camps des guérillas colombiennes, soit des Forces armées révolutionnaires de Colombie, Armée Populaire (FARC-EP), et de l'Armée de Libération Nationale (ELN).

Comme l'utilisation pendant 50 ans des bases militaires au Panama pour former des forces armées du monde entier aux techniques de contre-insurrection, enseignée à l'origine par nos brillant généraux français, expérimentés depuis la guerre d'Algérie, dans la célèbre école des Amériques (toujours en activité mais déplacée aux Etats Unis)

Comme l'utilisation d'une des bases aérienne étasunienne au Honduras pour faire transiter hors du pays le président constitutionnel Manuel Zelaya, destitué par un putsch militaire le 28 juin 2009.

Comme la réactivation de la IVe flotte étasunienne en juillet 2008, flotte dédiée à l'Amérique Latine, qui n'avait plus été utilisée depuis 1948, au début de la Guerre Froide.

Bref des circonstances fâcheuses.
Mardi dernier (5 janvier), on a pu voir dans le ciel de Caracas un avion militaire étasunien. Celui-ci venait de la base de Curazao et avait pénétré sans autorisation sur le territoire vénézuelien.
Le pilote a déclaré ne pas être conscient de son entrée illégale sur le territoire Vénézuelien (sachant qu'il se trouvait tout de même à plus de 500 km de distance de Curazao).
Par un curieux hasard, il se trouvait pile au dessus du secteur totalement interdit sans autorisation spéciale, de l'île de la Orchila, une base aérienne vénézuelienne.

Ce vendredi (8 janvier), re-belote, un autre avion militaire étasunien, venant lui aussi de Curazao, a  pénétré dans l'espace aérien vénézuelien. Après un rappel de la tour de contrôle, il a quitté le territoire prétextant une erreur (encore). Mais il est revenu quelques heures plus tard, et cette fois le rappel à l'ordre de la tour de contrôle n'a pas suffit et il a fallu envoyer des avions de la flotte vénézuelienne pour surveiller cet intrus et l'engager à quitter l'espace aérien vénézuelien.

enfin, dimanche, l'aviation vénézuelienne capture un avion servant au narcotrafic, immatriculé .. aux Etats Unis.

Je pense que les pilotes militaires étasuniens ont actuellement quelques soucis avec leur sens de l'orientation.

... Ou alors il se passe des choses pas jolies jolies dans la base de Curazao, et ailleurs.

Parallèlement, le gouvernement a rendu public peu avant Noël des informations qui tendraient à démontrer (conditionnel puisqu'aucune preuve physique ... pour le moment) que l'armée colombienne préparerait des faux positifs dans le but de déclencher des représailles du Venezuela et justifier une intervention étasunienne.


http://patalata.net/files/2960/Residente%20camiseta%20contra%20bases.jpgLes faux positifs ? Pratique consistant à tuer des gens (généralement des civils et des pauvres) et de maquiller leur assassinat pour faire croire que c'est le camp adverse qui a procédé au massacre.
Cette technique est couramment utilisée en Colombie par les paramilitaires pour maquiller leurs morts en crimes des FARC-EP. L'armée colombienne et le gouvernement d'Alvaro Uribe l'utilisent également. Puisque ce sont tous trois les mêmes. (Alvaro Uribe étant un des plus gros narco-trafiquant de la région, preuves à l'appui)

Je rappelle que les paramilitaires (communément appelés paracos, car également narco-trafiquants) sont des milices d'extrême-droite assassinant alternativement syndicalistes, leaders populaires, paysans ou civil sur le passage dans l'objectif de maintenir une politique de terreur sur le territoire colombien. et dont les glorieux aînés ne sont autres que la contra au Salvador, au Nicaragua et au Guatemala occasionnant quelques dizaines de milliers de morts et disparus.

"On estime que 70% des assassinats perpétrés en Colombie sont dus aux paramilitaires et 30% aux deux guérillas (soit les FARC-EP et l'ELN). Le chiffre grimpe à 90% en faveur des paramilitaires en ce qui concerne les disparitions."
Ces données sont celles d'Amnesty International, peut soupçonnable de sympathie gauchisante.






Et pendant ce temps le peuple vénézuelien s'arme ...

Ou plutôt se prépare.
Car l'Empire, les Etats-Unis et leurs gouvernements alliés (Colombie et Pays-Bas entre autres) menacent.
De plus en plus.
Il ne s'agit pas de céder à la panique, de hurler "c'est la guerre !", simplement d'être lucide.
Une attaque aura lieu.
On ne sait ni où ni quand mais elle aura lieu à un moment donné.
des tentatives ont déjà eu lieu en 2002, avec le coup d'État (flotte étasunienne prête à attaquer en cas de besoin), en 2002-03 (grève patronale), en 2005 et 2007 (mouvements étudiants financés par la Fondation Nationale pour la Démocratie, ou NED ainsi que l'USSAID)
Et c'est une certitude car quelle qu'ait été le gouvernement étasunien, depuis son origine, il est presque endogène à la politique étrangère de ce pays d'user de la violence pour assurer ses intérêts à l'étranger.
Et ça ne date pas d'hier, la doctrine Monroe (« l'Amérique aux Américains ») apparait en 1827.
http://wiserblog.files.wordpress.com/2009/02/monroe_doctrine.jpg

Ennemi intérieur

Ce n'est pas pour rien que l'opposition anti-chaviste est qualifiée d'apatride.
Parce qu'elle sert objectivement les intérêts économiques des États Unis.
Sa stratégie pour reprendre le pouvoir est basée sur la peur, la terreur et la création de troubles à l'ordre public, et la dénonciation systématique de toute action du gouvernement.
Ils l'ont démontré à de nombreuses reprises, ce n'est même plus la peine d'en faire la démonstration. Une intervention militaire  ? L'opposition vénézuelienne n'attend que cela.

Une preuve ? Avant hier durant un programme « d'opinion » (soit de propagande anti-chaviste) de Globovision. Un leader de l'opposition expliquait la catastrophe actuelle des rationnements qui vont conduire le pays au bolchévisme. Somme toute, la routine. L'interview se concluait : par « quelle est la solution à tout ça ? » demande le présentateur. Et le leader de répondre « bien sûr les élections en 2012, si nous arrivons à nous unir, à trouver un programme commun. Mais avant tout la solution est militaire ». Le présentateur a poussé un cri de surprise signifiant surement "Comment ose-t-il dévoiler publiquement ce que nous pensons tous ?"

Ils en sont conscients, les contradictions du processus ne sont pas suffisantes pour que celui-ci s'effondre de lui-même. Dommage pour eux, dans l'État actuel des choses, Chavez dispose d'un soutien de la population oscillant entre 55 et 65%. Aucun sondage, aucune étude sérieuse ne le montre, simplement c'est l'état du rapport de force politique au Venezuela, depuis 10 ans de processus, jamais la popularité du projet révolutionnaire n'a chuté en dessous de 50%.

Quand aux chavistes armés jusqu'aux dents, depuis l'origine Chavez l'a toujours répété :
« la révolution bolivarienne est une révolution pacifique mais elle n'est pas désarmée ».

Alors on tombe dans la dictature sous contrôle militaire ? Certainement, tout comme l'Armée zapatiste de Libération Nationale dans le Chiapas, qui comme on le sait est une organisation terroriste, et qui porte les armes depuis 1994 et que ne s'en est plus servi depuis un mois après son insurrection. Ah c'est pas pareil ? parce que là c'est un Etat ?

Tout cela fait peur en Occident, à juste titre.

L'armée ça nous rappelle la Seconde Guerre Mondiale.
Les milices ça nous remémore les SS, ou les voltigeurs et le GUD.
Le drapeau, l'hymne, c'est Vichy.
La Nation, c'est le fascisme.
La Patrie c'est Pétain.
Et il est clair que vu l'État actuel du débat sur l'identité (raciste) national(ist)e,
Il vaut mieux manier ces thèmes là avec les plus extrêmes précautions.

Mais il ne faut pas projeter notre histoire sur le monde entier tels les Lumières de la civilisation que nous ne sommes plus (et n'avons peut être jamais été).}
Ici,
L'armée c'est le peuple.
Les milices c'est les gens des barrios, organisés pour défendre leur processus.
Le drapeau c'est la lutte d'indépendance et contre l'oligarchie.
L'Hymne, c'est "Gloria al bravo pueblo", il passe à la télé et la radio 4 fois par jour (6h du matin, 12h, 6h du soir, minuit) sur toutes les chaines, y compris privées..
La Patrie, elle est grande (Patria Grande), c'est l'Amérique Latine.
Ils ont des héros, des figures, Rodriguez, Miranda, Bolivar, Sucre, Zamora, Cipriano Castro ...
La Nation, c'est la fierté des vénézueliens.

Et ils peuvent être fier d'être le premier peuple qui a su mener une révolution au XXIe siècle, au moment où triomphait le The Is No Alternative, où  l'altermondialisme émergeait à peine (Seattle en 1999), le Venezuela était seul État à tenter une aventure socialiste novatrice. (le zapatisme fut un mouvement certes antérieur mais sans prise du pouvoir)
Et il a tenu.

La menace est Occidentale. 
Vous vous en doutez mais il faut le rappeller : Aujourd'hui, la menace mondiale à la paix n'est pas le « terrorisme ».

Ce sont les Etats-Unis en Irak, l'OTAN en Afghanistan, Israël en Palestine, l'ONU et la France en Haïti. Oui c'est aussi du terrorisme, si l'on veut.
(vous l'apprenez pour Haïti ? Allez lire le billet suivant si vous ne l'avez pas encore fait)

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEjNYmdjqnZz2ZAmssukK3A5zCzC1lSOHDIe6CxWAx7_6lnTs2OM6aBcm13fPdGP8B8XW_ziDtJpzYytLP-2zpkMNZdy0H9kPYgg93vc6uEhmckU7fYu8SNG2B613K0fY07HUPpOID0q4iSe/s760/Nuestra+America+en+Lucha.jpgEt là dedans, le principal responsable, c'est le yankee, l'étasunien. Soit son gouvernement et son armée. Non pas l'américain car dire ce mot pour parler des étasuniens c'est encore affirmer cette doctrine Monroe qui voudrait que les Amériques appartiennent toutes entières aux habitants des Etats-Unis. D'ailleurs ALBA est l'acronyme d'Alliance Bolivarienne pour les peuples de « Notre Amérique ».

L'exemple de la continuité de cette doctrine impériale nous a été donné récemment avec le coup d'État au Honduras, dont les manifestations monstres de mercredi dernier ont démontré que le peuple est toujours fermement mobilisé 194 jours après le début du "´putsch démocratique"

Ici des communiqués du gouvernement décorent Obama du prix Nobel de la comédie.
Des spots de propagande passent tous les quarts d'heure, y compris sur les chaines privées où c'est imposé, appelant à la paix, à la conciliation, à l'union avec le peuple colombien, et contre ces nouvelles bases étasuniennes, contre l'impérialisme.
Les chaines publiques passent et repassent Full Metal Jacket, Apocalypse Now, Docteur Folamour, et des documentaires sur Martin Luther King, Gandhi, Malcom X.
On apprend que les pauvres aux Etats Unis souffrent actuellement de la faim, (1/6 des New Yorkais)
On réétudie les interventions étasuniennes depuis un siècle dans le monde entier, les activités occultes de la CIA dont nous n'avons aucune, absolument aucune, idée de l'ampleur, du peu que nous savons en Europe.
Non, NON, par pitié, ne me ressortez pas l'excuse de la « théorie du complot » pour discréditer mon propos.
Il n'y a aucun complot
Il y a une politique suivie, à visage découvert, si tant est que nous voulons ouvrir les yeux, de conquête impériale par la plus grande puissance mondiale dans le monde entier.

http://neccint.files.wordpress.com/2009/11/imperialismo_3.gif
Dès son origine, ce pays a été basé sur la conquête et la guerre : contre la Grande Bretagne, puis contre le Mexique, (avec annexion de la moitié du territoire), puis contre les populations originaires communément appelées « Indiens », commettant au passage un génocide monstrueux, puis contre Cuba, et l'Amérique Centrale, arrivant à ce qui est plus ou moins connu, la Corée, l'Iran, le Vietnam, l'Afghanistan (avec les Talibans), l'Irak, la Yougoslavie, et de nouveau l'Afghanistan (contre les Talibans) et l'Irak. et bientôt l'Iran une fois encore.

Mais aussi n'oublions pas le Cambodge, le Laos, le Timor, le Congo, le Guatemala,Panama, ...
Et tous ces "gouvernements de paille" maintenus dans toute de l'Amérique latine pendant des décennies, pour assurer la domination étasunienne, utilisant également sans complexe des dictatures.
Et tout ceux dont nous ignorons les interventions.
Comme ces gouvernements "démocratiquement" renversés, telles ces « révolutions oranges » dans les pays de l'Est, tous financés par la NED, l'USAID, ... les mêmes qui tentèrent de déstabiliser le pays en 2002 ou 2005 au Venezuela.

La propagande  la télé parle donc de l'impérialisme, mais aussi des réalisations du gouvernement. Des avancées sociales et du socialisme du XXIe siècle.

Car n'oublions pas une chose.
La lutte anti-impérialiste ne se fait pas contre un pays mais contre une idéologie.
Avant tout, ces guerres impériales n'ont pour objectif global que d'asseoir les intérêts économiques de la nation nord-américaine et des multinationales étasuniennes ... et du capitalisme. Je rappelle que la vente d'armes (et le narcotrafic) sont deux manières très simples de faire de l'argent. La lutte anti-impérialiste est indissociable de la lutte contre le capitalisme.
Et le meilleur moyen de lutter contre cet impérialisme c'est encore de développer un modèle de société autre que le capitalisme.

Voilà pourquoi le peuple s'arme.
Pas pour faire la guerre, mais paradoxalement pour défendre la paix. et je sais que c'est inaudible en Europe, tant ce propos à été utilisé pour justement justifier ces guerres.

Voilà pourquoi le "civico-militaire".
Pour qu'il n'y ait pas de guerre entre ces deux peuples frères que sont le Venezuela et la Colombie.
Pour que n'arrive pas au Venezuela ce qui est arrivé au Honduras,
et dans tant d'autres pays du monde entier.
Car si un peuple et une armée ne forment qu'un, l'armée ne peut tirer sur le peuple.
Que l'on le veuille ou non, ici ils y croient.
Quand à la guerre sociale, elle se joue au quotidien.
Ici, comme aux Etats-Unis, comme en France.
Et que dans cette bataille de l'exploiteur contre l'exploité, l'État bolivarien, a pris le parti de l'exploité.

Et il est clair que cette guerre-là, nous savons qui nous devons soutenir, quoi qu'il arrive.

Et tant qu'on y est : Élevons la voix dans une chanson à faveur de la paix.
Chanson de propagande, je précise.

De la militarisation du régime


Cet article est polémique et me place dans une position peu confortable.
Cet article peut alimenter le discours anti chaviste, car il fournit des arguments à ceux qui cmbattent le processus vénézuelien. 


N'étant en rien anti-chaviste, (pas plus que chaviste au passage) je le publie néanmoins, en espérant que mes lecteurs auront suffisamment de recul pour ne pas projeter immédiatement leurs préconçus occidentaux sur ce qui va être dit.
Laissez de côté votre colonialisme intellectuel
. Et lisez jusqu'au bout, ou ne lisez pas du tout.
Il ne s'agit pas de justifier mais d'expliquer et de tenter de comprendre un contexte lointain pour des européens.
Et si vous voulez imaginer d'autres choses, libre à vous, mais ce ne sera dès lors que le fruit de votre imagination fertile.


Car malgré le panorama idyllique et propagandiste que je vous dresse depuis on arrivée,
il y a une chose qui est pour moi très dérangeante dans ce pays, soit :

la MILITARISATION DU RÉGIME (bouh!)


Et je me dois de vous conter la vérité.

Ou presque.

Alors donc le Venezuela se militarise.
Vu l'avez sans doute lu, entendu, vu, même des journalistes plutôt connaisseurs des réalités de terrain le disent, ce doit donc être vrai.

Je n'aime pas les militaires.
Education à la non-violence, ayant vécu à proximité du plateau du Larzac et de la lutte contre l'extension du camp militaire des années 70 ...
La dernière que j'ai vu des militaires ailleurs qu'au Venezuela, c'était à Strasbourg pour le contre-sommet de l'OTAN et ils n'avaient pas des intentions pacifistes.

http://blaaah.files.wordpress.com/2009/04/dsc_242200011.jpg


Le bruit de botte n'est donc pas un son qui m'est spécialement sympathique.

Existe a ce jour, au Venezuela comme partie des forces armées du Venezuela (fuerzas armadas venezolanas):
- L'Ejercito Nacional, soit l'Armée De Terre, armée de métier, qui a pour but de défendre le pays contre les menaces extérieures. Elle intervient principalement le long des frontières. Environ 120 000 personnes.

- La Garde Nationale Bolivarienne (anciennement Guardia Nacional) : autre composante des forces armées qui peut se voir attribuer des compétences civiles comme le maintien de l'ordre public, ou selon les compétences définies par la loi, des missions de police administrative mais également participe au développement du pays. Mais peut servir de support à l'Armée .Facilement reconnaissable à sa casquette rouge. effectifs : 36 000 personnes.

- La Garde d'Honneur Présidentielle, qui protège le président et le palais de Miraflores. On peut la différencier de la GNB de par les lettres GH inscrites sur sa casquette rouge.

- La Milice Nationale : composée d'une part de la réserve, soit des personnes ayant réalisées leur service militaire (volontaire et non obligatoire à ce jour) et d'autres part des milices civiles : Il s'agit de groupes civils qui ont suivi une formation militaire et sont prêts à défendre le pays en cas de nécessité. Il existe les milices populaires (dans les barrios) les milices ouvrières (dans les usines), les milices paysannes (dans els campagnes) et els milices de Femmes. ON estime actuellement son nombre à 600 000 hommes et femmes, l'objectf étant d'atteindre 1,2 millions.

- On doit ajouter à cela l'Armée de l'Air, la Marine Nationale ainsi qu'un corps de services secrets récemment renforcé.

Ils sont donc partout les militaires. On les croise dans la rue. On en croise à l'entrée du parking souterrain de Vive TV. Devant les ministères. Également dans les quartiers, accompagnant la mission Barrio Nuevo Tricolor pour construire des maisons.
Oui, il y a des militaires dans les rues, dans le métro, dans les café, dans les quartiers populaires, dans les usines  ...

Puisqu'il n'y a pas de police.
Ou quand il y en a une, elle est corrompue, au service des fortunés, que ce soit du flic de rue au haut gradé.
(Chose qui risque de changer avec la création de la Police Nationale Bolivarienne qui outre sa formation à l'ordre public, suit un cursus spécial portant sur ... le respect des droits de l'homme.)

En attendant ils sont indispensable pour assurer un semblant d'ordre public dans un pays où criminalité ne se limite pas à un vol de sac à main.

Comme je l'ai déjà expliqué dans un précédent article, (si les exceptions ne confirment plus la règle) il existe ici une doctrine, caractéristique du processus vénézuelien, que l'on appelle l'union civico-militaire.
Et pour la comprendre, il faut en référer avant tout à l'histoire du pays.

Le point de balancement entre la lutte sociale et la naissance d'une nouvelle espérance politique populaire dans ce pays a été le Caracazo, une émeute populaire le 27 février 1989, contre les privatisations et le gouvernement néolibéral, les pauvres ayant été poussés à la rue par la faim. Au delà de l'émeute sanglante (2000 à 3000 morts selon les sources), a pu être observé un élément fondamental :  certains militaires ont refusé de tirer sur la foule.

http://www.megaresistencia.com/megaresistencia/noticias/images/stories/caracazo-fidelvasquez.jpg

Issus des classes populaires, ces militaires ont formé au cours des années 80 des groupes militants internes à l'armée prenant l'appellation de ... bolivariens. Ils portent des valeurs de justice sociale ainsi que l'idée que les militaires ne peuvent être dissociés de la population.

En 1992, ce sont ces mêmes militaires bolivariens, avec à leur tête le colonel Hugo Chavez, qui tenteront un coup d'État contre l'oligarchie encore en place. Malgré l'échec, c'est là que nait l'admiration populaire pour Chavez, qui va oser assumer la responsabilité du coup, et lancer un nouvel espoir.

http://www.notitarde.com/portadas/ediciones/aniver/aniver2006/imgespe/30G/1992/CHAVEZ-GOLPE%204%20FEBRERO.jpg

En 1998, Chavez est élu président. Face à lui, une opposition et une administration largement hostiles. Mais les programmes sociaux ne doivent pas attendre. Qui va sur le terrain, planifier, construire les routes, aider les personnes en difficultés, organiser les constructions de logements ? Les militaires bien sûr, qui nouent ainsi des liens de plus en plus étroits avec le peuple.


http://www.venezueladeverdad.gob.ve/archivos/media/articulos/2009/08/guardia-nacional-bolivariana-celebra-72-aniversario-1.jpg
En avril 2002, c'est le coup d'État de l'opposition appuyé par les États Unis et par les médias privés. Ce coup sera mis en échec par la très large mobilisation de la population ... et une importante partie des personnes d'extraction populaires au sein de l'Armée, mais également des gardes bolivariens et de la garde d'honneur, restés fidèles à Chavez, qui reprendront le Palais présidentiel des mains des militaires putschistes.
A partir de là, du fait d'un travail interne et d'une prise de conscience collective, le secteur bolivarien va devenir majoritaire au sein de l'institution.

Au vu de tous ces éléments, vous devez bien comprendre que les militaires ont eu un rôle plus qu'essentiel dans le processus révolutionnaire actuel.

Au niveau de l'histoire même du pays, l'armée vénézuelienne n'a également que peu de choses à voir avec les armées occidentales. Ainsi que les héros de la cause du peuple ont été aussi des militaires.

http://www.seniorjadore.com/var/plain_site/storage/images/loisirs/genealogie/l_aventure_bolivarienne_de_madame_coquis/77303-3-fre-FR/l_aventure_bolivarienne_de_madame_coquis_large.jpg

Les seules guerres extérieures menées par l'armée vénézuelienne l'ont été contre les Espagnols, soit une guerre de libération nationale. Nous fêtons d'ailleurs cette année le bicentenaire de l'indépendance. Le général Simon Bolivar, commandant cette armée indépendantiste, portait déjà cette idée que l'armée et la population ne font qu'un.

Le projet « expansionniste » du même Bolivar de Grande Colombie n'a consisté qu'à libérer la moitié nord de l'Amérique Latine du colonialisme espagnol et de tenter d'unifier ces nations frères, c'est la seule intervention extra-territoriale jamais menée par le Venezuela. On est loin de la conquête impériale de notre Napoléon national. Ce dernier projet transnational échoua, du fait de trahisons et de luttes pour la succession.

Suivra quelques dizaines d'années plus tard une guerre fédérale, entre les armées de l'oligarchie souhaitant se maintenant au pouvoir après l'indépendance, et l'armée du général Ezequiel Zamora. L'armée de Zamora était constituée de paysans, de pauvres et d'esclaves libérés. Son mot d'ordre : "Terres et hommes libres. Que tremble l'oligarchie !".
On a fêté le 150 anniversaire de son assassinat ce week end.

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEgUmj4nIQlslKVcT64TT5kflfroqwqc6Zj9B6PCTF1yWDzEFA3PDO215vouyzhZzeQVlR02KwdfWSd3ydbl5MkvzGgMOuXxTMlHYnFtHeNRp1__d8rKlT1c63hPTEISmCYLnrj5njyBeExf/s320/2_ezequielzamora+2.jpg

Après cette époque, l'armée a joué pendant des décennies son rôle classique de force répressive au service du pouvoir, en allant, par exemple, jusqu'à intervenir à l'intérieur de l'université centrale du Venezuela en 1969 (el allanamiento) pour mettre un terme à la contestation estudiantine, avec un effectif de 2000 soldats, auxquels s'ajoutaient quelques chars. L'Armée, comme la Police, étaient alors synonymes de répression, de peur et d'injustice.

http://ve.kalipedia.com/kalipediamedia/historia/media/200808/03/hisvenezuela/20080803klphishve_36_Ies_SCO.jpg


Mais le développement de la conscience "bolivarienne" dans les années 80 a peu à peu fait évoluer cette mentalité proprement militaire.
Actuellement, dans le prolongement des idées bolivariennes, l'Armée se forme .. intellectuellement. Cercles de discussion, lecture, alphabétisation, conscientisation politique, études supérieures et action de terrain avec la population, à la fois pour protéger et organiser les projets populaires ...

Alors quoi, serais-je devenu militariste ?
Amoureux de la « ration de topinambour et de la Ligne Maginot ? » comme le chantait (l'ex) chanteur populaire Renaud.
Pas pour un sou.
Il y a simplement une légère différence entre nos forces de répressions occidentales et las Fuerzas Armardas Venezolanas.

Et je crois que le fait que je puisse serrer la main du Garde Bolivarien de garde en allant le matin au boulot,
ou d'en croiser en pleine ville en train de discuter, rire, faire la bise aux passants, à des amis,
d'en voir acheter des clopes, téléphoner, manger le midi dans une panaderia, même d'en voir aux toilettes publiques,
et de voir des hommes mais également un nombre non négligeable de femmes,
se comporter comme n'importe quel "citoyen" ...

constituent suffisamment de preuves à mes yeux de cette différence.

Ça ne vous suffit pas comme explication ?

Très bien.

Alors passons à la deuxième partie de l'explication :