samedi 17 avril 2010

Les nuages de poussières se couchent sous l'horizon révolutionnaire


Vous ne la voyez pas, vous ne la verrez pas. La révolution bolivienne n'est pas visible.
Il y a ici ces chemins, où à la nuit tombée plane un brouillard épais de poussière de terre à cause de la circulation abondante du jour, masquant et tâchant tout paysage aux alentours. Cette poussière, elle ne retombe que quand vient la pluie, la tempête, l'orage la tourmente, ou les rigoles se font torrents et les flaques se transforment en lacs.
Alors devant la force contrainte, l'on distingue effectivement un peu de ce qu'il y a ici,

La révolution bolivienne est un peu à cette image. Ce n'est que quand ça va mal qu'on peut l'apercevoir de nos fenêtres septentrionnales. Guerre de l'eau, 2000, guerre du gaz, 2003, élections puis conspirations, 2005 – 06, séparatisme 2008 et ce n'est pas fini vu comment les loges d'extrême droite et autres délicieux comités civiques repartent à l'assaut.

Sauf que la poussière masque, cache. Et nos yeux occidentaux sont incapable d'entrevoir de la moindre mesure de ce qui se joue ici. Et de mon point de vue délocalisé, ce n'est qu'une lorgnette qui s'ouvre à moi.

Bien sûr, parlons de l'éducation pour tous jusqu'aux indiens Takana ou Chakobo au coeur de la forêt. Bien sûr parlons des briques, des ponts, des routes, des pavés. OU de la nationalisation des ressources naturelles, de la redistribution des richesses.
Et parlons encore plus de ce qui va se jouer du 20 au 22 avril 2010, une date qui fera date sans aucun doute, ou presque, pour les deux tiers de l'humanité.

Voilà toute l'Europe perdue sous un immense nuage de poussière, émanation d'une éruption naturelle, un caprice pachamamien venu de l'Islande, pays déjà turbulé ces derniers temps.
C'est drôle ces coïncidences, tous ces évènements qui ici prennent un sens, un ordonnement, un évidemment, c'est "logique". A l'extrême opposé d'une "logique" de système rationnelle. si tant est qu'un système qui plus il avance, plus il s'autodétruit, peut être considéré comme rationnel.

Finalement à quoi cela servirait-il que je tente de vous en parler ?
Je l'ai fait d'une certaine manière, qui ne me satisfait pas suffisamment, pour le Venezuela, je pense en être pour l'heure incapable pour la Bolivie.

Et quand bien même j'en serais capable, nous, lecteurs, serions nous capables de nous décentrer de notre centre ? De nos désoccidentaliser un instant de notre occidental apostolique romain même plus catholique ? Je ne veux présumer de rien, mais je pense que pour le moment nous en sommes tous incapables.
Moi le premier.

Oh je vous ferais bien un de ces jours un topo sur tout ce qui se fait ici en matière révolutionnaire. Mais comme je le ressens actuellement, cela semble bien peu dire au regard des forces qui jouent ici.
On flirterais presque avec le mystique, qui fait si peur aux laicards athéicistes, les mêmes qui n'ont jamais eu autant de foi pour leur athéisme. Reconnaissons le pour le moins, croire en la révolution est une forme de foi. Ca ne fait pas de nous des odieux curetons ni des je ne sais quelle secte.

Qu'il y ait des conditions historique, un processus de soulèvement populaire gradué arrivant à l'élection d'un indigène au pouvoir, très bien. Mais l'on oublie à chaque fois que la force qui pousse ce soulèvement populaire n'est pas sur-déterminée par je ne sais quelle dialectique historique.

L'on peut (et l'on doit) établir les causes et conséquences d'un processus révolutionnaire au regard de cette outil d'analyse extraordinaire qu'est la lutte des classes, mais le moment révolutionnaire pour sa part n'est pas révolutionnaire pour rien. 
C'est qu'il va au delà de conditions matérielles préalables, qu'elles soient objectives ou subjectives d'ailleurs. On ne parle plus de matérialité, mais d'humanité en mouvement. Autre registre, autre sons, autres sens.

Voilà pourquoi vous et moi ne comprendrons jamais la révolution bolivienne, et la vénézuelienne aussi d'ailleurs, parce qu'elles ne s'expliquent pas. Et le meilleur exemple de cette certitude de l'incertain, je l'ai sous les yeux, moi, qui ne peux croire ce qui m'arrive.
Réel, irréel, magique, concret ? Ces termes se mélangent et forment un corpus nouveau, qui justement ne se théorise pas. Il se vit.
Je pourrais tout aussi bien vous dire que quand je quitte le centre de la ville où je me trouve, je sens au tréfond de moi la puissance immense et écrasante d'une force supérieure. Vous me répondrez que je parle aux arbres, comme un fou, et ce sera d'ailleurs ce que je répondrais une fois rentré.
Inaudible, hors champ.

Je pourrais vous dire aussi que ces mêmes forces extrêmement naturelles, font peu de cas du jeu social que nous jouons quotidiennement, dans nos sociétés. Bas les masques, tous à poil, les humanités dévoilées sans qu'on puisse rien maitriser.
Et vous me répondrez certainement qu'ici aussi je joue un rôle, que c'est aussi une société et qu'elle fonctionne aussi avec ses rôles sociaux.
Et vous aurez parfaitement raison.

Raison ne fait pas révolution.

C'est une chose extrêmement violente pour un esprit cartésien rationnel tel que le mien, de découvrir que le fait révolutionnaire ne se fait pas, ne se déclenche pas seulement en fonction de conditions préalables, mais qu'il se supporte en lui même, sans explications.

Et c'est alors que nos bons révolutionnaires, et je ne suis pas le dernier dans le lot, diront : "Alors quoi ? On arrête tout ? La militance ? Et laisse venir le Grand Soir et en attendant on attend ? Bref, éloge de l'innaction ?"

Ce qui fera une fois de plus la preuve de notre totale stupidité à tenter en vain de comprendre, puisque c'est bien du contraire qu'il s'agit.

Cette action collective, ce mouvement social, cette union qui fait la force, elle est révolution en soi. Par exemple, tant que dans les Assemblées générales mêmes des plus stériles, si au moins un étudiant sort avec une possible remise en question sur ce qu'il croit, alors nous auront provoqué quelque chose de révolutionnaire et il y na justification pour continuer.

A ma gauche on me dira que cela aboutit à la Révolution permanente, chacun son petit bout de mouvement, et là encore c'est erreur.

Car le mouvement qui provoque ce mouvement ne peut être dissocié du mouvement vers lequel il se meut. En somme, on ne peut conscientiser un étudiant dans une AG si l'objectif ultime de notre mouvement n'est pas d'aboutir à un changement des fondements institutionnels qui régisse notre société.

Oh je n'invente rien, ça a été dit et redis par les uns ou les autres et ça fait un bout de temps que j'en suis convaincu. En revanche ce qui est nouveau pour moi c'est à quel point ce mouvement là, cette tension collective vers ce changement fondateur, est mystique. Plus qu'une croyance, c'est une expérience de vie.

J'en viens du coup à élaborer des théories vaseuses. 

Comme quoi la chute du mur de Berlin n'a été en rien la chute de l'idéologie soviétisante, qui s'est fondue à merveille dans le néolibéralisme financier et sécuritaire. le fonctionnement d'un fond de pension ou autre banque d'investissement à plus à voir avec le stalinisme que n'importe quel parti communiste contemporain.
En revanche, par cet effondrement, quelque chose d'autres a été détruit pour une moitié de l'humanité, la faute aux acteurs du pourrissement de longue date du processus originel, mais aussi à ceux qui ont toujours lutté contre ce dessein originel.
Et c'est cette mystique que nous avons pour tache de reconstruire aujourd'hui.
Le propos vous dérange ? Je serais en train de faire l'éloge d'un totalitarisme ? 
Je justifie et excuse l'horreur la plus noire ?

faites tomber les grilles.

L'excuse perpétue le jugement de valeur, le bien ou le mal
. « On » aurait mal fait ? Mais réalisons d'abord que nous n'existions tout simplement pas alors ? Ce ne sont pas d'excuse qu'il faut aujourd'hui, poour personne.
Assez de condescendance, même après avoir commis tout ce que nous avons commis, l'on continue à juger à l'aune du bien ou du mal nos actions.
en revanche, oui, reconnaissance.

En premier lieu celle que JAMAIS la révolution industrielle qui nous a mené à devenir des pays dits développés, absolument JAMAIS n'aurait été possible sans l'accumulation préalable de capital, issu du pillage systématique de l'ensemble des ressources dans le monde entier, à commencer par les filons d'argent sans fins des mines de Potosi, et tout le reste de ce continent dont les veines ouvertes ne se refermeront sûrement jamais. Et ce pillage humain, cette destruction destructrice, de l'Afrique, des autres cultures, pillées, esclavagisées et massacrées jusqu'à la dernière goutte.
Cela ets prouvé, re prouvé et fait partie de notre Histoire.
Notre richesse n'est que la conséquence de leur exploitation.
Nous ne sommes pas des coupables, mais notre civilisation est responsable.
C'est la première chose que nous devons reconnaître.
Avec son corolaire : le système capitaliste actuel est génocidaire.
c'est un fait mainte fois démontré, par le passé en encore le présent.
Et ce n'est pas le million de morts d'Irak qui m'en donnera tort (oui un million, soit le chiffre des organisations indépendantes, puisque le chiffee officiel est celui de l'armée américaine .. vous ne saviez pas ?)

Je glisse sur des terrains glissants ? Sauf que les nuages de poussières ne glisse pas. La terre on la sent bien, on l'a tant autour de soi pour bien garder les pieds bien ancrés, bien plus que dans notre modernité flottante.

Et nous devons maintenant reconnaître que ce sont ces mêmes populations que nous avons si longtemps soumises, qui aujourd'hui; au travers de siècles de luttes, dessinent la nouvelle voie pour l'avenir du monde et de l'Humanité. Et sauf changement de dernière minute, cela se fait et se fera sans nous.

Il faut en commencer par là pour saisir ce que peut être le mouvement révolutionnaire en cours ici. Commencer par révolutionner notre vision de nous mêmes comme pays développés, occidents, là où nous avons des siècles de retard dans notre mystique sur le reste du monde.

Et se révolutionner soi même. Une fois à nu, l'on découvre ses contradictions les plus profondes qui font mal. Et c'est bien cela le problème majeur pour nos étroits esprits égotistes : a quoi bon faire la révolution si elle ne m'apporte pas "Mon" bonheur sur terre ?

Et tout ça il faut le mener de front, et collectivement.
Et c'est extrêmement difficile mais c'est une nécessité impérieuse.
Et quand des gens qui ont a peine de quoi manger une fois apr jour mènent depuis leur naissance jusqu'à leur mort cette lutte, on peut se questionner sur nous mêmes.

Ces 20 au 22 avril 2010 va se dérouler une rencontre entre 15 000 personnes, membres d'organisations sociales du monde entier, de plus de 111 pays, qui vont collectivement décider de la manière dont ils s'accordent pour trouver des solutions à la faillite prochaine de la civilisation humaine devant la destruction environnementale.
Cette conférence mondiale des peuples pour le climat ne tiendra peut être pas toutes ses promesses, et l'hypothèse est possible qu'a posteriori l'on dise que ce fut un échec.
L'échec de quoi, l'échec pour qui ? Pour quoi ?

Lexistence même de cette conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre Mère, est en soi une réussite. Tout ce qui en sortira ne pourra être qu'un pas de plus vers des jours meilleurs.

J'y serais et vous transmettrais comme je le pourrais au cours des jours prochain la quotidiannité d'un tel évènement.
si tant est que ce soit possible. Enfin le possible désormais ... vous savez ....

mercredi 14 avril 2010

NPA au CMPCC


http://cmpcc.files.wordpress.com/2010/04/logo-oficial-cmpp.jpg?w=489&h=244
C'est peu dire qu'il est difficile pour vous, chers amis qui me liser d'Europe, d'obtenir des informations sur ce qui va se passer à Cochabamba du 19 au 22 avril prochain.
C'est peu dire également que le sujet ne fait pas vraiment la une des journaux.

Ce qui me semble néanmoins le plus étonnant c'est l'absence totale d'implication de nos supers politiques francais sur ce theme.
Evidemment la droite comme le PS, ce n'est même plus la peine d'y compter.
Mais le plus suprenant est l'atonie totale des groupes "ecologistes".
De Cohnm Bendit, à Hulot, aux Verts, rien niet que dalle.
Et la preuve evidente est leur site web.

Ultra moderne, "participatif" avec twitter et facebook dans tous les coins, on sent la new technolgy touch. ET la no-politic touch aussi.
En une, le fameux appel de cohn bendit du 22 mars. Dont tout le monde s'en fout un peu quand même.
On cherche on cherche, pas grand fond faut dire,

non, etrangement rien. Le premier parti ecologiste de France ne dit pas un mot.
On cherche ailleurs quelconque déclaration, blog de soutien ? rien niet peau de balle,

il faut aller sur les sites d'informations alternatifs, Basta Mag, Primitivi pour commencer à trouver des informations dignes d'intérêt.


Et puis, par acquis de conscience, je jette un oeil chez le Nouveau Parti Anticapitaliste
Et là, surprise, celui dont les zecologistes disent qu'il n'a pas renoncé au productivisme, qu'il a oublié l'ecologie, sur la page d'accueil, bien présente :

Déclaration du NPA sur la Conférence de Cochabamba

15 000 personnes, 500 delegations y compris gouvernementales et de l'ONU de plus de 100 pays ainsi que de nombreuses personnalités (Naomi Klein, Eduardo Galleano, ainsi que que Noam Chomsky qui a apporté son soutien actif mais ne sera pas présent). Avec les objectifs et ce ne sont pas les moindres d'etablir :

les causes structurelles du changement climatique
une déclaration universelle des droits de la Terre Mère.
un référendum mondial sur le changement climatique.
un tribunal international du climat.

Ce qui se jouera à Cochabamba est utopiste, ambitieux, irrealiste et c'est bien pour ca que ca revêt une très haute importance. C'est pas tous les jours Porto Allegre.

Le reste les camarades l'expliquent très bien eux mêmes.

Déclaration du NPA sur la Conférence de Cochabamba


cocha.jpg

Le NPA apporte son soutien à la «Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la ‘Terre-Mère’» qui se tiendra à Cochabamba du 19 au 22 avril 2010. Ce soutien est motivé notamment par les considérations suivantes :

1. A Copenhague en décembre, le NPA a constaté que la délégation de la Bolivie a été à peu près la seule qui a noué dès le premier jour de la conférence des liens avec les mouvements sociaux. Cette délégation a été l’une des seules à participer à la fois au forum alternatif Klimaforum et à la conférence de l’ONU. Elle a contribué avec les mouvements sociaux et les milliers de jeunes venus à Copenhague à l’organisation et au succès de la manifestation de Reclaim Power et à la popularisation du mot d’ordre unificateur «System change, not climate change!», «Changeons le Système ! Pas le Climat !».
Le dernier jour de la conférence de Copenhague, peu de chefs d’Etat ou de gouvernement se sont ouvertement opposés au texte présenté par les Etats-Unis, la Chine, le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud. Parmi ceux-ci il y a eu Evo Morales qui a condamné dans des termes particulièrement ferme l'accord présenté tant sur la forme – un texte discuté en petit comité sans respecter le processus de travail des Nations-Unies – que sur le fond : un texte en retrait au regard des recommandations du GIEC, sans aucun engagement contraignant et sans garantie de financement pour les pays les plus pauvres.

2. Le gouvernement bolivien a lancé une invitation qui faite sans condition ou exclusive. Elle s’adresse à la fois aux gouvernements qui se reconnaitraient dans les termes de l’appel à la conférence, aux organisations onusiennes et aux autres institutions internationales, aux scientifiques et à l’ensemble des mouvements sociaux et des ONGs. Le but sera de travailler à un texte qui ferait état des points de consensus et des questions qui resteront en débat.
La conférence aura deux autres objectifs : discuter la possibilité d'un "référendum mondial" sur les objectifs à se fixer pour lutter contre le changement de climat, et voir s'il est envisageable de pérenniser après Cochabamba un mouvement ou un réseau proprement mondial, ce n’est pas le cas actuellement. La conférence de Cochabamba représente l’occasion de commencer à créer un rapport de force avant la nouvelle session de la conférence de l’ONU en décembre au Mexique.On sait d’ores et déjà que l’impérialisme est bien décidé à organiser à Mexico ou à Cancun une répression policière et militaire brutale à côté de laquelle Copenhague aura été une partie de plaisir.

3. Ce sont les peuples indiens des Andes et de l’Amazonie qui, à cette étape, ont lié le plus étroitement la question climatique et la question sociale, entendue comme question touchant les conditions de reproduction sociale des peuples comme des classes sociales. Depuis une dizaine d’année, ils ont redonné à la lutte anti-impérialiste et à la question nationale un vrai contenu social. Les organisations paysannes de l’Altiplano ont contribué aux côtés du Mouvement des Sans Terre (MST) brésilien à donner une force particulière à la coalition Via Campesina en Amérique latine. La présence à Cochabamba de ces organisations comme d’un nombre important de mouvements représentatifs des combats contre les compagnies pétrolières et les sociétés minières en Bolivie, au Pérou, en Equateur, sera une garantie du contenu anti-impérialiste de la conférence qui est convoquée. Le NPA y attache une valeur particulière.

4. Le NPA souligne la portée du choix de tenir la conférence à Cochabamba. C’est là qu’il y a eu en 2000 un très important mouvement social victorieux contre le groupe industriel-financier étatsunien Betchel sur la question de la privatisation de l’eau. La victoire a été arrachée par un front très large de syndicats, de comités de quartiers et d’associations réunies au sein de La coordinadora del agua et de la vida. Cette lutte a servi d’exemple aux combats sur la question de l’eau dans de grandes villes du Pérou comme en Bolivie, notamment à El Alto contre la filiale de Lyonnaise des Eaux- Suez. C’est donc dans une ville symbole de la lutte anti-impérialiste et d’un vaste mouvement social contrôlé par celles et ceux qui l’ont mené que nous nous réunirons en avril.

A Cochabamba, le NPA défendra les positions suivantes :
  1. - Pour un accord international sur le climat contraignant, qui oblige les grands pays industrialisés – les grands responsables du réchauffement global - de réduire d’au moins 40% leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020. Cette décision aurait un effet d’entrainement sur l’ensemble des économies de la planète. A partir d’une telle décision, les grands pays émergents (Chine, Brésile, Inde, etc.) pourront à leur tour s’engager dans des politiques de réduction massive de leurs émissions de gaz à effet de serre.
  2. - Pour la création d’un fond international d’aide aux pays victimes de la crise climatique et qui permettent aux pays en développement d’accéder plus facilement à des technologies économes en carbone, dont les fonds seront abondés par les pays les plus riches et la gestion confiée aux pays concernés
  3. La taxation des profits des grandes multinationales, et en premier lieu les plus polluantes, ainsi que celle des transactions financières permettront des budgets suffisamment importants pour ce fonds.
  4. - Contre la privatisation et marchandisation des biens communs : l’eau, la terre, les forêts, les rivières, les ressources naturelles doivent être arrachés aux griffes de multinationales et des profiteurs capitalistes. Elles appartiennent aux peuples, qui seuls pourront les gérer dans le respect de la nature et des équilibres écologiques.
  5. - Pour l’expropriation et nationalisation des grandes compagnies productrices d’énergie - pétrole, charbon, etc. - pour soumettre au contrôle public la réduction des leurs activités émettrices de gaz à effet de serre, et pour que leurs profits servent au développement des énergies alternatives.
Nous faisons l’analyse que le capitalisme est le grand responsable de la catastrophe écologique qui nous menace. Pour préparer une rupture coordonnée avec ce système, nous proposons de travailler ensemble à la convergence des luttes écologiques, des luttes sociales et des luttes anti-impérialistes.
Les luttes pour la justice climatique doivent dessiner les alternatives au capitalisme et au productivisme, pour conduire à un autre modèle de civilisation, à des révolutions profondes de nos modes de production et de consommation. Ce socialisme écologiste, cette nouvelle société, solidaire et capable de vivre en harmonie avec la nature, sont les sources d’un projet d’émancipation humaine pour le XXIème siècle.

lundi 12 avril 2010

Comme un lundi

Paraitrait qu'un blog ca ne sert pas a decrire les sentiments qui t'habitent, ni les experiences revolutionnaires de par le monde. parait que je aprle beaucoup de politique. Alors qu'un blog ca sert à raconter sa vie. Et comme je suis d'un conformisme évident, il est temps de compenser la surdose anti bloguesque.

raison pour laquelle ce billet n'a aucune portée informative sinon de quotidiannité, et surtout, SURTOUT aucune portée politique, tout élément du se rapportant a la chose sera censuré de manière CENSURE
Je promets pas de réussir mais bon autant essayer.


Donc nous voila le matin. hier c'etait la fete avec des CENSURE du CENSURE et le nouveau CENSURE de Riberalta. On a bu des breuvages douteux qui sur le coup avaient plus d'impact sur ma gatro-nomique que n'importe quelle diete. A vous faire regretter de pas être plus soiffard.
Evidemment au matin c'est pas vraiment la fête.

Reveil cahoteux, sur les cris des coqs desacordés, qui chantent le clairon a minuit, une heure, deux heures, trois heures, suivant leur positionnement geographique autour de la maison. Avec souvent l'accompagnement des chiens du quartier, qui s'en donnent à coeur joie de leur coeur joyeux d'aboiements a qui le mieux.

reveil donc matinal. Comme d'acoutumée, je me lève un brin de "toilette" avec l'eau qui te salit quand tu te lave, soit celle du robinet. Et direction le boulot à moitié endormi, après avoir hélé le premier taxi venu.
Arrivé au boulot, je démarre l'ordinateur et me rend compte que je suis arrivé une heure en avance.
J'vais en profiter pour faire enfin des réponses aux mails qu'on m'a envoyé.
Oui mais internet ne fonctionne pas.
Que ce soit en sans fil ou sur l'ordinateur en filaire, nada.

Bon pas de bol, directement au travail, et je rélise comme chaque jour que j'ai un retard monstre malgré mes horaires 8h du matin 20h le soir, non rémunérés ce qui est bien logique vu que je suis volontaire.
Rtetard signifiant que je dois avant le lendemain matin terminer les deux programmes de la semaine qui devraient etre terminés depuis deux semaines déjà, sauf que non, pour cause de CENSURE en diverses CENSURE et autre CENSURE faites à l'insu de mon plein gré.

On est parti pour de l'édition audio pendant 4h non stop. Consistant a ecouter et regarder assis sur une chaise, devant un ecran qui scintille mal, du fait de sa mauvaise qualité, des sortes de traits représentant une onde vocale. Le but, faire que l'onde sonne bien à l'ouïe. C'est pas gagné, surtout que les coupes doivent être les plus précises possibles afin de ne pas donner l'impression à l'auditeur qu'on a coupé au montage.
Je me fais la haute réflexion audiosophiste : mais qu'est ce qu'il en a à foutre le paysan dans sa communauté qu'il manque un microieme de seconde sachant qu'il ecoute sur un poste tout pourri et qu'il discute surement avec son voisin, le salaud !
Et puis je me calme, me rappelle que je suis un bon travailleur, perfectionniste et CENSURE et que la cohérence de mes actions n'a aucune raison d'avoir quelconque justification puisque que je n'ai pas le contexte CENSURE qui permettrait de justifier quelle que soit de mes actions.

Edition, tout va bien, je commence à saturer mais le programme est presque fini. CRAC !
la coupure de courant ! ca faisant longtemps. vendredi dernier en fait. Je n'ai evidemment pas sauvegardé.
Celle la c'est la plus perverse, elle dure un microieme de seconde, la lus violente pour les appareils electriques et qui reinitialise tout le systeme. Genre, ahaha j'tai bien eu.
Bon du coup maintenant internet marche. je prend une pause mal méritée.
Je vais enfinpublier ce billet écrit il y a deux jours. Sauf que ... comme je l'ai soupconné pas plus tard que la veille, ma clé usb a lâchement grillé, avec le fichier dedans. Oui les clé usb grillent aussi. C'etait donc ca que je devais faire à la première heure ce lundi. Bon c'est midi, je feuillette le CENSURE pour apprendre qu'on ne sait toujours rien sur les CENSURE pour lesquelles on a maintenant les CENSURE. Menfin c'est celles du CENSURE donc on DIT que c'est des CENSURE et pas des CENSURE. Vous comprenez ?

MANGER !
le repas de midi est en famille, avec autour de la table l'amie qui me loge, avec ses deux filles Ninosca (20 ans) et Wendy (23 ans). Wendy est enceinte et son caractère devient de moins en plus desagréable. On al pardonne. Ninosca a dejà une gosse, Genesis, une paire de dizaine de mois. Qui mange comme une anorexique, ou comme un porcinet, suivant les jours. Un bébé quoi. Avec nous se joignent El Mosso, comme ca qu'on l'appelle, le frère des deux soeurs, qui a développé un fort sentiment d'associabilité depuis la mort du père et qui passe entre autre ses journées devant l'ordinateur ou la télé, selon l'humeur sociable ou non.
Et Haiko, la nièce, d'origine japonaise, et trisomique ce qui bride (ahah) un peu ses capacités, accueillie apr sa tante. Enfin si j'ai bien compris.
je signale au passage que je suis dans la maison le plus monomaniaque du côté du ménage, la vaisselle, ce qui choque même quelques peu mes congénères feminines, largement majoritaire et ce qui remet en cause toute CENSURE de la CENSURE de CENSURE assigné dans la famille traditionnelle. Merci les CENSURE de CENSURE.

Retour au boulot. Enfin non, avant je passe acheter une nouvelle clé usb vu que je sais pertinemment que c'est pas réparable, ayant déjà expérimenté les savoirs immenses des ingénieurs informaticiens locaux avec ce qui a constitué 48h mon téléphone portable local, avant de rendre l'âme, réellement trempé et noyé .. à cause de la sueur dans ma poche de pantalon. LOL !

Donc nouvelle clé usb. le vendeur est un andin, donc un fainéant de pingre. Va falloir jouer serré. il propose 13 euros les 2Go. je negocie jusqu'a tomber a 10. Il l'a evidemment acheté à 3€ ou moins.
Tout fier de m'etre fait gentiment arnaquer je retourne au travail.
A peine le temps de finaliser les deux programmes de la semaine qu'on me requiert pour aller faire un enregistrement vidéo.
Alors cette fois c'est une réunion plénière des differentes centrales syndicales dont la FSUTCRVD (federation syndicale unie des travailleurs paysans de la region Vaca Diez) et autre acronymes locaux aux sonnorités charmantes. On enr egretterais presque la CENSURE.
Bien sûr il n'y a pas de cassette video vierge, et la batterie n'est pas chargé.
Et evidemment le seul magasin qui a la cassette adaptée est fermé.
A l'autre bout de la ville après une demi heure de crapahutage en taxi, je trouve finalement le meme produit pour le double du prix. Je rappelle que je suis européen, ca aurait pu etre le triple.
Et enfin j'arrive dans les locaux de la Federation.
L'avantage ici comme au Venezuela c'est que meme avec une demi heure de retard tu es toujours en avance.
Le sujet du jour : les ateliers de travail en vue du sommet de Cochabamba.
droits de la Terre Mère, gestion integrale des forets, droits indigenes et paysans. Les sujets sont larges.
C'est pasisonnant mais pas simple a tourner avec un trepied dont la vertu principale est de provoquer plus de remous à l'image qu'avec la main nue.
D'autant que la cassette sur laquelle il est indiqué 120 minutes ne dure sur ma camera que 60. haute qualité evidemment.
Donc a peine le temps de saisir les quelques propos intéressants qu'il faut retourner chercher une cassette repayer le double, refaire la facture pour le compte de l'institut. (IPHAE)
Et de retour pour filmer la deuxième partie : cette fois le sujet est encore plus CENSURE. la creation de la loi speciale pour le nord Amazonien.Je vous en dis pas plus sinon je vais etre CENSURE par

Toujours est il que je ne sais pas si vous avez déjà assisté à ce genre de chose, mais écouter des paysans débattre d'un projet de loi pour changer leur vie, ca a beauetre CENSURE, ca n'en reste aps moins d'un ennui profond.
resultat, je sors de ma torpeur sur les coups de 7h du soir, après avoir terminé ma seconde cassette. Et je m'apprête a aller délibrer la bonne parole de mes programmes radio à la radio non susdite.
Sauf qu'evidemment c'est fermé. Je dois passer donc demain avant 8h du matin pour leur délivrer le programme qui sera diffusé .. à 8h du matin!

Hors de question egalement d'aller délivrer ce soir le disque de photos de la campagne au dirigeant du MAS qui m'a pris sur sa moto le jour de la grande caravane et a qui j'ai promis de lui amener son indû depuis trois semaines. Faut dire que mon graveur était en panne ... la chaleur cette fois.

Je rentre donc à l'IPHAE, en pleine nuit, chargé de caméra, trépied, cassettes et CD sous une poussière horrible, vu qu'il n'a pas plu depuis deux jours. Ainsi est l'Amazonie.
J'arrive à IPHAE. Fermé, evidemment. Il est 8h.
C'est le gardien qui m'ouvre finalement, à moitié à poil, sortant de sa douche.
Extrêmement sympa, il s'est habitué à me voir arriver ou partir à des horaires pas possibles. Ses chiens non.
Je rentre et constate que mes gentils camarades sont passés faire des enregistrements. Et que DONC demain je serais en mesure si j'ai le temps de m'occuper de l'édition de ce second programme courtement intitulé : "Pour un environnement sain et une ville propre" consacré à la douce question des ordures. Pas une mince affaire, la première chose étant l'absence même de poubelles publiques dans les rues.mais chut la CENSURE guette.


Je quitte enfin l'IPHAE débarrassé de mes poids electroniques. J'ai pas fait la moitié des choses que je devais faire aujourd'hui pour en atteindre le tiers mais tant pis, ainsi va l'Amazonie. Je passe par le cybercafe du dimanche où alors que je notais des informations importantes l'ordinateur m'a subitement lâché dans un flash mémorable et a flingué au passage ma clé usb. Ni eau, ni chaleur, juste une infection virale. SAchant que les virus ici sur un ordinateur se comptent par dizaines au minimum. L'autre jour j'en ai sorti deux cents soixante dix huit sur une seule clé usb. Pas analysée depuis son achat. LOL.
Evidemment l'ordinateur n'est pas réparé et je ne peux donc aps récupérer cet important document

Je quitte le cyber et vais me planter au restaurant. Je regarde les infos. CENSURE est méchant. Ah ? pour unme fois une "nouvelle", les CENSURE de Santa Cruz lancent leur stratégie post CENSURE : Grève, manifestation et CENSURE revocatoire du CENSURE CENSURE
CENSURE il y a trois mois je rappelle avec 65% des CENSURE.

Je mange, je m'arrète à la moitié alors que se rappelle à mon bon déplaisir mon bidounet, et deale la partie restante avec les trois gosses laveur de chaussure, en echange de ma non-charité. Autant qu'ils mangent puisque de toute facon c'est jetté ensuite.

Enfin, lessivé, je viens m'écrouler devant l'écran de l'ordinateur de l'autre cybercafe voisin, afin de vous conter cette journéenormale, un pil plus pourrie que d'habitude, comme un lundi.

A 9h arrive la norvegienne, celle dont je vous avait parlé à une occasion, qui bosse avec les indigènes dans une communauté, l'amie de l'écrivain célèbre.
Elle va aller à Cochabamba et me propose de faire logement commun.
Ouf ca y est, je suis à nouveau en Bolivie.
La nuit sera tranquille, malgrés les chiens qui aboient, les motos qui passent, les coqs qui jacassent.


comme un lundi (La Chanson du Dimanche s01e04)

Super Mario et le prophète

Vous connaissez tous Super Mario ? Mais si ! Le jeu vidéo, de Nintendo, le petit bonhomme à moustache, avec ses habits rouges et bleus, plombier à temps partiel. Mais qui passe son temps à parcourir le monde pour sauver des princesses des méchants. Ah, Mario, celui qui fait disparaître ses ennemis en sautant dessus et qui grossit quand il mange des champignons ! Et qui en vil capitaliste collectionne les pièces jaunes ! Toutes nos enfances, non ?

Ce soir vous allez apprendre deux choses essentielles :
Premièrement : Dans le jeu Super Mario 64 sur la Nintendo 64 (original, non?), dans le niveau du désert, il existe un petit singe qui se planque derrière les dunes pour chiper le chapeau de Mario. Et vous savez quoi ? Ben quand Mario il a plus son chapeau, il perd ses pouvoirs supermarioesques !

Deuxièmement : il m'est arrivé peu ou prou la même chose que Mario.


Car j'ai perdu ma casquette.
Celle que j'avais achetée au Venezuela, le jour de la grande manifestation du 23 janvier.
Verte foncée, genre une casquette de guerillero. Avec l'étoile rouge qui fait genre et tout,
Probablement cousue par des enfants esclaves dans des ateliers de la honte, made in china.
Bref un joli souvenir. Précieux.
Et je l'ai perdue, enfin je sais où elle est … écoutez plutôt.

Tout commence par cette journée normale à cela près que je me rend compte que demain expire mon visa en Bolivie. Je dois donc aller dans la ville frontalière la plus proche, me rendre au Brésil, suivre les démarches là bas et par je ne sais quel artifice officieux administrativo-légal revenir en Bolivie et refaire tamponner le passeport pour le temps restant.

Me voilà partit de bonne heure ce samedi, direction la gare routière de Riberalta, qu'on appelle ici le Terminal. D'où l'on peut également partir. Drôle. Terminal à la fois pour les bus (flota) et taxis collectifs. Vu que le prochain bus est 5 heures plus tard, je choisis le taxi collectif, 4 passagers, 4€ par personne.
Alors que l'on attends un éventuel quatrième passager, arrive à toute bourre une voiture cabossée, pare brise fissuré de partout, pare choc moitié défoncé.
L'homme qui en sort est plus une masse de graisse que de muscle, il se met à engueuler violemment un de ses collègues avant de faire deux trois blagues graveleuses. Puis il me propose de m'emmener seul pour le double du prix (au lieu du quadruple normalement puisque je suis seul, vous suivez ?). Etant donné les horaires des officines migratoires et l'état plutôt confortable de mes finances, je me lance dans l'aventure.

Et c'est parti direction Guayaramerin, à une heure et demi de route. Je dis route, c'est en fait chemin de terre en état plus ou moins potable et où l'on roule à plus de 90 à l'heure, circulant entre les énormes nuages de poussières émis par les camions lancés dans leur course folle. La voie est heureusement plutôt large et assez rectiligne mais ce n'est pas non plus une promenade de santé. 



Le type énervé est maintenant un peu plus calme, je tape la causette. On fait les présentations.
Il s'appelle Moise. (prononcer Moïssé)

La « discussion » plus ample s'ouvre en passant devant le camp des militaires forestiers par un « ils ne servent à rien ces militaires » engageant. Reprenant au vol cette saillie, on commence à parler plus ou moins politique, soit que je pose les question et lui il répond, à sa manière.
J'apprends donc pour commencer que les militaires ne servent à rien. Ce qui en soi ne me choque pas vraiment. M'enfin là c'est surtout que « c'est notre argent du contribuable qui les paye à rien foutre ». Il commence à bien me plaire ce type. Ensuite, on se découvrira qu'ici comme en France, le gouvernement ne fais rien pour les gens. Je questionne sur les résultats spectaculaires de Morales aux élections : « S'il est si populaire c'est parce qu'il est élu par ces indigènes, qui comprennent rien. D'ailleurs tous ces gens de l'Ouest, de l'altiplano, les coyas, c'est tous des fainéants. La preuve ! ici il y a tant de terres cultivables et personne ne vient rien cultiver, tous des faignants ».
Quand à Evo Morales : « celui là, il veut tous nous mettre en prison
Et il conclut sur une espérance positive : « il faut le tuer, « ils » vont le tuer un de ces jours et enfin ce sera bon débarras, on sera à nouveau dans un pays libre ».
(je ne lui ai pas dis, mais pour l'instant sont prévus pour la prison les fraudeurs électoraux, ceux qui ont fait des tentatives de coup d'Etat et les corrompus, oui ça fait quand même du monde)

Le calme revient soudain, alors que nous croisons un autre taxiste, tombé en rade sur le bord du chemin. Mon chauffeur s'arrête propose de les prendre dans notre taxi le reste du chemin. Entrent donc sur la baquette arrière papy, mamie, maman papa et deux moufflards. Ça rentre, malgré l'exigüité de la voiture. Moïses est enchanté par cette opportunité d'aider son prochain, euh pardon, de se faire plus de pognon. On terminera le voyage sans un mot les nouveaux passagers ayant des têtes un poil plus indigènes que la mienne, et vous savez bien comment ces gens savent limiter violemment la liberté d'expression des citoyens ordinaires.
Bon « chrétien », Moise ne leur fera payer que le prix pour la moitié du trajet.

J'arrive à l'embarcadère de Guayaramerin, et j'embarque lorsque je me rend compte que …
J'ai oublié ma casquette dans la voiture.
COÑO MADRE DE MIERDA comme on dit dans le dialecte poétique du Venezuela.
Je ne peux plus faire demi tour, au milieu du fleuve, dans une minute au Brésil. Je dois : foncer à l'office d'immigration, prendre quelques photos made in brasil, parce que bon hein! puis revenir au port, prendre le bateau dans l'autre sens, passer à l'officine d'immigration bolivien et … retrouver Moise.



Revenu en Bolivie et en règle, je me lance dans ma grande quête « prophétique »
Direction le terminal de Guayaramerin.
Moïses n'y est évidemment pas et on ne le connait pas ici, il vit à Riberalta. Comme moi. CQFD.
Une demi-heure plus tard je grimpe dans un autre taxi pour retourner dans la bonne ville de Riberalta avec 3 autres passagers, le tout serrés sur la banquette arrière.
Sur le point d'arriver, on croise un autre taxi tombé en rade. On s'arrête l'aider. Un petit caillou a été projeté sous la voiture et est allé se loger directement dans le réservoir d'huile.


Et nous voilà repartis avec attaché derrière nous, au bout d'une corde qui tangue, l'autre voiture, avec le taxiste dedans qui dirige comme il peut. Corde qui manquera pas de se rompre est d'aller s'embourber dans les pattes du susdit taxi, histoire d'améliorer encore un peu son état. Finalement l'on arrive sans « encombres » avec une demi heure de « retard » au terminal de Riberalta.
« Moise? Ah oui, il avait effectivement une nouvelle casquette quand il est revenu, mais tu tombes mal, il vient juste de partir. »
Où ça ? « Peut être chez lui, sa journée est finie. »
Comment on y va ? Un ami du cousin du frère d'un taxiste accepte de m'emmener..
C'est pas très loin de là où je loge moi-même, mais son quartier est nettement plus miséreux,.
Et Moïse n'est pas là.
Retour au terminal. Toujours pas d'apparition bondieusesque.
On est samedi, il ne reviendra que lundi.
« Ah mais peut être qu'il est à ce rassemblement là bas, devant la télé qui est dehors avec les autres moto taxi, dans le centre. »
Je vois nettement le lieu en question vu que j'y passe une fois par jour quand je vais au resto pour manger et choper accessoirement une bonne tourista. C'est également le point de rassemblement de tous les partisans qu'il reste des corrompus inefficaces qui viennent de perdre les élections. Actuellement ceux là qui étaient avant aux affaires sont en train dans leur mois qui reste avant la passation de pouvoir, de dépenser l'ensemble du budget annuel, faire approuver tous leurs projets qui n'aboutiront à rien sinon pire pour un an de plus, vider les caisses et brûler les papiers compromettants. Convergence Amazonienne qu'ils s'appellent. Et ce n'est que la droite modérée.

Je me rends sur les lieux, et tombe devant un groupe plus nombreux que d'habitude. Genre un attroupement. Juste un match de foot. J'essaie de chercher des yeux Moise. Nulle trace. On me dit qu'il n'est pas venu aujourd'hui. Je m'en vais, repasse par chez lui. Sa jeune et jolie voisine m'apprends qu'il ne rentre que le soir très tard. Qu'il vit seul et reste très fermé. Elle n'a pas l'air de l'aimer beaucoup ce type.
.
ultime passage au terminal. Cette fois non vraiment il ne viendra pas.
« D'ailleurs il doit être en train de boire dans un coin ou ne sais où. Oui parce qu'il est alcoolique.
Et ce soir il va sûrement aller fêter la « victoire » aux régionales de la droite (le Béni d'abord, la droite dure cette fois). Et d'ailleurs il l'a surement déjà vendue ta casquette. »
enfin, histoire de m'achever : « T'es mal tombé gringo. C'est un desgraciado celui-là. On t'aurais bien aidé mais là on ne peut rien faire »
Desgraciado, signifiant selon la terminologie locale un mélange d'enfoiré de sale type, qui vendrait père, mère et enfants pour une bouteille de whisky. Un qui n'a jamais reçu la grâce. Grosso modo.

Me voilà rentré à la maison, sans casquette. Faut avouer que c'est beaucoup moins flagrant maintenant mon pseudo-style « I'm lovin' Revolution »... C'est pas comme quand on perd un téléphone portable ou un bras où là c'est bien une partie essentielle de soi même qui s'en va, l'effet c'est plus comme si on t'avait coupé les cheveux pendant la nuit. Et que tu sens quelque chose de pas normal au réveil, et quand tu te regarde dans la glace, t'es chauve.

Et pendant ce temps, un « gros con obèse alcoolique raciste machiste avare et de droite » soit un « pauvre type » comme il en existe pas mal de par le monde, quelque part dans cette ville de plus de 100 000 habitants, porte actuellement ma casquette avec une étoile rouge guévariste, prêt à la vendre au moins offrant.
Et ce type s'appelle Moise.
Remarque, c'est bien lui qui a coupé en deux la mer … Rouge.
Faut toujours se méfier des anti-communistes

Ce dimanche matin, aux aurores, vers 11h, je passe au cas où devant chez Moïse. La voiture est là. On entend la télé. Je toque.
« Bonjour, tu te souviens de moi ? »
« Évidemment, depuis hier ».
« Est-ce que tu as gardé ma casquette ? »
« Hmm, une minute »
Dix secondes plus tard, il m'ouvre la porte.
La gueule assez enfariné, l'air toujours aussi bourru, avec un petit sourire.
« Tiens la voilà, et fais attention la prochaine fois ! »
Je le remercie et je m'en vais.

La journée sera bonne.

vendredi 9 avril 2010

Le vent l'emportera


Il souffle sur ce pays des airs différents, que je vous ai déjà insufflés en ce lieu ici ou là.
Des air de fêtes, de joie, magiques sous certains airs. Realistes sous d'autres.
Alizés insaisissable, une vapeur multiple. Pas descriptible, mais qui file, comme le vent.
Et puis d'autres airs beaucoup plus tragiques, venus du passé.

Histoire de prendre un peu l'air après une journée de travail acharnée, les soufflements provoquées par les ventilateurs dans la salle sans aération qui me sert de studio d'édition ne suffisant plus à m'aérer en cette chaude journée d'avril.

Assis sur le banc à l'entrée de l'aire d'accueil, je sens soudain une brise fraiche qui vient s'insuffler à l'intérieur du cénacle. Et qui devient de plus en plus forte. Il souffle.
A côté de moi, les deux paysans venus chercher un peu d'air dans leur quotidien de sueur, discutent avec un des travailleurs. « Ils fait plutôt frais pour la saison »
L'un deux s'adresse à moi, me voyant de vent :

« Avant ce n'était pas comme ça » souffle-t-il d'un air triste.

Avant quoi lui répondis-je ?

« Avant tout ça, tout ça, tout ce que tu vois, le monde tel qu'il est. Avant il n'y avait pas de vent ici. Jamais. Ou si peu. Parce qu'il y avait la forêt, ici. Maintenant il n'y a plus la forêt. Et là bas non plus. Pi tu sais que ce que tu vois là comme vent, ce n'est rien. »

Et les voilà à se raconter les histoires de villages, de chapelle, de quartier, du monde rural, comment le toit de telle ou telle maison s'envola à la suite de la dernière tempête.

« et tu sais pas la dernière ? l'église évangélique dans la communauté là bas, il l'ont construite en terrain tout net, sans rien autour. Et l'autre fois ça a soufflé dans le coin tu te rappelle ! Et bien le toit et parti. Et tu sais où il est allé ? Juste à côté de l'Eglise catholique, qui est à quelques pas. Elle elle a gardé son toit ! Et tu sais pourquoi ? Pas parce qu'elle était mieux construite ! Parce qu'il y avait les arbres autour. »

Ils rient gaiement

Je demande : mais d'où vient-t-il ce vent ?

« De l'Est, du Nord, de là bas, loin loin, au Brésil ».

Et puis le type prend une pause se tourne vers moi et me souffle :

« Tu sais gringo, il y a eu le caoutchouc et ils avaient besoin des arbres. Ils y eu la cacahuète et ils en ont encore besoin. Mais demain, pour personne il n'y aura plus rien. ils ne replantent pas, il n'en ont rien à faire. Ils ont essayé l'élevage, ça ne marche pas ici. Alors ils ont arrêté. Ils ont essayé le soja, ça n'a pas marché, alors ils ont arrêté. Et pendant ce temps ils coupent, ils taillent, ils brûlent, de manière la plus sauvage et destructrice. Et maintenant le vent souffle ici, parce que les arbres ne l'arrêtent plus. Parce qu'il n'y en a plus. Et pour nous les paysans, il n'y aura bientôt plus rien. Le vent viendra et emportera tout. Et ce sera un désert, Riberalta disparaitra et nous aussi. Et vous êtes les seuls qui tentez d'y faire quelque chose ».

Ma pause ventilatoire s'achève. Je remercie les personnes de m'avoir éventé de leurs savoirs, et je retourne travailler. Sur fronton de l'entrée est inscrit le logo du lieu : Institut Pour l'Homme, l'Agriculture et … l'Ecologie.

Le mot est dans le vent, c'est pourtant la seule fois où je le rencontre depuis que j'ai décidé de prendre l'air de Bolivie.

Le vent se lève, le froid arrive et le ciel s'obscurcit. Voilà la pluie.

mercredi 7 avril 2010

Y a-t-il aussi aussi des anges pour les cocos ?

Je pose juste la question. Sans tenter d’y répondre.
Suis je coatché depuis mon entrée en Bolivie par un ange qui veut du bien ma stalino-bolchévique de personne ?
Sachant que je n'ai absolument rien fait (ou presque) pour me retrouver dans telle situation
A part peindre des façades aux couleurs du Movimiento Al Socialismo (MAS) de nuit, perché sur des murs en équilibre plus que précaire, engendrant une teinte blanchâtre de mes guêtres, ce qui ne changeant pas la couleur fondamentale de mes chemises blanches mais quand même si.

Et à part être tombé dans l'ONG la moins ONG et la plus révolutionnaire qu'on puisse trouver et c'est tant mieux ...

Je ne crois pas vraiment aux coïncidences. Ni au destin. Ni en dieu. A peine en Marx.

Toujours est il que sur trois semaines consécutives :

lundi,

Au resto, je rencontre Roberto Ribera, l'écrivain le plus célèbre de Santa Cruz, bien qu'il soit socialiste (pas un avantage là bas), qui me demande de prendre dans mes bagages le manuscrit de la traduction en français de son bouquin, un roman érotique dont la toile de fond est l'expérience « pré socialiste » des missions jésuites à Chiquitos au XVIIIe siècle, en Bolivie, puis de lui trouver un éditeur en Europe. Roberto qui se trouve être un vieux de 50 balais bien déluré et délirant et doté d'une grande culture et finesse de vue sur son pays et qui partage ma table au resto depuis.

mardi,

toujours au même resto, je fait connaissance avec Freddy Bersatti, le sénateur local du Movimiento al Socialismo (MAS) en visite dans la ville, avec qui je converse un brin ainsi que reçoit sa carte de visite avec son numéro de téléphone personnel, pour l'appeler le lendemain pour connaître l'heure de départ …

mercredi,

… de la caravane/manifestation. Je n'en ai pas eu besoin, on la voyait de loin. Ce fut la plus grande jamais vue dans la ville, 3 km continus de motos et camionnettes aux couleurs du MAS. Genre arriver pour la première fois en France pendant les grandes grèves du CPE. Historique. Et pour clore la journée un discours de Jessica Jordan, candidate aux élections régionales, qui je rappelle pour ceux qui n'ont pas suivi, est accessoirement Miss Bolivie 2005.

jeudi

Au restaurant une fois de plus, cette fois je suis seul. le sénateur est de nouveau là arrive et vient s'asseoir spontanément à ma table et me conte son désir d'aller planter des choux et traire les vaches, ce que je vous ai déjà raconté antérieurement : « tailler un costard sous les tropiques »

vendredi

Nouvelle manifestation, un peu moins grande que la précédente mais marquée tout de même. Cette fois sont présents Jessica Jordan qui arrivera à pleurer dans son discours au moment où elle dénonce « mais qu'ont ils fait pendant 20, 30 50 ans ces voleurs, ces corrompus, qui ont pillé notre région, qu'ont ils fait le monde, n'ont ils aucune honte ? »
Avec cette fois la présence notable de Alvaro Garcia Linera, vice president de l'Etat plurinational de Bolivie le François Fillon local, avec quelques différences soit qu'il est leader du moument vers le socialisme, qu'il tout aussi populaire et élu que le président et que c'est un orateur hors pair donnant des discours qui font mouche tels que « les choses ici sont simples, il y a 5 familles dans cette ville qui ont tout, argent, pouvoir, terres,  entreprises, et la population qu'il n'y a rien, ni eau courante, ni électricité, ni routes. La même population qui leur a fait confiance pendant trop longtemps. Ce temps là est désormais fini ». Et le pire c'est qu'il a raison.

dimanche

journée des élections régionales et locales. Au terme desquelles le MAS confirme son ancrage national, gagne de nouvelles régions. Et où le candidat à la mairie de Riberalta Mauro Cambero gagne. C'est précisément lui qui a été porté par les membres Organisés mais Non Gouvernementaux de l'institut où je suis travailleur volontaire.

mardi

Le score de la candidate aux régionales, Jessica Jordan reste en ballotage, il y a eu des fraudes de l'opposition dans la ville de Trinidad, et donc, vu le faible écart de votes, elle a des chances de gagner au final, en grande partie par les nombreux votes de Riberalta en sa faveur. Je suis donc tombé dans la plus révolutionnaire des villes de toute la media luna, ces 4 provinces d'opposition, en Bolivie. Au travail, vient me saluer Edmundo, celui qui m'a accueilli à l'institut (IPHAE) et m'a accompgné durant les premières semaines, accessoirement conseiller de campagne de Mauro, qui est le père d'une autre collègue à IPHAE. Edmundo qui me dit assez ému  : « tu sais que tu viens de voir quelque chose d'historique. Tu réalise que tu viens de voir l'histoire en marche ». J'ai du mal à répondre.

mercredi

On ne sait toujours pas si Jessica a gagné. En attendant c'est le président de la république, Evo Morales qui vient faire un tour et féliciter Mauro pour sa victoire. Évidemment tous les gens d'IPHAE sont invités. Je suis de la fête. Au dernier moment il annule, n'étant pas sûr des résultats de demoiselle Jordan. Ca ne fera que la 4e fois en deux semaines qu'il s'annonce sans venir. Ainsi va la Bolivie. On l'annonce apparemment pour la fin de semaine. Il finira par venir. Evidemment.

Maintenant sachant que

du 20 au 22 avril va se tenir l'évènement le plus important pour le monde non civilisé depuis le forum social mondial de porto allegre. Le point fondateur du post altermondialisme.

et j'exagere à peine,

conférence mondiale des peuples pour la lutte contre le changement climatique, CMPCC
à Cochabamba,
10 000 personnes attendues, bien plus seront là, des présidents, donc Evo Morales et peut être Hugo Chavez, depuis son remarqué « si le climat était une banque, il l'auraient déjà sauvé » devant els mouvements sociaux, à Copenhague, et bien d'autres, des grandes figures littéraires latino américaines comme Eduardo Galeano sans oublier accessoirement et surtout la présence de délégation de plus de 50 pays et de très nombreux (un petit millier) mouvements sociaux de défense de l'environnement (et non des « écologistes ») des pays du Sud


J'en déduis donc que


ou alors quelque chose de très particulier se passe dans ce pays,
et qu'il y a une sorte de magie sur ce continent.

ou par courbe ascendante de type exponentielle, telle que sont apprises les modélisations économiques à l'Université Toulouse 1, que ce sera mathématiquement la révolution en France en rentrant.

Ou alors troisième option non exclusive : j'ai une chance de cocu.
Ce qui est peu probable vu que je suis pour l'heure célibataire.


On s'y croirait
Presque.


En attendant je trimballe toujours ma tourista.
J'ai mal au ventre.
C'en serait presque tragique.
Presque.

mardi 6 avril 2010

La révolution sur le trône

Non en fait, j'écris tout ça parce que je n'ai rien d'autre à faire pour le moment.
Parce que je suis cloué au lit depuis ce dimanche 4 avril au matin.
Plus de force que de gré.

J'ai enfin réussi à entrer en contact intime avec la si bien nommée turista, soit une séquestration violente des entrailles causée par je ne sais quelle viande trop peu cuite, ou autre délice local aux conséquences gastro enterribles.

Je navigue entre les vagues nauséeuses,
à bâbord la télé du salon à voir les résultats des élections s'afficher,
à tribord, sur mon lit à me tortiller et gémir 
avant de, last but not least, venir m'échouer pitoyablement aux sanitaires.

Au passage, conseil aux voyageurs, au Venezuela comme en Bolivie ou au Pérou ou un peu partout dans le monde, le papier toilette se jette à la poubelle jouxtant (quand elle existe … rire) le sanitaire en question et ne se jette absolument jamais dans la cuvette non-préposée à cet effet, sous peine de catastrophe hydraulique et plus si affinités. Je n'en ai heureusement pas pour l'instant fait l'expérience.

J'avoue qu'il y a comme un air de déjà vu, la dernière fois que j'avais eu un « problème similaire », c'était au Venezuela, à l'hôtel Catedral, de Caracas, la chose étant survenue aussi un dimanche soir après l'ingestion d'un poulet de mauvaise qualité, et semblait-il pas cuit. Ce dimanche là, jour où le secteur n'était justement pas alimenté en eau pour cause d'économie d'énergie. Je vous passe les péripéties mais la nuit fut très courte. Et puis deux jours après j'étais sur pied pour partir fêter noël. comme quoi.

Ici en Bolivie, l'eau elle est coupée tout les jours, de 8h à 12h puis de 18h à 20h30 et plus parfois, non pas pour quelconque politique de développement durable, simplement parce qu'il n'y en a pas assez pour tout le monde, et qu'on est dans le quart-monde et que les nécessités humaines primaires ne sont pas encore satisfaites. 

Tiens, ben voilà justement l'effet concret d'une mauvaise gestion municipale. Pas l'eau courante, encore moins potable, dans une ville de plus de 100 000 habitants en pleine zone tropicale. Pas l'électricité pour 80% de la population, pas de routes en dur, rien, vingt ans que les mêmes corrompus voleurs inactifs, cinq familles qui se partagent la galette, sont au pouvoir et ils ne font rien. Et là se présente enfin une autre gueule, il se trouve que c'est celle du MAS.

On va attendre jusqu'à 23h pour voir des résultats. 
On ne saura finalement que le lendemain matin.
On saura si la révolution est arrivée, si le changement survient dans cette ville.
Si l'on aura bientôt l'eau et l'électricité pour tous.
Et je saurais si, repassant dans le coin dans 5 ans, je pourrais subir de nouveau une jolie congestion gastrique, et garder l'esprit apaisé, à toute heure du jour et de la nuit, car je tirerais la chevillette et la bobinette cherrera.
Pour l'heure, il est une heure, du matin, je suis sur le point de m'endormir.
L'amie chez qui je loge sort en criant.
« Mauro a gagné ! ».
26%.
A peine trois points de plus que les seconds, mais les élections sont toutes à la majorité simple, à a un tour, sauf s'il y a égalité dans les pourcentages.

Donc, c'est gagné. Vraiment. Ils ont gagné. On a gagné.
Je crie de joie ce que je peux ...et me rappellent à l'ordre mes tripes distendues. Joie.
Mon amie est partie faire la fête. Elle boira double pour compenser mon absence. C'est gentil de sa part.
Et moi je suis là à écrire cette histoire pas drôle et pas intéressante afin que mes lecteurs profitent aussi du véritable sens de la révolution bolivienne, soit la révolution par le PQ.

Au matin, continue de me malmener mon bidounet. Et donc conséquence je n'irais pas travailler. J'arrive quand même à émettre un déplacement sur quelques mètres pour aller voir un médecin, au cas où.
Direction donc le dispensaire médical, et quelle fut ma non-surprise de retrouver ... les cubains !
Et oui, ici aussi l'idée fait des émules. En Bolivie, le programme de santé gratuite s'adresse aux populations démunies, soins gratuits, et remboursement des frais de pharmacie sur le salaire à la fin du mois. Et pour les autres étrangers comme moi, il faut payer un petit pécule.
A l'entrée on sent déjà l'atmosphère. C'est bondé. Des gens à gauche, à droite, au milieu. Beaucoup de femmes, beaucoup de bébés, beaucoup de cris et de larmes pour on ne sait quoi. On me dirige vers l'administration où je m'inscrit et paye la consultation d'avance. Et puis l'on me fait asseoir sur l'un des nombreux bancs dans la cour intérieure. En attendant mon tour, j'essaie de comprendre le fonctionnement. Les queues sont très nombreuses mais pas si longues en fait. Entre ceux qui attendent l'infirmerie, le cabinet dentaire, l'ophtalmologiste, les consultations générales, les vaccinations et le service maternité, jamais plus de 4 personnes en attente au même endroit.
Au dessus de nos têtes, une affiche, déjà croisée en pleine ville : luttons ensemble contre le SIDA
solution n°1 : l'abstinence ! Avec la pastille colorée : « Fonctionne à 100% »
solution n°2 : la fidélité, apprend à aimer ton conjoint.
solution n°3 : le préservatif.
« 3 manière d'aimer, 3 manières de se protéger. »
Et en dessous, cerise sur le gâteau : campagne de sensibilisation financée par … l'USAID. Exactement, l'organisation qui sert de paravent aux actions plus ou moins subversives de la CIA dans le monde, et qui a financé directement les « contestations étudiantes » de fin 2008. Etudiant qui taguaient dans les rues de Santa Cruz des croix gammées sur les murs. C'est qu'on sait transmettre les messages de paix et de concorde ici.

Après une petite demi heure, voilà mon tour. Le médecin est direct et demande tous les détails « gastronomiques » les plus appétissants. Il m'ausculte rapidement et voit bien que c'est une indigestion. Efficaces ces cubains ! Blague à part, voilà ce qui me dit ensuite :
« Tu as ta femme à la maison? ». Je lui explique que non. « demande à une des femmes chez toi de te faire une préparation, du riz à l'eau avec de la cannelle. » Un peu incrédule, je me tais et il me prescrit en complément quelques médicaments, en m'expliquant la fonction de chacun et la posologie. Plutôt pédagogue menfin y a encore des progrès à faire au niveau du sexisme. Je plaisante bien sûr, jamais je ne me risquerais à donner des leçons de révolution à donner à un cubain. Ah, il a une écriture tout aussi illisible que nos généralistes hexagonaux.
Je passe au coin pharmacie du centre de santé, où les médicaments sont bien moins chers qu'en pharmacie classique. Il m'en manque un, je file à la plus proche, la pharmacie « Nino Jesus » avec plein d'affiche expliquant que Dieu qui soigne toutes les maladies. Ils ont le médicament qui me manquait.

Au retour, je passe acheter deux trois trucs à l'épicier du quartier. Il voit mon état et s'enquiert de ma santé. C'est gentil. Et puis cheminant vers la maison les voisins, à qui je n'ai jusque là jamais parlé (syndrome isolationniste typique) et qui viennent spontanément prendre les nouvelles.
A la maison, mon amie a préparé diverses décoction, thé à la cannelle, citron, goyave, infusion de cannelle avec du riz, et eau de noix de coco.
Ça ne change pas fondamentalement mon état mais ça fait vraiment plaisir, l'attention semble spontanée, et si elle ne l'est je m'en fous bien.

Le bon côté de cette histoire dont pour laquelle 0,01% se libère 0.01% de votre espace cérébral disponible, c'est que j'ai désormais des abdominaux en béton, et ce sansa bouger de mon lit, par la force des choses.

Et puis que la révolution est arrivée jusqu'à Riberalta.

Donc tout va bien, ou presque.

Faudra juste bien faire à l'avenir de pas choper la crève le jour du Grand Soir.

Prise de grippe le jour du Grand Soir

Ce dimanche 3 avril est un jour spécial en Bolivie.
Pas un magasin d'ouvert, pas un taxiste dans les rues, pas une voiture qui puisse circuler.
Plus encore qu'un jour férié, absolument tout est fermé, hormis les personnes vivant sur leur lieu de travail. Pas de circulation hormis celle expressément autorisée de 8h du matin à minuit.
Et la police veille au grain. Egalement, interdiction de sortir une pancarte, une affiche, ou pire encore un t shirt avec des significations politiques.
La ville est déserte, sauf à 5 points de convergence où la population se rassemble dans des queues immenses. Pluie, tempête ou beau temps.

Non ce n'est tout à fait la naissance d'un Etat totalitaire et la pénurie généralisée d'un gouvernement bolchévique tropical.
C'est juste une élection.

Ce dimanche se sont déroulées les élections municipales et régionales en Bolivie.
Les élections en Bolivie sont un poil différentes de la France.
D'abord le vote est obligatoire, enfin non, pas obligatoire concrètement puisqu'il n'y a pas de condamnation pour non vote. En revanche, sans le tampon du bureau de vote; il est impossible pendant l'année suivante d'encaisser un chèque, contracter un crédit, suivre quelconque une démarche administrative, toucher son salaire, autrement dit ce n'est pas obligatoire mais fortement contraint, le taux de participation avoisine donc les 98%.
En compensation, les votes blancs comme les votes nuls sont comptabilisés et séparément l'un de l'autre.

Les bulletins de vote en eux mêmes sont différents, se présentant comme une grande feuille qui contient la présentation de chaque candidat, et l'on vote par colonne, par couleur, avec en ligne les postes.

Il faut également ajouter que c'est une autorité distincte, dont je ne sais pas comment elle se constitue, qui prend en charge l'organisation et la tenue des élections, la cour nationale électorale, divisée en cour régionales. Les cours régionales des les régions de l'est du pays, au moment des troubles séparatistes de fin 2008 se sont notamment fait remarquées pour leur propension a appuyer l'opposition, et a dénoncer l'avènement de la dictature communiste dans le pays. Rien de neuf en somme. Dictature on aura pourtant du mal à parler puisque la troisième grande différence avec la France c'est qu'ici on vote beaucoup et en même temps.

Pour rappel, la division administrative de la Bolivie c'est l'Etat, divisé en régions (departamentos), divisées elles mêmes en départements (provincias), divisés en commune ( municipio). Sachant que les régions ont un pouvoir autrement plus fort qu'en France, l'autonomie régionale est une des composante importante du mouvement en cours dans le pays.

En ce jour ont été élus dans tout le pays, par le suffrage universel direct :
 le conseiller régional (gobernador, anciennement prefecto)
 le vice conseiller régional, un par département (sub gobernador, anciennement vice prefecto)
 les membres du conseil régional, scrutin par liste (asambleistas)
 le corregidor, sorte de préfet élu, qui fait le lien entre Etat et département, et membre des autorisés régionales. Enfin de ce que j'en ai compris.
 Le maire (el alcalde)
 les représentants du conseil municipal, scrutin nominatif ET par liste (concejales)

Vous suivez ? Et tout ça dans un seul bulletin, enfin deux puisque le vote régional et municipal est séparé. Un poil complexe. A titre d'exemple, pour l'élection du corregidor, le taux de votes blancs a dépassé le 40%, les gens n'ayant pas vu la case ou ne sachant pas ce que cela désigne. Les militants du MAS me présentant leur candidat à ce poste n'avaient pas été capables non plus de m'en dire plus sur cet obscur personnage. Le candidat était comme de par hasard le type qui m'a pris en charge depuis un mois au sein de l'Institution. Oui, j'ai échoué au milieu d'une jungle pleine de militants. Du coup, pour bien se faire comprendre, dans leurs spots de propagande et affiches, les candidats indiquent méthodiquement comment on fait pour cocher une case. Discours du vice président de la République de Bolivie, Alvaro Garcia Linera, qui avait fait l'honneur de venir soutenir les candidats du MAS en meeting de cloture de campagne: « pour voter, rappelez en vous bien ! Vous cherchez la colonne bleu et vous cochez la petite case blanche sur toutes les lignes ».
Avec les gestes type hôtesse de l'air et tout et tout. A peine infantilisant. M'enfin pendant des siècles plus de 60% de ce pays n'existait pas. Ca prend du temps y compris chez les leaders révolutionnaires de changer leur regard, surtout que ces indigènes et paysans, même dans le processus, restent encore pour un grande part persuadé de leur infériorité intellectuelle. Non, aucune contradiction, je vous assure qu'il y a bien une révolution dans ce pays.

Et ce soir c'est soirée électorale. Enfin dès 8h du matin on pouvait voir « bientôt les résultats en exclusivité ». Au final, sur toutes les chaines, les résultats ont commencé à être annoncés en même temps, … à 18h.
Arrivent donc les premières estimations. Les éditions spéciales aux titres : « pouvoir du vote », « le jour V (comme vote) », on lésine pas sur la marchandisation de la campagne. Mais étonnement ils sont malgré tout beaucoup moins sur le modèle course de chevaux de la France. C'est plus un David démocrate contre Goliath du MAS. Les analystes de tout poil, tous hostiles au Mouvement vers le Socialisme, défilent et commentent tour à tour les sondages sortie des urnes, puis les résultats à 10%, à 20% des bulletins dépouillés. Se contredisant sans peine, avec une stratégie bien rodée : si un résultat est défavorable au MAS c'est une défaite nationale, l'expression du désaveu populaire contre la dictature, et s'il est favorable; c'est uniquement parce que localement le candidat est apprécié et que les gens sont des imbéciles.
Presque un mois sans voir la télé, dieu que ça m'avait manqué !

Dans la vie réelle, le MAS s'impose dans 6 régions sur 9 au lieu de trois précédemment, perd la mairie de La Paz et gagne trois capitales régionales. On apprend quand même des choses intéressantes : le MAS est élu par les campagnes (ô surprise) et n'a pas un fort appui dans les villes. Conclusion de l'analyste : les gens des campagnes sont fortement attachés à l'image d'un leader et sont incapable de se prendre en main et c'est normal puisque ce sont des pequenots. Et le MAS doit faire sa mutation pour toucher les classes moyennes urbaines qu'il discrimine quand même un peu trop. Et pi on va passer notre vie avec des indiens et des paysans, sans dec'. Et de lancer un appel à la concorde, à la fin du divisionnisme, en somme à la politique de classe, qu'est censé mener le MAS. Et je vous jure que c'est à peine exagéré.
MAS qui est un vieux parti, et qui s'il a un leader nouveau n'a pas changé dans sa structure, et reste un parti somme toute traditionnel, et certainement pas de classe.
Evo Morales a été réélu président en décembre dernier par 65% des suffrages. Conclusion de l'analyste : le MAS est en perte de vitesse. Un petit parti d'opposition a gagné la mairie de la Paz et de la ville ex minière d'Uroro, le Mouvement des Sans Peurs. (on se demande de quoi ?). C'est donc le premier opposant politique du pays. Et ça réjouit beaucoup nos commentateurs qui voient enfin émerger le contre-balancier démocratique à l'omniprésence du MAS. Le même MAS dont on a appris dans le JT précédent la soirée en vrac qu'il tabasse les femmes enceintes, empêche les gens de s'exprimer et veut instaurer une dictature castro-chaviste. Les médias restent vraiment un exemple de richesse intellectuelle et d'objectivité.

Ici on est à Riberalta. En pleine terre d'opposition, dans ces départements de la « media luna », de l'est du pays, avec les cambas, les orientaux, qui se sentent si différents des coyas, les andins. Une histoire de colonies de peuplement espagnole au XVIIe siècle, mais surtout de sentiment régionaliste exacerbé avec Santa Cruz, dont le chauvinisme anti-socialiste n'est plus une légende depuis leur tentative ratée de coup d'Etat par le séparatisme régional, fin 2008. Ayant engendré des traques aux indigènes pour leur faire comprendre « qu’ on » n’est pas des sous-races à Santa Cruz comme ici. Avec des morts quand même. Et les pressions continuent, licenciements pour faute idéologique, refus de crédits, la peur ne se dit pas mais il ne fait pas bon être révolutionnaire dans le coin, même un an après. Je vous l'ai déjà dis qu'on s'éclate vraiment dans le coin ?

Et puis il y a le Movimiento Al Socialismo, près d'un tiers de suffrages malgré la peur, la désinformation et les menaces. Et puis il y a ce candidat à la mairie. Mauro Cambero. C'est le père d'une collègue de travail dans mon « ONG ».

Si tant est qu'une ONG qui s'occupe entre autre de l'émergence de leaders populaires locaux dans le vieux parti pyramidal qu'est le MAS, ou encore de l'appropriation par les communautés indigènes et paysannes des outils de la démocratie directe, ou encore de l'auto organisation paysanne et la production coopérative, puisse encore s'appeler « ONG. »
Bref après une bataille interne acharnée, les directions du Mouvement vers le Socialisme ont acceptées de laisser la tête de liste à un candidat demandé par la population elle même. Il se trouve que par un grand hasard c'est dans une des salles de réunion de l'IPHAE que cette candidature s'est décidée. L'Institut reste dans tous les cas bien une organisation non - « gouvernementale ». En compensation à cette concession populeuse est restée la candidate désignée par Evo Morales lui même pour les régionales, Jessica Jordan, miss Bolivie 2005, une femme … surprenante. On ne vous avait pas dit qu'on pouvait être leader révolutionnaire et très machiste ?

Le programme de tout ce joli monde : fin de la corruption, fin du gaspillage et amorce du changement. Phrases creuses ?
la corruption c'est des centaines de millions qui partent on ne sais où, sinon dans la poche de 5 familles qui régentent leur fief tropical, avec l'appui des patrons de l'industrie des amandes, et le consentement forcé ou non des habitants.
l'argent gaspillé c'est refaire l'ensemble du système d'écoulement des eaux de la ville et le faire tellement mal que jusqu'à la place centrale est désormais inondés à la moindre ondée (et l'on sait qu'en zone tropicale la saison des pluie est un phénomène important), ou de créer des digues dans les quartiers les plus pauvres de telle manière que l'eau peut désormais entrer à l'intérieur même des maisons.
Et le changement c'est tout simplement que cette région d'une très grande pauvreté généralisée puisse enfin prendre le wagon en marche du mouvement révolutionnaire que vit le pays.

Bon je sais que vous vous en fichez éperdument de l'état des trottoirs dans une quelconque cité amazonienne à des dizaines de milliers de kilomètres de notre France adorée.
Mais pas moi. Et si j'avais pu voter (6 mois de résidence minimum requis, dommage)
je l'aurais fait avec un grand plaisir et une grande fierté.
Surtout que j'ai contribué à cette victoire un peu, avec un apport en huile de coude pour aller peindre en pleine nuit une façade aux couleurs locales.


A moins que, 
Non en fait j'écris tout ça parce que ...