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dimanche 24 janvier 2010

Ceci n'est pas un soutien populaire

Vous vous en doutez, si j'ai assisté à la manifestation de ce 23 janvier, ce n'est que par considération purement journalistique visant à décrire le plus fidèlement le déroulement d'un de ces rassemblements dont la vocation n'est que d'appuyer la dictaturrrrrrrrrrrrrrre. On m'a prévenu d'ailleurs, un ami bien informé m'a dit qu'il avait entendu un de ses cousins dire qu'un ami a lui avait vu des militaires entrer dans les maisons pour forcer les gens à aller manifester. Une source sûre.

Ainsi donc, suivant l'appel du Gouvernement, je me rends deux heures après le départ de la manifestation sur le point d'arriver, à proximité du centre-ville. Evidemment, je n'ai pas été surpris de voir qu'il n'y avait personne, que c'était tout juste à moitié vide, et qu'il n'y même pas de personnalité politique sur l'estrade. Les "gens" aux alentours m'ont dit que c'était parce que la manifestation n'était pas encore partie.

Rassuré sur la véritable capacité de mobilisation de ces socialo-communistes rouges à casquettes, je me dirige vers le centre ville histoire de déguster un entremet au restaurant français le plus proche.

Le problème c'est qu'à cause de ces Jean-foutre, toutes les rues étaient bordélisées. Tous les deux cents mètres, un petit groupe écoutait un muezzin bolchevique  faisant le sermon en criant des "Viva Chavez" et autres signes d'aliénation collective. A certain moment on croirait presque qu'il y a une manifestation, mais je ne me laisse pas avoir, je sais bien que cela ne peut être vrai.





Sur les coups des 14h, je me décide à retourner sur le point d'arrivée de l'action : la place O'Leary.
Et là je ne sais pourquoi, mais les gens se sont unis pour m'empêcher de passer ! Impossible d'approcher plus près. Certains arguaient du fait qu'il y avait trop de monde.
Sottise ! Je vois bien qu'il restait encore de l'espace au beau milieu de la fontaine.




Bien décidé à ne pas me laisser abattre je me fraye un passage, en m'offrant au passage un casquette couleur locale, histoire de m'infiltrer au cœur de la populace sans être identifié.

Après moult coups de coudes et de fesses et un certain nombre de pieds écrasés, j'arrive enfin à 4 mètres des barrières marquant la fin du territoire autorisé. Devant moi une pancarte : "Je donnerais tout pour pouvoir t'embrasser". J'ai cru un instant qu'il s'agissait de moi. Dommage.

Il est 15h.

Venue du fond de l'avenue, à présent toute aussi bondée que là où je me trouve, descend une camionnette avec à son bord un type, qui fait des signes de la main. Il semble que cette personne relève d'une certaine importance étant donné le mouvement d'hystérie collective qui se déclenche à sa vision.






Enfin, hystérie serait un mot beaucoup trop faible, ça crie, ça hurle, ça court vers la camionnette, sans se préoccuper des risques importants qu'il y a à se faire écraser sous un pneu.
Le type perché sur le toit de la camionnette sourit, et quand il regarde dans la direction de quelqu'un, celui-ci hurle. rarement on a vu pareil spectacle, sauf peut être à Rome avec Jean Paul IV.





Enfin, hystérie serait un mot beaucoup trop faible, ça crie, ça hurle, ça court vers la camionnette, sans se préoccuper des risques importants qu'il y a à se faire écraser sous un pneu.

Le type perché sur le toit de la camionnette sourit, et quand il regarde dans la direction de quelqu'un, celui-ci hurle. Rarement on a vu pareil spectacle, sauf peut être à Rome avec Jean Paul IV.

La voiture passe devant moi, sans laisser le temps aux journalistes aux alentours de poser une seule question au type. Quel toupet !

Et puis des balcons aux alentours, des gens balancent des confettis. Enfin le type arrive sur l'estrade.

Les gens hurlent des cris animaliers tels "Uh Ah, Chavez s'en va pas"

Et voila que le type commence à prendre la parole en chantant l'hymne national. J'en suis désormais sûr, il y a un grand péril nationaliste ici. La preuve ? Tout le monde chante autour en coeur, plus ou moins juste (ne peuvent-ils pas prendre des cours de chant à la fin ? C'est agaçant pour les oreilles sensibles)






Il enchaîne avec deux trois autres chansons connues également du public. Je commence à comprendre qu'il s'agit d'un amuseur public. En attendant, je suis comprimé entre une représentante de la « Mission santé" et un membre du « Front national (raciste ?) paysan Ezequiel Zamora ». Je révise ma Bible, Ezequiel était une figure maléfique de l'Ancien Testament. Difficulté à respirer, mais je dois rester, pour l'honneur de l'information juste et équilibrée.

Et puis il commence son discours, sous les cris toujours plus animaliers d'une foule qui ne l'écoute pas. Enfin ils se taisent (c'est agaçant vraiment), les quelques groupies à l'avant daignent baisser leur drapeau pour permettre aux autres groupies de voir le spectacle.
Bon le type parle,  parle, parle ;  en fait de parler, il se répète un peu beaucoup.
"Vive les femmes, vive la révolution, vive la socialisme !"
Apparemment, ce qu'il raconte a un peu d'impact sur la foule qui crie de plus belle.
Au-dessus de lui, un écran géant montre le type, puis montre la foule. Il semble qu'il y ait du monde.

Décidé à rendre compte de la réalité de la supercherie (puisque tout ceci est une mise en scène bien entendu).

Je remonte les avenues adjacentes. Non, elles sont vraiment bondées. L'autre avenue ... aussi, sur encore 200 mètres. Et plus bas ? Egalement. Mais il y a vraiment des centaines de milliers de personnes dans la rue ?

Avec toute la mauvaise volonté que l'on peut admettre vis-à-vis de ce genre de sauterie, il faut admettre que oui, il y a vraiment tout ce monde. Et les trois quarts d'entre eux portaient des t shirts, casquettes, drapeaux, rouges, signe qu'ils ne sont pas tout à fait inconscients de pourquoi ils sont là. Mais bon dieu, rentrez chez vous, ça ne sert à rien, vous ne passerez pas à CNN, qu'est-ce que vous croyez ? Vous ne vous rendez pas compte que vous êtes en train d'appuyer démocratiquement une dictature sanguinaire qui outrepasse la liberté de consommation et de spéculation ?







Alors bon, résigné, découragé par tant d'acharnement à détruire ma haute et juste pensée journalistique, je m'en vais, suivant une des avenues, toujours bondée, en fait, on peut croiser des manifestants pendant encore près d'un kilomètre. 1h plus tard, arrivé à mon logis, je regarde Globovision, la véritable télévision : il semble qu'il n'y a pas eu de manifestation place O'Leary aujourd'hui, seulement un rassemblement de l'opposition dans les quartiers de l'est, avec un très très très grand succès. Je regarde les images ... comparativement, c'est quand même un bel un échec pour les forces de la liberté.

Et puis finalement je me rassure, puisque je sais pertinemment que demain l'on ne verra que cette seconde manifestation là dans les médias occidentaux et nullement la première.

Re-motivé, et bien décidé de rendre compte de la réalité objective d'un pays dictatorial sans liberté d'expression j'entame mon article à paraître demain qui s'intitulera : "Malgré les pressions du régime, la population du Venezuela a boycotté massivement la parade militaire du dictateur".




Qui ira vérifier ?


En direct de Caracas, JPL, pour Le monde de la désinformation

PCC Grégoire SOuchay



Post Mortem : On annonce que c'est un confrère d'El pais, journal espagnol toujours objectif et jamais partisan, qui s'est rendu complice de la couverture de cette manifestation de mauvais-sens (en espagnol) :



mercredi 16 décembre 2009

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le pouvoir populaire

http://files.nireblog.com/blogs1/nuevaviaenlinea/files/consejo-comunakl.png
Vous le savez maintenant, l'organe de base de la révolution bolivarienne est le conseil communal. On en parle beaucoup, souvent, et pourtant il est difficile de se représenter ce que c'est exactement. J'ai pu rencontré un membre d'un conseil communal qui a su très simplement m'expliquer tout ce qui peut se passer là dedans, y compris les problèmes rencontrés.

-Un peu d'histoire

Les conseils communaux ne sont pas nés avec la Révolution. Ou plutôt, il existait auparavant des structures multiformes, comités de voisins, comités de santé, comité pour la terre, pour les plus anciens. Avec l'entrée en campagne en 1994 de Chavez, des groupes de citoyens ont commencés à former des cercles bolivariens, organisations politiques d'appui populaire, qui ont demeurés après l'arrivée au pouvoir de Chavez et ont commencé à entrevoir une structuration des quartiers. Mais sous l'impulsion de Chavez, cette idée de « conseil communal » prend son ampleur véritable avec le cadre de la nouvelle constitution approuvée à 70% en 1999 et surtout la loi des Conseils Communaux en 2006. Les principes sont simple : « démocratie participative et protagonique ».

Reste à les mettre en application. A partir de 2007, l'élan est lancé. Des conseils se créent dans tout le pays selon des règles plus ou moins strictes. Il existe selon le ministère aujourd'hui les 34 000 conseils communaux dans tout le pays.

- la naissance d'un conseil communal

Tout commence par un groupe de gens dans un quartier qui ont peu ou prou envie de faire bouger les choses, chavistes ou non d'ailleurs. Que ce soit dans les quartiers populaires des grandes villes ou dans les communautés rurales, paysannes ou indigènes, les conditions de vie sont souvent difficiles, parfois extrêmes, et certains problèmes locaux urgents ne sont visible que par les habitants de la communauté. Ce groupe de gens commence à se réunir et forme un comité électoral. Celui-ci va avoir eux tâches :

d'une part faire du porte à porte dans la zone concernée pour établir un état des lieux complet de la situation avec les attentes de chacun des habitants. Il n'y a aucune obligation de participation et tout le monde a droit à prendre part à cet état des lieux.

D'autre part, organiser les élections des membres du conseil communal. Dans celles-ci, chaque habitant va voter pour au minimum 3 différents comités. Un comité des finances, un comité de contrôle, et le comité exécutif.


Ce comité exécutif est lui-même composé de l'ensemble des comités du conseils, cela peut varier, j'ai pu assister à une élection où il y avait 16 comités différents : santé, éducation, location, sécurité, sport, culture, égalité des genres, ...


- l'élection


Pour être valables légalement les élections doivent rassembler les votes de plus de 60% des habitants de la communauté.
On élit donc ses représentants, avec un vote à bulletin secret avec comme preuve de vote un doigt trempé dans l'encre.
Le dépouillement est réalisé par le comité électorale et doit systématiquement être public. Si une personne pose un doute sur ne serait-ce qu'un bulletin de vote en trop ou manquant, l'ensemble des bulletins doivent être recomptés.
Les représentants sont élus pour une durée de 5 ans. Le conseil prend alors son nom, généralement celui de sa communauté, ou parfois d'autres noms plus parlants pour les habitants.


- Le développement des projets


Chacun de ces comités va ensuite se consacrer à son domaine et proposer un projet. Ce projet ne sort pas de nulle part puisque chaque comité va se référer aux besoins de la population qui ont été exprimés dans l'état des lieux précédemment réalisé. Le comité a également la charge d'établir le budget nécessaire pour son projet.

Une fois établit le projet et budgétisé, celui-ci sera présenté par le/la ou les portes paroles élus devant l'ensemble de la communauté, réunie en assemblée du comité exécutif. Quand on parle d'une réunion de conseil communal, il s'agit de ce rassemblement général de l'ensemble des comités. Les portes paroles y sont bien sûr présents mais tout membre de la communauté peut y assister. S'il y a des votes à faire, l'on convoque les habitants pour le conseil communal suivant.

L'exécutif va alors décider en fonction encore une fois des besoins les plus urgent exprimés par la communauté, quel projet sera lancé en priorité et ces informations sont transmises au comité de finances. Celui-ci est là encore bien structuré puisque qu'il y a toujours au minimum un porte-parole, un secrétaire et un conseiller financier. Toutes ces personnes sont formées par des ateliers et des formations données de manière gratuite par le ministère.
Le ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes va alors allouer les fond via le Fond de Développement Communal (Fundacomunal), qui sont parfois très importants et la gestion revient à la banque communale, soit au comité financier. Le comité de contrôle s'assure que les fonds alloués seront bien acheminés vers leur destination, et surveille également la bonne tenue des mandats, le suivi des projets etc ...

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L'exécution pratique



Le projet est lancé, l'argent est arrivé, on passe à la phase d'exécution. Il s'agit d'une dynamique locale donc doivent être systématiquement privilégiés les travailleurs de la communauté. C'est seulement si la communauté ne dispose pas des équipes nécessaires que celle-ci peut utiliser un main d'œuvre extérieure, là encore sous l'œil du comité de contrôle. Ces travailleurs seront embauchés de manière contractuelle, pour exécuter la tâche précise demandée, avec toutes les conditions sociales légales qui vont avec : tickets resto, 13e mois, retraites, assurance maladie, ...

Parfois, il n'y a pas besoin de finances étatiques, juste de main d'œuvre volontaire : nettoyage des rues, réparation d'un transformateur électrique. Les choses s'organisent évidemment aussi de manière moins formelle et beaucoup plus rapide, entre voisins.


- Formation permanente


Tout ce travail est évident plutôt compliqué pour des personnes n'ayant jamais géré un budget ou ne sachant pas dépsoer un projet. Le gouvernement par le biais de l'Ecole de Planification du Pouvoir Populaire et du Fond de Développement des Conseils Communaux (Fundacomunal) organise donc régulièrement des ateliers de formation pour les représentants des conseils communaux. Fonction politique du conseil, organisation des projets, structure pratique, tous ces aspects évoqués sont ensuite diffusés dans les communautés par les représentants présents, afin de multiplier les savoirs.

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-Les salles de bataille sociale

autre du président du Venezuela, mise en pratique depuis 2007. Les Salles de bataille sociale (SBS) sont des lieux de rencontre, de partage d'expérience et de coordination des différents conseils communaux. Ils n'ont pas de valeur décisoire. Les seuls maitres des décisions restent les habitants organisés.

Cependant, certaines communautés (comme celle de Gramoven) sont allées plus loin puisqu'elles ont décidées d'unir plusieurs conseils communaux pour donner naissance à un conseil sectoriel (consejo parroquial). Cela a pour principal avantage de donner naissance à des projets de plus grande ampleur.


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- Les problèmes courants


Les conseils communaux rencontrent deux principaux problèmes :
le manque de participation de la communauté, dont parfois cela tient à des motifs purement idéologiques, les conseils communaux étant perçus par l'opposition anti-chaviste comme un organe local de contrôle du gouvernement. Mais la majorité des habitants ne participant pas ne trouve pas tout simplement pas d'utilité à sa présence et délègue aux représentants des comités le travail militant.

L'exposition des individualités. On retrouve quasi systématiquement des gens qui vont vouloir imposer leur vision, écraser celles du voisin, déclencher des querelles de personnes qui parasitent les conseils, et qui contribuent à parfois décourager de nombreux participants. Les querelles d'organisation sont souvent de ce ressort elles-aussi, sommes toute, le lot de n'importe quelle organisation collective.

Il y a également les problèmes de corruption, les sommes en jeu étant très importantes, l'argent est parfois mal géré, ou pas géré du tout. Et des larges part disparaissent parfois dans la nature.


-La réforme de la loi des conseils communaux


Pour parer à tout cela, le gouvernement est actuellement en train de discuter une loi, devenu organique, soit à valeur supérieure, réformant l'ancienne loi des conseils communaux. Les représentants des conseils communaux ainsi que la population participe au travers de tables rondes dans le pays à l'élaboration de cette loi.
Celles-ci alourdit considérablement les sanctions à l'égard de ceux qui seraient pris en train de se servir dans les caisses. Également la loi me en place un guichet unique, soit une instance unique dépendant du Ministère pour les communes, qui se charge de l'ensemble des questions, certaines touchant souvent plusieurs ministères à la fois (finance, communes, éducation, santé ...). enfin cette loi crée également un droit à la remise en question d'un mandat à n'importe quel moment si un ou une représentant-e: n'effectue pas son mandat ou agit pour son intérêt propre.


- Les conseils populaires de communication


cette fois l'idée revient à la chaine de télévision Vive TV, qui au travers de l'école latino-américaine de cinéma et de télévision a impulsé dans les quartiers la naissance des conseils populaires de communication. Il s'agit non plus d'une simple commission communication dans les communautés, mais bien d'un processus de ré-appropriation de l'information par en bas. Là encore, des formations sont dispensées, les principaux thèmes abordés étant l'aspect théorique de la communication populaire avec la critique du modèle médiatique dominant, et la guérilla communicationnelle : il s'agit juste des outils pour donner les informations sur ce qu'il se passe dans sa communauté : fabrication de pochoirs, peinture murale, journal communal en sont les principaux. L'idée est toute récente mais ceux ci se développent rapidement au travers de l'ensemble du pays.


- Vers les communes socialistes

Un récent projet gouvernemental prévoit d'aller encore plus loin. Il ne s'agit plus seulement de gérer localement la communauté mais bien qu'elle participe à la vie politique nationale et qu'elle puisse construire ses propres outils politiques populaires, en démocrate directe. C'est l'idée des communes socialistes, l'objectif étant qu'à terme, les communes surpassent les mairies et les governaciones (gouvernement étatique) pour avoir une exécution directe des politiques nationales sans organe intermédiaire. c'est le dernier projet en date, qui est encore à l'état théorique et commence à peine à être envisagé sur le terrain.

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEg0Sd3rIxaE3Kw4gnqtcVcXv6AkedXvUIhCOvyDa7p7iPj2SsUZIDTqWo3l-JkHt0mnsXFTB4Xmgp3Z0OwnrQvkVeRPRyGuhulU_VWPOu9ZjWuLX3wjuqysjsYvJNnxP1IPX6JH-6wNxXyD/s660/Logo+Comuna_final_web.jpg



-La mort d'un conseil communal


Sachez également que les conseils communaux ne sont pas toujours éternels. Dans certaines communautés, on en a déjà crée un troisième, parce que le premier n'avait aucune participation, ou le second avait été récupéré par l'opposition qui ne faisait aucun projet communautaire mais s'en servait comme d'une tribune politique.

Une chose est dans tous les cas bien certaine, sans les conseils communaux, le Venezuela ne vivrait peut être pas ce qu'on ose appeler une révolution.

samedi 21 novembre 2009

Paroles d'expats (mais pas tous)

J'ai depuis quelques temps rencontré un petit bout de la communauté française expatriée au Venezuela. C'est pas des simples touristes révolutionnaires, puisque ceux-là se sont établis ici depuis déjà quelques années. Et leur discours n'évoque pas vraiment celui que j'ai pu voir ou entendre jusqu'ici dans les milieux que je fréquente.

J'ai unilatéralement exclu les trotskystes moines-soldats (dont j'ai parlé dans le billet précédent) et les escuálidos, les gens de « l'opposition » de droite, qui sont concrètement allergique au moindre fait et geste du Gouvernement vénézuelien et dont le discours demande une analyse complémentaire systématique dont je fais l'économie ici.

Ça laisse quand même un champ libre à pas mal de monde rassurez-vous.

J'ai retenu encore une fois unilatéralement deux thèmes simples qui sont revenues un peu partout au fil des conversations. le processus révolutionnaire ? Et Vive TV ? Voici quelques réponses (transcriptions de tête)

Ah et je cite personne, d'une part parce que j'ai aucune autorisation des auteurs des propos, d'autre part parce que je me souviens plus qui a dis quoi. Non ce n'est pas parce qu'ils risquent des représailles pour leurs idées, nous sommes en démocratie (ici).

Enfin dernière précision, je ne dirais pas non plus avec lesquels je suis d'accord et lesquels non, puisque sur un certain nombre de sujet je ne sais tout bonnement pas quoi en penser. Et je m'en tire à bon compte, je sais.

« Mon problème c'est que je suis resté confinée ici, à l'Est. J'ai bossé pour le Colegio de Francia (lycée Français), une micro-société, les gens qui y travaillent restent dans leur petite vie et ne connaissent rien du pays. Et sont bien évidemment d'opposition anti-chaviste. Tellement élitiste que dans les classes, les « locaux », les vénézueliens sont séparées des étrangers, peur du mélange social. Sans parler du coût, c'est évidemment que pour les plus riches. Tu vois, ça fait plus d'un an que je vis ici, mais j'ai encore jamais vu de conseil communaux ».


« Un des principaux problèmes du processus aujourd'hui c'est qu'avec tout le discours anti impérialiste contre les bases américaines en Colombie, qui est vrai, vient un discours anti-colombien. Plusieurs millions de vénézueliens sont d'origine colombienne et les réfugiés qui arrivent aujourd'hui vivent dans un misère crasse. Ils en sont souvent réduis à vendre des cacahouètes dans les petits bus de la ville. J'ai rencontré il y a quelque jours une vieille dame, immigrée colombienne, handicapée moteur, qui s'était fait littéralement violemment jetée dehors d'un bus et insultée parce qu'elle disait être colombienne. Cette haine du colombien devient quelque chose de très problématique. »



« Pour moi c'est clair, il n'y a aujourd'hui aucune révolution dans ce pays ni dans aucun pays d'Amérique Latine »


« Après l'échec du coup d'État de de 2002 de l'opposition et la révélation de leur vrai visage, même les classes moyennes soutenaient Chavez. C'était à ce moment qu'il aurait dû fermer les chaines d'opposition ayant participé au coup d'État, pas 5 ans après. Et puis il aurait pu à ce moment lancer des véritables réformes, structurelles, attaquer radicalement la corruption, la bureaucratie bref faire cette révolution. Il a été trop gentil avec l'opposition. La corruption augmente encore. L'inflation c'est 20% chaque année. Après 10 de « révolution » c'est plus tolérable ! Chavez va évidemment « perdre » médiatiquement les élections législative, puisque la dernière fois l'opposition n'a pas participé. Mais je pense qu'il peut tout aussi bien perdre la majorité elle même dans ces élections. J'espère que non mais j'en ai bien peur. Et le pire c'est que sur terrain où je suis tous les jours (ndb : le type vit dans un barrio et bosse aussi là-bas) les gens commencent eux aussi à douter du processus, même dans les classes populaires. »



« Vive Tv ? Le canal du gouvernement quoi. »
[Moi : chaine publique ok mais pas quand même de propagande, si ?]
Oui si tu veux, le canal public du gouvernement. Le problème c'est qu'à l'origine c'était une excellent projet, la première année, j'y bossais et il y avait une vraie dynamique. [Moi : oui mais la chaîne n'émettait que sur un minuscule secteur. Aujourd'hui elle est nationale] peut-être mais niveau qualité et élan révolutionnaire y a pas photo, c'était au début qu'il fallait le voir, ça avait une autre gueule que ce canal institutionnel qui alterne entre propagande du gouvernement et programme, faut bien le dire, chiants. »



« Le problème de Vive c'est qu'il n'accepte plus les critique des gens qui font partie du processus. Le pire c'est que regarde les chaines d'opposition comme Globovision, tu regardes leurs JT, c'est quasiment que des thématiques sociales ! Et ils donnent la paroles aux ouvriers en grève, aux contestations même de la part de révolutionnaires. Bien sûr ils l'instrumentalisent pour discréditer le processus, mais cette voix discordante on ne l'entends pas sur Vive, et l'autocritique c'est la seule chose qui peut sauver une révolution, d'ailleurs Chavez lui-même l'a déclaré dans son dernier Alô Presidente »



« Vive TV ? Qu'est ce c'est ? Je connais pas »

« la dynamique est retombée. Je suis là depuis 2003. Et j'ai vu ce que c'était l'élan révolutionnaire des première année. Dans la rue t'avais vraiment des gens qui chantaient et criaient vive Chavez, spontanément. C'était hallucinant l'élan. Et puis regarde aujourd'hui. Tu me parles de Gramoven, de Fama de America mais fondamentalement, ça se restreint de plus en plus. Tout ça avant c'était majoritaire dans le pays et ça se voyait partout. Aujourd'hui c'est plus pareil»



« Vive TV c'est bien, mais personne va te dire "tiens hier soir j'ai vu telle émission sur Vive". La réalité c'est que personne ne regarde cette chaine »



« On parle là et on critique le processus. Mais on est d'accord, si on entend un escualido commenter le processus, toi et moi on se retrouvera clairement pour le défendre. Bien évidemment que je tiens pas le même discours, c'est pas de l'hypocrisie, je ne vais pas quand même servir le discours de la droite sous prétexte d'être critique avec le processus ! La critique doit se faire en interne. D'ailleurs c'est un des gros problèmes du prochain congrès extraordinaire du PSUV( parti socialiste unifié vénézuelien), il n'y a eu aucun débat interne, donc les délégués seront ceux qui sont le plus connus, donc logiquement les mêmes qu'avant. Mais en même temps, comment tu fais pour faire régner la démocratie dans un parti de 7 millions d'adhérents ? »



« C'est drôle mais avec tes questions, tu me rappelles moi il y a dix ans. »

samedi 3 octobre 2009

Selon que vous serez métis (et rouge) ou golpiste, l'équilibre du traitement journalistique dans les Amériques

petit détour avec un billet coup de gueule sur la situation actuelle au Honduras qui me permet de casser quelques idées reçues sur la patrie vénézuelienne au passage.
modèle de billet emprunté au camarade Sébastien Fontenelle de "Vive le Feu"

Cher ami, futur "confrère", journaliste européen.
Tu es blanc, libre, tu as fais de très hautes études et tu es formé à la pensée néolibérale, comme quasi tous les "journalistes" français dignes de ce nom.

Tu travailles pour des torchons où tu penses bien faire ton boulot de "journaliste" même si de temps en temps y a des "pressions internes" pour t'expliquer que ceci va pas parce que ça va pas dans le sens du poil. Alors bon, comme tu veux pas te faire virer pour excès de zèle, tu retourne la brosse et te dis que c'est pas si grave.

il y a des sujets ainsi qui ne laissent pas de place au doute.
Par exemple un certain pays d'Amérique Latine. Dont tu sais que c'est une dictaturrrrre, un pays dans lequel il est interdit de s'exprimer librement, que tout est aux mains de l'Etat et que la voie totalitaire est en marche, URSS voire nazisme, de toute façon, c'est tous des hitléro-trotskystes ces gauchistes.
Comme le Venezuela, tu connais la situation et tu es certains que tout ce que peuvent dire c'est mal puisque ça vient d'un gouvernement stalinien.

Tout ça, tu le sais, par les dépêches AFP de journalistes parisien correspondant sur place, là-bas à Saint Germain les Prés, ou au mieux dans un hôtel riche pour occidentaux riches avec des interlocuteurs riches dans ces pays pauvres.

Mais ce n'est pas des méchants rouges qu'il s'agit aujourd'hui,
les "intérêts vitaux" de la Grande TransNation Boursière n'étant pas en jeu, ça sert à rien d'en parler.

C'est juste qu'en ce moment un pays subit un coup d'Etat militaire appuyé par une organisation toujours aussi "démocratique" qu'est la CIA, avec un gouvernement américain qui vocifère radicalement que "rhooo c'est pas bien les putschistes" meme si un groupe "républicain" au Congrès américain fait légèrement pression pour expliquer que le coup d'Etat était démocratique.
Tu pourrais te dire qu'il y a un problème.
Mais comme certains journalistes barbichus déclarent qu'entre un président légitimement élu et des militaires putschistes, il y a un équilibre, une meme mesure et que des nouvelles élections sont légitimes.
Tu ne feras rien.

Journaliste Parisien, de la Libération (néolibérale), du Monde (capitaliste) je pense que devrait poindre en toi ne serais-ce qu'un peu de conscience journalistique comme tu l'appelles si bien.
Et laisser tomber un peu ta prétendue "objectivité"
Pou avoir un seul "objectif" : faire ton boulot, soit de restituer les faits et transmettre l'information partout où tu le pourra.

Sauf que tu ne le fera pas.
Tu laissera ton directeur de rédaction t'expliquer que c'est plus complexe, que le président déchu avait violé la constitution d'ailleurs on a une source fiable : les putschistes !

Tu ne feras rien non plus en ce jour du 2 octobre 2009 où un décret suspend les droits constitutionnels dans le pays, ce qui entraine la fin la liberté d'expression, de réunion, et où des militaires prennent d'assaut les deux seules chaines osant diffuser l'information sur ce qui se passe dans ce pays.
Sans parler de chaque jour depuis 3 mois où la population manifeste pacifiquement dans les rues de Tegucigualpa, la capitale, malgré le couvre feu et où l'on compte déjà plusieurs dizaines de morts.

Non journaliste européen, tu ne feras rien.
Comme a Oaxaca, comme a Atenco, et comme partout en Amérique Latine où des tentatives de changement social ont eu lieu.

Mais la guerre sociale continue pour autant.


mais ça, ça ne changera rien à ton petit quotidien, non ? une lâcheté de plus ou de moins ?

hein, dis moi, "journaliste" ?