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jeudi 10 décembre 2009

La Gaviota (1) : sur la route de Cumanà

A l'origine, une nouvelle lubie de notre camarade de Vive, nous faire voir du pays.

Et le voici qu'il nous parle d'une entreprise nommée La Gaviota qui va être nationalisée officiellement le jour même et que ce serait bien qu'on y aille, admettons.

Nous, c'est le camarade toulousain Maxime Vivas (écrivain, auteur notamment de la Face Cachée de Reporters sans Frontières) et moi même.

Il est donc 6h du matin quand nous quittons Caracas pour Cumana, dans l'Etat de Sucre, à 8h de route (en comptant les heures de bouchons).

Voyage cahoteux avec des nids de poule en plein milieu des "autoroutes", si gros qu'on parlerais plutôt de nids d'autruches, mais pas chaotique pour autant. Quelques arrêts dans les panaderias (boulangeries) pour touriste, à vous faire regretter les mêmes des quartiers chics de la capitale pourtant déjà excessivement chers.

Nous traversons l'Etat de Miranda, descendant les collines vers les plaines verdoyantes. Puis la forêt touffue, ou jungle, ou ne sais plus, avec les vendeurs de fruits, bananes, fruits de la passions, mandarines, ...

Voici un péage, le seul, nous payons quelques centimes. On croise des postes de péages sur toutes les routes au Venezuela mais il est rare que ceux-ci servent encore à leur usage premier. les routes du Venezuela appartiennent elles aussi au domaine public.

Nous voici dans l'Etat Azoantegui, avec ses grandes plaines entre plaines semi-désertiques, faisant penser au Mexique, avec les cactus au bord de la route, sous un climat chaud et sec.


Puis une lagune, bleue océan, calme, au bord de laquelle j'ai appris par une traduction du début de mon séjour qu'il s'y trouve une coopérative socialiste de pêche. Invisible à l'oeil de l'autoroute mais bien réelle

On roule, roule, et on passe devant les puits de pétrole, le cœur de la richesse de cette nation. Cette richesse qui est aussi source de beaucoup de problèmes, comme un cadeau empoissonné. Rien n'est possible sans, mais on ne put rien faire tant qu'il est là. cette richesse qui appauvrit. Encore un paradoxe. pas des moindres.

On traverse les villes, on arrive à Barcelona, eh oui ici aussi, et on reprend l'autoroute.

Puis voici Puerto la Cruz, à la limite avec l'Etat Sucre, une ville clairement touristique et nous commençons à grimper les montagnes pour suivre la route du bord de mer et redescendre vers notre destination, avec tout le long vue sur la mer, la côte, les plages, qu'on dit ici encore plus paradisiaques qu'à Choroni.


Enfin, nous finissons notre périple et derrière les collines on arrive à Cumanà, une cité balnéaire, hôtels, plages, vendeurs, tout pour les touristes. Sauf que ce n'est pas précisément le motif de notre visite.


En bon gauchistes, nous sommes une fois de plus là pour suivre le processus révolutionnaire à partir de la base (révolutionnaire). Et évidemment, nous nous concentrons dans les lieux où ça marche afin de généreusement collaborer à la (honteuse) propagande chaviste.

Nous arrivons sur place sur les coup de 14h. On passe le portail et nous entrons.

Un immense espace s'offre à nous, avec devant une grande usine, plutôt sobre, même austère, s'il n'y avait devant tout un petit monde s'affairant à monter une scène de spectacle, et ces gens discutant tranquillement sur les chaises installées devant la scène.


Au dessus de la scène, cette photo, si explicite, et pourtant ce n'est que plus tard que nous comprendrons un peu mieux de quoi il s'agit vraiment. "La Gaviota alzó el vuelo al socialismo"


Je retrouve Rafael, notre contact, que j'avais rencontré Fama de America quand ces ouvriers étaient venus jouer pour ces autres travailleurs en lutte une pièce de théâtre sur leur combat. Embrassades chaleureuses, présentation de tout le petit monde. Il y a là des ouvriers et ouvrières, des militants sociaux, des membres du conseil communal, des représentant des fonds d'aide du gouvernement.

Devant nous la scène, derrière nous et plus loin dans la place, un bâtiment plus petit avec des groupes s'affairant devant. On se rapproche.


On se trouve face à la Salle de Bataille Sociale "Subversion Caribe", un lieu où peuvent se rassembler les conseils communaux, les commissions, les lutteurs sociaux.

Devant, une sono crache à plein poumon la voix d'Ali Primera et ses chants populaires et révolutionnaires.
On entre dans les lieux et on nous dirige vers les cuisine où les ouvrières et les ouvriers de l'usine préparent la hallaca, le plat de noël au Venezuela, et nous en offre une immédiatement, que nous dégustons avec saveur.


Étant passablement épuisés, Rafael nous désigne en souriant des matelas stockés dans un coin et nous nous écroulons dans une sieste réconfortante.

(to be continuar)

dimanche 29 novembre 2009

La vie ... le rêve ... et la vie



La situation,
- un bus, une buseta, un poil plus grande que les habituelles citadines avec un moteur ronflant à décoiffer un tracteur
- un klaxon, bruyant, utilisé pour dire bonjour à la voiture en face, engueuler celui qui va trop lentement, remercier celui qui laisse passer, signaler sa présence ou pour le fun du chauffeur qui semble beaucoup s'amuser.
- Une musique, la salsa, enfin les salsa, la romantique, l'agressive, la douce, avec à chaque chanson le commentaire lo mejorrr del mejorrr de los Didjeyyys de Puerto Rrrrico , à plein tube, dont les décibels arrivaient presque à occulter le bruit du moteur. Après 2h de salsa, le chauffeur a changé, on est passé au reggeaton. Beaucoup ont regretté la salsa.
- Un chauffeur, violent, abrupt, à la conduite plutôt chaotique, mais sobre, du moins paraissait-il.


C'est dans ce joyeux foutoir qu'on prend la « route » pour aller à la plage.
Et plutôt que d'un grand axe à touriste, l'unique axe qui rejoint la petite plage non encore totalement envahie par les touristes a plus à voir avec les sinueuses routes en épingle d'Aveyron, qu'avec quelconque autoroute. On a serpenté dans les montagnes bordant la mer pendant 2 bonnes heures. En descendant, on a dû s'arrêter, apparemment les freins tenaient pas le coup. Ca a dû rester une apparence puisqu'on a fini la route tout aussi violemment et que je suis encore vivant. On a dû également faire face aux croisements intempestifs, mais là je suis habituer, croiser un camion énorme sur une route à une seule voie, c'est du gâteau pour qui a connu les routes du Rouergue aveyronnais.

C'est quand qu'on arrive ?

On finit de « chuter » de la montagne de manière douce et on arrive au terminus, un dépôt à la sortie d'un village. Sanitaires, poste de police, tout le nécessaire pour touriste mais seul souci, on est au milieu de la forêt avec les montagnes tout autour. Bref point de plage à l'horizon. On marche un petit peu et on entre dans Choroni, village à touriste, avec tout l'attirail nécessaire ou pas, comme les mannequins dans les magasins avec eux aussi du silicone là où c'est nécessaire.

On se rend sur la place du village et on découvre la mer des Caraïbes. Bleue, foncée, avec des rochers de tout côté. Sur les murailles qui borde, les restes des canonnières d'antan. Sur la place les vendeurs pour touristes et quelques petits vieux qui jouent aux dominos, comme à leur habitude.
En fait c'est pas là. Demi tour.


Au cœur du village on prend un petit pont et suit une route sous un soleil de plomb. Au bord, des petites cabanes qui vendent rafraichissements, ou nourriture. Celles-ci se raréfie suivant le chemin goudronné et après quelques tournants, on voit apparaitre des cabanes et des arbres d'un nouveau type devant nous, vendeurs de crème solaire et quelques jeunes filles en bikini annonçant la chose.

Enfin nous arrivons. Devant nous, une palmeraie borde la forêt dans laquelle nous nous trouvions quelques temps auparavant. Ensuite le sable, clair, fin. Et la mer. La voilà.

Au pays des rêves bleu azur

La mer ou l'océan, peu importe. Un Bleu azur avec toute les teintes selon la distance de la plage, avec des vagues de près d'un mètres, bordée par des collines tombant à pic vers la mer. On se pose, enfin on paye les transats pour la journée et on se pose. Celui qui nous accompagne a apporter de quoi survivre, quelques caisses de bières. On se jette à l'eau, on se prend des plats verticaux par les vagues plus grande que nous, on apprend à entrer dans les rouleaux et se laisser glisser à la vitesse de l'eau vers la plage.


Avec Julieta, d'Argentine et Luciano d'Uruguay, on fait un petit tour de la plage. Arrivé de l'autre côté, plus personne. Un touriste isolé échoué comme une baleine cramant au soleil.

Et puis plus rien. Un petit chemin mène à on ne sait où. A peine a-t-on franchis quelques mètres qu'on se retrouve en pleine jungle, impossible d'avancer dans nos tenues « légères ».


En rebroussant chemin, je prends cette photo, qui vaut toutes les cartes postales du monde. Le reste ...

Un deuxième paradis pour la route

le reste c'est le retour. On part à 16h30. Avec les premières rougeurs. On est venu nous chercher tout spécialement. Tout la bande se retrouve dans une sorte de Jeep, serrés sur des banquettes face à face dans ce qui semble être un coffre aménagé. A la base, à peine la place pour les pieds mais vu qu'il y a les caisses de bières, c'est un peu plus juste que juste.On fait quelques kilomètres dans l'autre sens sauf qu'avant de regrimper tout en haut des montagnes on fait une halte.

Et là le type qui nous accompagne, un gars du coin, nous amène dans un endroit aussi incroyable que ceci.
L'eau est a 15 degrés, on plonge, laissant découvrir l'étendue du désastre chez les « blancs » (le français, l'uruguayen et les argentines donc) qui ont bien rougis et cette eau glacée permet d'apaiser quelque peu nos souffrances. Les compagnons ont trouvé une nouvelle caisse de bière qu'ils s'empressent de boire, pour parer au risque de déshydratation.


Un film d'horreur pour enfants



Enfin on remonte en voiture, après avoir pris une nouvelle caisse de bière, plus grande, qui nous fera cette fois l'ensemble du voyage. Les vénézueliens étant aussi écologiques que consuméristes, ils gardent toutes les canettes de bière vide, car celles-ci ne sont pas ici considérées comme un déchet mais comme une marchandise. Trois cents euros pour quelques kilos de canettes, c'est toujours ça de pris. Oui vous aussi imaginez vous des kilos de canettes de bière dans une jeep avec 7 personnes dedans. Qui plus est sur les routes de montagnes dont le confort dans quelque véhicule que ce soit n'est pas la vertu première.


Mais ce n'est pas fini, la suite pouvant être assimilée à un film d'horreur pour enfants. De fait, malgré leur résistance hallucinante (30 bières par vénézuelien en 3 heures je rappelle) les effets biéro-alcooliques ont commencé à se faire sentir. Selon mes observations, le vénézuelien ivre, hormis « parler » en espagnol, ne fait pas grande différence avec le français moyen en état d'ébriété. Mais je n'ai pas encore suffisamment creusé la question. Dans tous les cas il a tendance à faire comme le français bourré de grand geste et de plus trop savoir ce qu'il fait occasionnant des jolies mandales se retrouvant sur des coups de soleil de plus en plus rougeoyants. Pendant ce temps la caisse de liquides se vide dangereusement, avec un concourt non marginal du chauffeur qui goulotte tout aussi bien que les autres.


Arrivé à l'entrée de Maracay, au vue des informations contradictoires des burrachos locaux, on serpente un peu avant de se retrouver évidemment coincés dans les bouchons. Il se trouve qu'ici en ce moment, il y a coupure sectorielle de l'électricité. Et qui dit pas d'électricité dit pas de feux tricolores. Avec les même busetas dans l'autre sens, qui usait tout autant du klaxon, avec le concourt non négligeable des automobilistes lambdas. Bref un joyeux bordel encore une fois.


Après deux heures de routes dans ces conditions plutôt légère, on se retrouve à zoner dans les rues de la ville. On a dû faire ça un bon moment, entre les bouchons à répétition et les secteurs sans électricité qu'on essayait d'éviter. Enfin on reprend les directions « normales ». Mais avant de rentrer, il faut manger. Pour cela, nul besoin d'aller acheter quelque chose à la panaderia (boulangerie) la plus proche, allons chez les parents de notre hôte. On y était allé 3 jours auparavant, extrêmement bien reçus, malgré la coupure de courant qui touchait ce quartier ce soir là.


Arrivés, malgré la bonne volonté de notre ami, ses parents n'ont pas compris que l'ont venait. Donc on va acheter un perro caliente (hot-dog avec plus de sauce que de pain et de viande confondus) au vendeur le plus proche. La moitié d'entre nous n'a pas faim, l'autre le veux pas vexer notre ami en refusant un deuxième perro caliente, même si nous sommes rassasié avec un seul. On finit de manger., on va pouvoir rentrer. Sauf que la voiture qui nous a ramené est déjà repartie avec un de nous camarades totalement ivre pour le ramener chez lui. Pendant ce temps, la femme du plein-de-bière appelle notre ami plein de bonne volonté qui lui explique à 5 reprises l'état des lieux, celles-ci ne comprenant effectivement pas que l'autre n'était plus avec nous depuis une demi heure, rappelant 5 fois successives pour engueuler son mari ... qui devait être en train d'arriver chez lui.


On retourne chez les parents pour attendre la voiture. Au passage, on en « profite » pour faire connaissance avec une autre belle sœur du frère du gars nous accueillant qui vit dans la même rue. Ce sont des familles plutôt nombreuses ici. Deux gosses jouent avec un briquet/lampe qui montre quand on fait marché la loupiote la tête de Chavez, ou de Bolivar on ne sais plus. On s'en fout un peu en fait à ce stade.
Finalement une voiture arrive. Enfin une carrosserie sur patte dans un état de décomposition sur patte. La preuve en est faite, la voiture cale devant nos yeux médusés. 10 minutes passent le temps de réparer, de refroidir le moteur, et de remettre de l'huile apporté par un ami pendant ce temps. La voiture démarre finalement dans un bruit rappelant un râle d'asthmatique avec une laryngite. Ou une pneumonie, je laisse les experts juger de la chose.


La voiture roule plus calmement, mais étant donné l'âge des suspendu, on arrive à être plus secoué que dans la jeep. Pour finir, on arrive à la télévision où nous logeons. Nous entrons, et nous affalons sur nos lit. Chacun panse ses blessures, chacun sa technique, Biafine, eau fraiche, aloe vera, ... On se couche.


Les compagnons sont quelques peu irrités de la tournure des évènement. Moi c'est ma peau qui est irritée, rougeâtre vif hormis sur certains secteurs protégés, comme les doigts de pieds que j'avais eu l'idée d'enterrer dans le sables pendant la bronzette.


Mais je fais le tour de la question, et je me marre, un bon moment, les camardes réveillés s'énervent et puis se mettent à rire aussi parce que bon... D'une parce qu'il y a rien d'autre à faire, et surtout parce que comparé à ce qu'on a vécu là bas, à Choroni, ces petits désagréments du quotidien, même cumulés de manière incroyable dans un court laps de temps ne sont pas grand chose au final. Je crame de partout, j'ai une soif terrible.

J'ai vu un paradis, et m'y suis brûlé la peau. Et je ne regrette rien.