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samedi 17 avril 2010

Les nuages de poussières se couchent sous l'horizon révolutionnaire


Vous ne la voyez pas, vous ne la verrez pas. La révolution bolivienne n'est pas visible.
Il y a ici ces chemins, où à la nuit tombée plane un brouillard épais de poussière de terre à cause de la circulation abondante du jour, masquant et tâchant tout paysage aux alentours. Cette poussière, elle ne retombe que quand vient la pluie, la tempête, l'orage la tourmente, ou les rigoles se font torrents et les flaques se transforment en lacs.
Alors devant la force contrainte, l'on distingue effectivement un peu de ce qu'il y a ici,

La révolution bolivienne est un peu à cette image. Ce n'est que quand ça va mal qu'on peut l'apercevoir de nos fenêtres septentrionnales. Guerre de l'eau, 2000, guerre du gaz, 2003, élections puis conspirations, 2005 – 06, séparatisme 2008 et ce n'est pas fini vu comment les loges d'extrême droite et autres délicieux comités civiques repartent à l'assaut.

Sauf que la poussière masque, cache. Et nos yeux occidentaux sont incapable d'entrevoir de la moindre mesure de ce qui se joue ici. Et de mon point de vue délocalisé, ce n'est qu'une lorgnette qui s'ouvre à moi.

Bien sûr, parlons de l'éducation pour tous jusqu'aux indiens Takana ou Chakobo au coeur de la forêt. Bien sûr parlons des briques, des ponts, des routes, des pavés. OU de la nationalisation des ressources naturelles, de la redistribution des richesses.
Et parlons encore plus de ce qui va se jouer du 20 au 22 avril 2010, une date qui fera date sans aucun doute, ou presque, pour les deux tiers de l'humanité.

Voilà toute l'Europe perdue sous un immense nuage de poussière, émanation d'une éruption naturelle, un caprice pachamamien venu de l'Islande, pays déjà turbulé ces derniers temps.
C'est drôle ces coïncidences, tous ces évènements qui ici prennent un sens, un ordonnement, un évidemment, c'est "logique". A l'extrême opposé d'une "logique" de système rationnelle. si tant est qu'un système qui plus il avance, plus il s'autodétruit, peut être considéré comme rationnel.

Finalement à quoi cela servirait-il que je tente de vous en parler ?
Je l'ai fait d'une certaine manière, qui ne me satisfait pas suffisamment, pour le Venezuela, je pense en être pour l'heure incapable pour la Bolivie.

Et quand bien même j'en serais capable, nous, lecteurs, serions nous capables de nous décentrer de notre centre ? De nos désoccidentaliser un instant de notre occidental apostolique romain même plus catholique ? Je ne veux présumer de rien, mais je pense que pour le moment nous en sommes tous incapables.
Moi le premier.

Oh je vous ferais bien un de ces jours un topo sur tout ce qui se fait ici en matière révolutionnaire. Mais comme je le ressens actuellement, cela semble bien peu dire au regard des forces qui jouent ici.
On flirterais presque avec le mystique, qui fait si peur aux laicards athéicistes, les mêmes qui n'ont jamais eu autant de foi pour leur athéisme. Reconnaissons le pour le moins, croire en la révolution est une forme de foi. Ca ne fait pas de nous des odieux curetons ni des je ne sais quelle secte.

Qu'il y ait des conditions historique, un processus de soulèvement populaire gradué arrivant à l'élection d'un indigène au pouvoir, très bien. Mais l'on oublie à chaque fois que la force qui pousse ce soulèvement populaire n'est pas sur-déterminée par je ne sais quelle dialectique historique.

L'on peut (et l'on doit) établir les causes et conséquences d'un processus révolutionnaire au regard de cette outil d'analyse extraordinaire qu'est la lutte des classes, mais le moment révolutionnaire pour sa part n'est pas révolutionnaire pour rien. 
C'est qu'il va au delà de conditions matérielles préalables, qu'elles soient objectives ou subjectives d'ailleurs. On ne parle plus de matérialité, mais d'humanité en mouvement. Autre registre, autre sons, autres sens.

Voilà pourquoi vous et moi ne comprendrons jamais la révolution bolivienne, et la vénézuelienne aussi d'ailleurs, parce qu'elles ne s'expliquent pas. Et le meilleur exemple de cette certitude de l'incertain, je l'ai sous les yeux, moi, qui ne peux croire ce qui m'arrive.
Réel, irréel, magique, concret ? Ces termes se mélangent et forment un corpus nouveau, qui justement ne se théorise pas. Il se vit.
Je pourrais tout aussi bien vous dire que quand je quitte le centre de la ville où je me trouve, je sens au tréfond de moi la puissance immense et écrasante d'une force supérieure. Vous me répondrez que je parle aux arbres, comme un fou, et ce sera d'ailleurs ce que je répondrais une fois rentré.
Inaudible, hors champ.

Je pourrais vous dire aussi que ces mêmes forces extrêmement naturelles, font peu de cas du jeu social que nous jouons quotidiennement, dans nos sociétés. Bas les masques, tous à poil, les humanités dévoilées sans qu'on puisse rien maitriser.
Et vous me répondrez certainement qu'ici aussi je joue un rôle, que c'est aussi une société et qu'elle fonctionne aussi avec ses rôles sociaux.
Et vous aurez parfaitement raison.

Raison ne fait pas révolution.

C'est une chose extrêmement violente pour un esprit cartésien rationnel tel que le mien, de découvrir que le fait révolutionnaire ne se fait pas, ne se déclenche pas seulement en fonction de conditions préalables, mais qu'il se supporte en lui même, sans explications.

Et c'est alors que nos bons révolutionnaires, et je ne suis pas le dernier dans le lot, diront : "Alors quoi ? On arrête tout ? La militance ? Et laisse venir le Grand Soir et en attendant on attend ? Bref, éloge de l'innaction ?"

Ce qui fera une fois de plus la preuve de notre totale stupidité à tenter en vain de comprendre, puisque c'est bien du contraire qu'il s'agit.

Cette action collective, ce mouvement social, cette union qui fait la force, elle est révolution en soi. Par exemple, tant que dans les Assemblées générales mêmes des plus stériles, si au moins un étudiant sort avec une possible remise en question sur ce qu'il croit, alors nous auront provoqué quelque chose de révolutionnaire et il y na justification pour continuer.

A ma gauche on me dira que cela aboutit à la Révolution permanente, chacun son petit bout de mouvement, et là encore c'est erreur.

Car le mouvement qui provoque ce mouvement ne peut être dissocié du mouvement vers lequel il se meut. En somme, on ne peut conscientiser un étudiant dans une AG si l'objectif ultime de notre mouvement n'est pas d'aboutir à un changement des fondements institutionnels qui régisse notre société.

Oh je n'invente rien, ça a été dit et redis par les uns ou les autres et ça fait un bout de temps que j'en suis convaincu. En revanche ce qui est nouveau pour moi c'est à quel point ce mouvement là, cette tension collective vers ce changement fondateur, est mystique. Plus qu'une croyance, c'est une expérience de vie.

J'en viens du coup à élaborer des théories vaseuses. 

Comme quoi la chute du mur de Berlin n'a été en rien la chute de l'idéologie soviétisante, qui s'est fondue à merveille dans le néolibéralisme financier et sécuritaire. le fonctionnement d'un fond de pension ou autre banque d'investissement à plus à voir avec le stalinisme que n'importe quel parti communiste contemporain.
En revanche, par cet effondrement, quelque chose d'autres a été détruit pour une moitié de l'humanité, la faute aux acteurs du pourrissement de longue date du processus originel, mais aussi à ceux qui ont toujours lutté contre ce dessein originel.
Et c'est cette mystique que nous avons pour tache de reconstruire aujourd'hui.
Le propos vous dérange ? Je serais en train de faire l'éloge d'un totalitarisme ? 
Je justifie et excuse l'horreur la plus noire ?

faites tomber les grilles.

L'excuse perpétue le jugement de valeur, le bien ou le mal
. « On » aurait mal fait ? Mais réalisons d'abord que nous n'existions tout simplement pas alors ? Ce ne sont pas d'excuse qu'il faut aujourd'hui, poour personne.
Assez de condescendance, même après avoir commis tout ce que nous avons commis, l'on continue à juger à l'aune du bien ou du mal nos actions.
en revanche, oui, reconnaissance.

En premier lieu celle que JAMAIS la révolution industrielle qui nous a mené à devenir des pays dits développés, absolument JAMAIS n'aurait été possible sans l'accumulation préalable de capital, issu du pillage systématique de l'ensemble des ressources dans le monde entier, à commencer par les filons d'argent sans fins des mines de Potosi, et tout le reste de ce continent dont les veines ouvertes ne se refermeront sûrement jamais. Et ce pillage humain, cette destruction destructrice, de l'Afrique, des autres cultures, pillées, esclavagisées et massacrées jusqu'à la dernière goutte.
Cela ets prouvé, re prouvé et fait partie de notre Histoire.
Notre richesse n'est que la conséquence de leur exploitation.
Nous ne sommes pas des coupables, mais notre civilisation est responsable.
C'est la première chose que nous devons reconnaître.
Avec son corolaire : le système capitaliste actuel est génocidaire.
c'est un fait mainte fois démontré, par le passé en encore le présent.
Et ce n'est pas le million de morts d'Irak qui m'en donnera tort (oui un million, soit le chiffre des organisations indépendantes, puisque le chiffee officiel est celui de l'armée américaine .. vous ne saviez pas ?)

Je glisse sur des terrains glissants ? Sauf que les nuages de poussières ne glisse pas. La terre on la sent bien, on l'a tant autour de soi pour bien garder les pieds bien ancrés, bien plus que dans notre modernité flottante.

Et nous devons maintenant reconnaître que ce sont ces mêmes populations que nous avons si longtemps soumises, qui aujourd'hui; au travers de siècles de luttes, dessinent la nouvelle voie pour l'avenir du monde et de l'Humanité. Et sauf changement de dernière minute, cela se fait et se fera sans nous.

Il faut en commencer par là pour saisir ce que peut être le mouvement révolutionnaire en cours ici. Commencer par révolutionner notre vision de nous mêmes comme pays développés, occidents, là où nous avons des siècles de retard dans notre mystique sur le reste du monde.

Et se révolutionner soi même. Une fois à nu, l'on découvre ses contradictions les plus profondes qui font mal. Et c'est bien cela le problème majeur pour nos étroits esprits égotistes : a quoi bon faire la révolution si elle ne m'apporte pas "Mon" bonheur sur terre ?

Et tout ça il faut le mener de front, et collectivement.
Et c'est extrêmement difficile mais c'est une nécessité impérieuse.
Et quand des gens qui ont a peine de quoi manger une fois apr jour mènent depuis leur naissance jusqu'à leur mort cette lutte, on peut se questionner sur nous mêmes.

Ces 20 au 22 avril 2010 va se dérouler une rencontre entre 15 000 personnes, membres d'organisations sociales du monde entier, de plus de 111 pays, qui vont collectivement décider de la manière dont ils s'accordent pour trouver des solutions à la faillite prochaine de la civilisation humaine devant la destruction environnementale.
Cette conférence mondiale des peuples pour le climat ne tiendra peut être pas toutes ses promesses, et l'hypothèse est possible qu'a posteriori l'on dise que ce fut un échec.
L'échec de quoi, l'échec pour qui ? Pour quoi ?

Lexistence même de cette conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre Mère, est en soi une réussite. Tout ce qui en sortira ne pourra être qu'un pas de plus vers des jours meilleurs.

J'y serais et vous transmettrais comme je le pourrais au cours des jours prochain la quotidiannité d'un tel évènement.
si tant est que ce soit possible. Enfin le possible désormais ... vous savez ....

mardi 2 mars 2010

Dans la jungle merveilleuse du capitalisme pur et parfait

Je dois vous avouer que je ne suis pas tout à fait au meilleur endroit pour observer la révolution bolivienne.
C'est un peu comme si j'avais choisi l'Alsace-Lorraine pour faire une étude sur l'athéisme en France.
Ou la Vendée pour évoquer la Commune de Paris ...

Bienvenue en Amazonie bolivienne, entre la province du Beni et celle du Pando, dans cette media luna (demi lune), qui avec la région de Santa Cruz forme l'arc oppositionnel du pays.
Dans une ville reliée au reste du pays (et du monde) par une route, une seule, ou plutôt un sentier de terre qui traverse la ville en direction de la frontière du Brésil toute proche.
Riberalta, (Rive-haute), à la confluence des fleuves Beni et Madre de Dios.

Dans cette zone, pendant des siècles, l'on a exploité, jusqu'à il y encore 50 ans, le caoutchouc, comme disent les locaux, la goma, que ce soient les boliviens comme les étrangers. L'économie était florissante, le paternalisme économique aussi. Et puis la goma fut gommée, la ressource a été épuisée à force de surexploitation, les entrepreneurs sont partis, la pauvreté est revenue, ou plutôt a juste continué, la richesse des terres ne profitant qu'aux riches. Quand aux habitants originaux, les "indiens", ils étaient mis en esclavage pour mles plus pacifistes ou torturés et massacrés pour plus véloces. 
Vient depuis lors l'industrie de la cacahuète, la cascarra, florissante, fournissant une manne financière énorme, elle fonctionne toujours aussi « bien » aujourd'hui.

Quelle que soit la période, le modèle est le même : les maitres sont quelques grandes familles, richissimes et qui détiennent tout. D'une part l'économie, la richesse et avec elle la survie physique de la population, mais plus encore le contrôle des propriétaires des moyens de production porte la vie elle-même. Allant jusqu'à décider de qui se marie avec qui. Et bien entendu de pour qui voter lors des élections. "Indien" et "paysan" sont toujours des injures, pour la majorité de la population. Au niveau de la vie quotidienne, tout est à faire : eau potable, électricité, égouts, aménagement du territoire, routes, … Mais peu importe, la population a survécu ainsi pendant 200 ans, elle peut bien continuer encore un quelques décennies.

Au cœur de ce tiers de quart-monde, les produits les plus visibles se nomment Kawasaki et Toyota, les motos, quasi unique moyen de transport et symbole de reconnaissance sociale, à l'exception de quelques 4x4 pour les plus aisés, ou de simples vélos pour les plus pauvres. Le plus souvent ceux-là n'ont que leurs jambes pour se déplacer. Les paysans sont comme de coutume soumis au patronage des propriétaires terriens, à la monoculture de la cacahuète et la dépendance perpétuelle. S'ils tentent de sortir du cadre obligatoire, ils sont vite rappelés à la raison puisqu'il en coûte plus d'être transporté à la ville que de vendre ses quelques plants de manioc (la yucca) au marché. Le "choix" entre la mort miséreuse dans la dignité et la survie sous dépendance perpétuelle est vite réglé, il faut bien bouffer. Et pourtant avec le climat, il serait possible de faire deux à trois récoltes de céréales à l'année. Mais l'exploitation des terres agricoles est consacrée à l'élevage de bétail, sur des kilomètres de terres libérés grâce à la déforestation.

Le plus gros problème est finalement que la population a intégré totalement jusqu'au plus profond de sa conscience ce lien de dépendance qu'elle doit au maitre, si bien qu'elle se retrouve démunie lorsqu'elle se trouve devant la nécessité de s'organiser collectivement. Et qu'un bon tiers des paysans ayant recu des terres de l'Etat ne les cultivent tout simplement pas, préférant encore acheter leur subsistance à la ville et laisser inactif leur petit bout de terrain. Et de se propager un peu plus dans les villes le discours sur la fainéantise et l'incapacité des paysans et des indiens ... 

Les travailleurs sont d'abord ceux de la cacahuète, très nombreux, exploités, sans syndicat sinon patronal et non organisés. Les lois du travail ont beau avoir été votée à la Paz, ils semblent qu'elles ne soient pas encore arrivées ici. Il faut dire qu'elles n'étaient d'aucune utilité, la population ne sachant ni lire ni écrire jusqu'à l'arrivée récente des programmes gouvernementaux qui ont depuis, fait positif, délivré le territoire de l'analphabétisme.

Les rapports humains s'organisent ainsi : dis moi qui t'emploie, je te dirais ce que tu penses. La parole d'autorité reste en premier lieu celle du maitre, du patron, puis celle de l'archevêque, du gouverneur, et enfin l'évêque et le maire. Au delà, il faut se rendre dans les quartiers pauvres où un embryon d'organisation populaire existe avec les présidents de quartier, qui défendent les intérêts du voisinage, mais qui ici n'ont que très peu de marge de manoeuvre.

Au niveau politique ce n'est guère plus glorieux. Le MAS est arrivé depuis peu, à construit quelques routes, mais la province comme la mairie sont toujours d'opposition. Fin 2008 ont eu lieu des émeutes sanglantes avec massacres de population. Les « bons citoyens » en venant à tabasser  les paysans et les indigènes. Pendant ce temps à Santa Cruz, coeur oppositionnel du pays, Les étudiants taguaient des croix gammées sur les murs de leur fac pour clamer leur amour de la démocratie. A Riberalta, les militants révolutionnaire ou tout simplement les personnes engagées dans l'aide aux plus démunis ont dû s'exiler de la région pour un temps devant le danger pour leur vie. C'est seulement depuis la fin de cet enième tentative de coup d'Etat intérieur, appuyé par l'administration américaine via son ambassadeur, depuis expulsé, qu'il n'est plus motif de menace de mort que de se dire publiquement massiste (partisan du MAS). Mais là encore, cela reste le plus souvent quelque chose qu'on ne crie pas sur les toits, sous peine de licenciement, problèmes judiciaires ou menaces diverses à son intégrité ou celle de sa famille. De fait, le Mouvement vers le Socialisme n'a pas encore pu prendre racine, seul 30% de la population à soutenu de son vote le MAS aux dernières élections.

Enfin, pour parfaire le tableau, les médias, télé, radio comme journaux, sont tous exclusivement privés, l'Etat n'ayant pas encore pu implanté dans tout le pays sa chaine de télévision publique. Se détache quelques radios dont le propriétaire n'est autre que l'Eglise catholique, ce qui ouvre un peu le champ des possibilités en comparaison avec les médias privés. Avec ces derniers l'on retrouve les si familiers « cubanisation », « dictature », « atteinte à la liberté d'expression ». Là non plus il n'y a aucun fondement concret, mais à la différence au Venezuela, il n'y a rien en face pour contre attaquer.

Et c'est dans cela que je me trouve, travaillant pour une ONG du terroir, pas vraiment ongisto-colonialiste, et beaucoup plus vraisemblablement révolutionnaire, socialiste, protectrice de l'environnement et populaire. Un îlot de résistance avant-gardisé au milieu du poumon de la planète, où l'expression jungle capitaliste peut librement prendre toute son ampleur.


En somme, le paradis sur terre.

mercredi 24 février 2010

L'indigène, la bière ... et moi

Qu'est-ce que vous imaginez ?
Que je vais vous parler de la dangereuse et sauvage forêt amazonienne ?
Des coutumes locales et des traditions ancestrales ?
Du folklore et du dépaysement ?
Des indiens d'Amazonie ?

Parlons plutôt d'alcool. Et de bière.

Partout en Amérique Latine j'ai pu trouver des bières. Blondes, brunes, avec les affiches de demoiselles peu vêtues, blondes, brunes, qui vont avec la plupart du temps au litre, pas immondes, pas extraordinaires non plus. Juste une « cerveza » fraiche pour faire la fête. Une simple bière.
Parfois un « trago », le bouchon d'alcool fort cul sec. Souvent très très fort.
Mais dans l'ensemble c'est la bière qui rafle la mise partout où j'ai pu posé mes bottes.

Mardi dernier, Il y avait ce type à la fête en arrivant à Riberalta. Pour le dernier jour du carnaval.
D'origine takana (une des 36 communautés indigènes de la région). Il buvait une bière.
Bien costaud, la peau très brune, les yeux presque bridés.
Il buvait une bière. Comme tout le monde aux alentours. Sauf les enfants qui jouaient dans la piscine gonflable.
On écoutait de la très mauvaise pop anglaise des années 80.

Je me revois dans ce restaurant miteux de la Paz. Buvant une soupe de légumes, viande, poisson, enfin je ne savais pas vraiment ce qu'il y avait. Elle était chaude et nourrissante. On pouvait voir à la télé au dessus du bar une telenova, (série sentimentale très ... sentimentale), mais qui, au lieu de riches blancs de Miami, mettait en scène la vie « quotidienne » d'un village des « indiens d'Amérique ». La fille du chef (très belle) a trompé son mari, le sorcier (vieux et moche) avec le guerrier (musclé et valeureux). Le chef était naturellement pas content alors le guerrier a été chassé.

Indiens ? Autochtones ? Groupe humain ? Tribus primitives ? Peuples Premiers ?
Il en reste encore quelques uns pour sûr. (même si je rappelle l'invasion des Amériques a laissé quelques 50 000 000 (millions) de cadavres.)
Aucun mot de convient.
Faut il encore que l'on en invente de nouveaux, puisque nous sommes incapables d'en trouver des appropriés ?
Ici, on dira indigènes puisque c'est comme ça qu'ici Ils s'identifient eux-même

C'est vraiment quelque chose d'incompréhensible et indispensable à toute tentative de compréhension de cet autre pays en révolution.

60% de la population de Bolivie (comme du Pérou) est indigène. La majorité est aymara (dont le président Evo Morales) ou quechua. Mais il en existe bien d'autres peuples, plus de 36 rien que dans la région amazonienne où je me trouve.
Plus que d'origine, l'on peut entendre parler ici de racines, de sang indigènes.
C'est une fierté pour ceux qui s'en réclament, et une honte pour les autres. Pour certains, ce dégoût en arrive à tel point qu'on a pu assister encore l'an passé à des chasses aux indigènes. Avec des morts. Le gens de l'ONG dans laquelle je me trouve ont été obligé de quitter le pays, l'institut menaçant d'être incendiés.
Parce qu'ils travaillent avec les indigènes. Et les paysans.

L'échelle de valeur est simple, on me l'a déjà expliquée à plusieurs reprises puisque j'appartiens à « ceux qui peuvent le comprendre » comme « on » dit : tout en bas avec les animaux, l'indigène, (et le noir), puis le paysan (et l'asiatique). Au dessus le métis, et en haut de la pyramide le blanc.
Bienvenue dans une société « post » coloniale.
De l'avis des révolutionnaires locaux rencontrés, la majorité des gens ici continuent de penser qu'ils ont besoin d'un chef, d'un maitre, qu'ils n'ont pas à agir eux même. Ici, les élections se décident majoritairement en fonction des intérêts des grands entrepreneurs du bois et de la cacahouète. Locaux, nationaux, internationaux. Bienvenue dans une société « néo » coloniale.

Brève de conversation avec ce descendant du peuple Takana le même soir avec une autre bière :

« Je viens d'ici Riberalta, Et toi ? »
« De France, de la partie sud, d'une région très peu peuplée et très peu connue. »
« Oui mais je veux dire, tes origines elles sont où ? »
« à la capitale Paris et à Lyon de par mes parents. »
« Mais tu n'a aucun lien avec ta terre ? Là où tu a grandis ? »
« Si bien sûr, j'y suis attaché. mais ça me semble différent d'ici, c'est pas aussi fort. Ce serait plutôt le pays qui prime chez nous. Enfin pas tant pour moi. »
« En fait, t'es un immigré. Comme le sont ici les quechuas de l'altiplano ou les espagnols. Mais ta terre, tes racines, c'est et ça restera là où t'es né, non ? Tes fils, tes filles, auront cette terre dans leur sang.
Tu sais, t'es comme moi, tu es indigène, ça ne tient qu'à toi de le reconnaitre. »

On a repris une bière. (Une dernière pour la route. Enfin pour le chemin de terre dans le cas présent.)
et discuté d'autres choses (des filles et de ... politique) puis s'est engagée une bataille d'eau géante avec les gosses qui étaient enchantés de pouvoir jeter des bombes à eau sur leurs parents comme pour chaque carnaval. J'ai lamentablement perdu la bataille du fait de l'efficacité redoutable de la stratégie d'encerclement des progénitures des « indiens ». Sûr, ils sont mûrs pour aller chasser l'alligator.

Le lendemain, à mon logis, l'hôtel Okinawa, tenu par des japonais, j'ai pu visionner sur la chaine Warner Bros TV le film : Indiana Jones et le crâne de cristal. Où l'art de parler dans un même films de l'importance des études, de la relation père – fils, du divorce, de la Guerre Froide avec des américains (gentils), des communistes (méchants), des Incas, des Quechas et des Nazcas (où a du mal à faire la différence, ils sont en tout cas sanguinaires et cannibales), et des extra-terrestres. Plus une histoire d'amour bien sûr, Hollywood is Hollywood..

Qu'imaginiez vous donc ?
Que j'allais vous parler de la dangereuse et sauvage forêt amazonienne ?
Des coutumes locales et des traditions ancestrales ?
Du folklore et du dépaysement ?
Des indiens d'Amazonie ?

samedi 13 février 2010

Brèves de canyon

Il est 21h ce vendredi. Je suis à l'hôtel à Puno. Demain je quitte le Pérou. Je pue je suis sale.
Je prend ma première douche chaude depuis 5 jours. Je me soigne. Je constate que les séquelles corporelles sont quand même plutôt profondes. 
M'en fous, la peau ça repousse.
Et malgré les coups de soleils sur les bras, ça m'empêche pas d'écrire

le bled en fête
Cabanaconde. Après 7h de route depuis Arequipa. Il est 8h du soir mercredi. Tout autour de nous c'est la fête, la joie. Nous arrivons en pleine célébration annuelle de la fête du village, perché au bord des falaises. Je me suis joint à des touristes français rencontrés dans le bus, moins horrible que la majorité pensais-je. Peine perdue. Ils ne parlent pas espagnol, ils ne danseront pas, il feront leurs touristes à se plaindre de tout et de rien. Ils sont là pour faire du « treck dans le Colca ». On boira une bière ensemble et je les laisserais lâchement tomber comme des chaussettes sales, sans aucun remord.

Toutes ces choses qu'elles disent
Au lever à 9h, dans cet hôtel pour lequel l'adjectif miteux est une qualité au vu du reste, nous prenons le petit déjeuner. Que de touristes venus sur le lieu, je suis là pour les mêmes raisons qu'eux, mais pas de la même manière, j'espère, là encore. Une musique tourne sur la chaine hi-fi. C'est TATU, groupe de rock féminin russe lesbien (ça ne s'invente pas), très fameux en Europe il y a ... plus de 7 ans. Je repense à cette bonne amie à Guanare, que j'avais rencontré à Noël dernier. Sa chambre était tapissée d'affiches du groupe. Et puis également ce pote de Toulouse, de science po, un fou de la braguette avec les mâles, actuellement à Vancouver au Canada, qui adore également ce groupe. Drôle de sensation en entendant ça ici, après avoir traversé routes, chemins, sentiers, pistes, et pire encore ...


El paisano
Il est dix heures et demi. Dans le village, je harangue un type du coin (un paisano) pour demander mon chemin. Il commence à s'énerver sur les touristes qui ne profitent pas des réelles richesses de ces lieux et de ces péruviens traîtres qui profitent de la situation. Plutôt d'accord, je m'énerve avec lui, on finit par en rire. Il m'indique une autre route, moins fréquentée, plus belle. Je croise quelques ouvriers en train de construire la route, des paysan locaux accompagnant leurs chèvres, leurs vaches aux pâturages, et plus  loin quelques autres travaillent la terre avec des bêtes de somme. La ruralité d'abord. Je trouve le chemin qui 'ma été indiqué. C'est vrai qu'il est beau. Plus long aussi mais ça je ne le découvrirais qu'ensuite.


Le bout du rouleau compresseur
Je vient d'arriver enfin en bas. J'ai doublé tous les groupes de touristes. Je voulais être seul, c'est gagné. 3h de marche pour descendre au cœur de ce Canyon du Colca. Les paysages sont exceptionnels. Je ne suis pas mécontent de moi. J'enlève mes chaussures sentant une vague douleur sous les chaussettes. Ça saigne. J'ai dû un peu trop forcer sur les suspensions plantaires en faisant la descente vitesse grand V. Je désinfecte en plongeant les parties atteintes dans le torrent de la rivière toute proche. C'est froid, ça fait du bien.


Co(l)catour.com
me  voilà dans un petit hameau coupé du monde, juste au dessus des falaises, en bas du canyon. J'ai marché 2h de plus pour arriver là. Je commence à être fatigué. Les pansements aux pieds ne suffisent plus à entacher le mal. Je croise d'autres groupes de touristes, je m'écarte de ceux-ci le plus vite possible et me cache dans un petit pâté de maison. J'appelle. Une vieille, la caricature de la péruvienne à pancho et habits colorés sort de sa baraque. Elle parle un espagnol avec l'accent quechua. Je lui demande si elle vend quelque chose à boire. Je repars quelques minutes plus tard, en sirotant une bouteille de Coca-Cola, à 5h de marche de tout point relié au monde par une route praticable. Les « miracles » de la mondialisation. Je suis à nouveau seul. Sur la route, je suis face à une intersection, je ne sais où aller. Je descends. Raté j'arrive chez une jeune fille, toute seule chez elle, qui m'explique que je me suis planté royalement. Ce ne sera qu'une demi heure de perdue. Je remonte, et je trouve un peu plus loin sur l'autre chemin, enterré dans le sol, un paquet de Haribo qui m'indique sur le chemin à suivre. Les bienfaits de la pollution touristique.


A la bonne sousoupe
Enfin, enfin cette fois j'y suis. J'achève la côte de San Juan à faire passer pour une blague le reste. Je m'écroule à terre pétri de crampe. Tordu de douleur, dans mon délire, je pleure autant que je ris. Je n'ai plus d'eau, plus de force, je viens d'achever la remontée de la deuxième montagne. 1000m de dénivelé en une heure. Il me reste encore 2het demi de marche pour arriver à destination. J'ai mal, partout, froid, en sueur, comme de la fièvre. Je déniche un peu plus loin une ferme. cochon dans un enclos, poules, des gamines qui jouent avec un bébé alpaga, et une femme à qui en échange de quelques sous m'offre des bouteilles d'eau fraiche et une soupe chaude.
Cette soupe, elle était pas bonne, pas digeste, avec des légumes pas assez cuits. Je la déguste brûlante et reprend le chemin. Sans cette soupe, il est certain que je n'aurais pu arriver au bout.


Se brûler les pieds pour arriver à l'oasis du paradis
Au loin on la voit, enfin. J'ai rejoint un autre groupe, avec toute nationalité, la descente est dangereuse, je supporterais, et ils parlent presque tous espagnol. Il nous faudra encore une bonne heure pour arriver tout en bas. Je me séparerais d'eux lorsqu'ils s'arrêteront faire une pause. Je cours presque à n'en plus pouvoir respirer. J'arrive. L'oasis. Et l'hotel. Avec ses cases. Et la piscine. Et un lit. Seulement 8h de marche presque ininterrompue. Et j'ai pas mangé depuis 12h autre chose que des biscuits. Je ris intérieurement ou extérieurement, je ne m'en rend plus tout à fait compte. L'eau est froide. Il n'y a pas d'électricité. Ni de papier toilette. On mangera une soupe éclairés à la bougie.


Un dernier sentier pour la route
Il est 5h 30, je refais mes derniers pansements et opte pour la technique de l'étouffement du pied à l'aide de vieilles chaussettes : si le sang n'arrive plus, je ne pourrais plus avoir mal. Erreur. Les coups de soleil de la veille mon brûlent dans le cou. On s'apprête à remonter, avec une française et son compagnon chilien et un couple de péruviens du nord du pays, tous les quatre voyageurs (et non touristes). 3H de marche en vitesse normale. On parie sur 5h au total étant donné notre état de fatigue. Eux n'ont fait que cette descente la veille, pas le grand parcours de 8h. Menfin ils ont bien morflé aussi.


Quand les mules nous prennent pour les ânes
6h. On a commencé à monter. Mais j'apprends alors que nos amis péruviens ont pris une incitative originale la veille : réserver des ânes ... ou des mulets, je suis bien incapable de faire la différence vu mon état. Je me retrouve évidemment sur la plus colérique qui dès qu'elle ne voit plus son maître à des poussées d'adrénaline, ce qui l'entraîne à courir et galoper sur les rochers cahoteux, à 10 cm du vide. Je fais pas mon fier. Me revient cette chute il y plus de 10 ans d'un âne, juste après l'avoir monté, celui-ci m'étant tombé sur la jambe et m'avait laissé une jolie entorse.
Ojala que no occura nada (espérons qu'il n'arrive rien)


Ce n'est qu'un début, continuons ... à marcher
Il est 8h. Nous venons d'arriver au sommet après 1h30 de grimpette à dos d'âne dans les sentiers sinueux du canyon. La mule s'est un peu calmée. J'ai un peu mal à l'entre-jambe mais à vrai dire je ne ressens plus de douleur ni rien. Juste épuisé. Je l'ai fait. Je ne sais comment. On croise les touristes déjà vu la veille arrivés à pied. Certains sont partis à 3h et demi du matin. On marche pour rejoindre Cabanaconde. Je peux vérifier que ma théorie de l'étouffement du pied n'est absolument pas efficace, bien au contraire. Pas le temps de s'arrêter, je récupère ma valise et en route dans le premier bus de 9h pour Chivay. Le voyage durera trois heures. Ce n'est pas un bus touristique. Je serais debout tout le long. La route est plutôt sinueuse. Enfin, entre les pieds meurtris, les bras et la nuque brûlée, pas le temps d'avoir mal au cœur.

A quelle heure on arrive ?
Arrivée à la gare routière de Chivay vers 11h. Je défais le massacre piedral et tente quelque chose de plus correct et moins serré. Ca semble plus efficace. On saute dans le bus touristique (avec le prix « touristique ») pour Puno, au bord du lac Titikaka (prononcer Titijaja pour faire local). Juste 5h de route. Les paysages sont extraordinaire. La route serpente à 4000 mètres. Je ne peux m'empêcher de penser « quel petit joueur ce mont Blanc ». Là où il culmine, ici l'on est en « bas ». dans deux heures ont sera au bord du Lac Titikaka, les paysages sont époustouflants. Il commence à pleuvoir. De toute façon il fera nuit, on verra demain.

Nasca, suivant ma ligne de conduite

Nasca. Petite ville. J'ai pas d'adresse alors je décide de faire confiance à une petite mamie, Maria, me proposant un hôtel pas cher et des excursions « touristiques ». Arrivé hôtel mirador, je retrouve enfin des sensations proches de la coordinadora Simon Bolivar, un lit, une table, salle de bain pour l'étage. Point final.
Je suis bien, enfin décontracté.
Les fenêtres sont juste des barreaux, on entend les voisins, les voitures qui klaxonnent.
Je dors comme un loir.

Au matin, je retrouve Maria à l'hotel qui me présente sa fille, charmante jeune femme de 16 ans, (qui en fait 22) elle aussi guide, et qui se chargera de m'emmener aux Lignes de Nasca.
C'est un des petits extras que je me suis accordé. Si tant est que je ne puisse être "immergé au coeur de la population" et que je sois obligé d'être assimilé touriste avec tout e que cela implique, autant en profiter pour voir des choses bien.
On arrive au petit aérodrome sur les coup de 8h et demi. Ciel très nuageux (pluvieux 2h plus tard), très blanc, (lui aussi décidément). Et c'est parti, un peu cher (50 euros) mais c'est du patrimoine mondial de l'humanité of the Unided States de l'ONU ! Ça rigole pas coco.

Ça dure 35 minutes. Ça chamboule un peu l'estomac. Mais y a pas a dire, c'est plutôt vachement extraordinaire. Des lignes tracées dans sol il y a .. longtemps, par on ne sait qui, mesurant plusieurs centaines de mètres, et représentant des formes semblables à des animaux.
La légende occidentale voudrait que ce soient des traces laissées par les extra terrestres. Les populations locales pencheraient plus pour un calendrier astral tracé par l'ancienne civilisation nazca. Oui, il n'y a pas que les incas, mayas et aztèques. Ici vivaient les Nazcas, civilisation hautement avancée sur la question de la maîtrise de l'eau, dans cette région désertique en mettant en place un système d'aqueduc vraiment sophistiqué. Aujourd'hui, c'est définitivement une civilisation éteinte.


Au retour, j'interroge la « gamine » qui me guide avec une question toute bête : est-ce qu'elle a déjà vu les lignes ?
Et la réponse c'est non. La raison : trop cher.
Idem pour le Machu Pichu, idem pour les sites précolombiens.
Et sa mère non plus. Elle fait ce boulot de plus de 30 ans. Jamais elle n'a vu ce qu'elle fait visiter à ces touristes.

Voilà peut être ce qui m'énerve tant chez les touristes. Parce que leur plaisir de voyager, de découverte, d'évasion, c'est le travail des populations locales qui doivent vendre leur patrimoine au plus offrant pour survivre. Traduction : les travailleurs (du tourisme) utilisent un moyen de production des richesses sans être propriétaire de ce moyen de production, et sans bénéficier des richesses, sinon recevant une compensation salariale. En somme : on parle juste d'exploitation.
Étonnant comment une théorie carlesque écrite il y plus d'un siècle a toute sa valeur aujourd'hui encore.

Mais j'exagère bien sûr.

Le touriste n'est pas responsable de la misère du pays. Et puis il donne tant d'argent, quelle générosité !
Et puis ils en profitent ici, ils font monter les prix suivant la blancheur de la peau !
Ce sont EUX qui sont les COUPABLES de leur propre misère !

Au Venezuela, en tant que touriste, t'es pas bien accueilli. Insécurité, pas de structure appropriées.
Hormis les « lieux touristiques » (îles de Los Roques, Marguarita, Salto Angel ...) , le pays n'est pas accueillant.
Et c'est tant mieux.

Au Pérou se sont abattues des pluies torrentielles sur la région de Cuzco.
Le Machu Pichu est fermé pour deux mois.15 000 emplois sont directement menacés et avec eux indirectement une grosse partie de l'économie régionale.
C'est ce que me disait le taxiste à Lima : « ici comme dans toute l'Amérique Latine, on a des matières premières, mais on ne manufacture rien, ce sont les entreprises étrangères qui le font, et qui nous revende notre propre produit bien plus cher. Il nous faut construire une véritable économie productive ». Faut croire qu'avoir une économie d'extraction et dépendante du tourisme ne soit pas la panacée. Mais puisque ça crée du travail  ...

« Je ne suis pas coupable d'être occidental » me disait quelqu'un avant de partir.
Je suis en revanche responsable de la reproduction par mes actes des modes de domination de l'Occident.

Je sais, je radote, mais j'ai jamais dit que ce passage ne serait pas politique ...

mardi 9 février 2010

Les touristes, c'est pas le Pérou

Arrivé à Lima sur les coups de 8h du matin.
Aéroport tout tranquille, avec une somme de taxiste qui t'attendent à la sortie .. normal pas de transport en commun pour aller en ville.
J'en prends, qui me fait également office de guide touristique.
Et on commence à parler de l'histoire du pays, des problèmes actuels, de la colonisation, des Incas, etc ...
On arrive finalement à un hôtel que ce brave taxiste m'eut conseillé :
la Posada del marquez, traduction : l'auberge du marquis.

C'est vrai que c'est pas totalement faux, et autant le prix me semble légèrement élevé, mais n'ayant pas d'autres repère je fais confiance, autant il faut avouer que WOUAH ! La classe.
Immédiatement, j'entreprends d'essayer le lit, et fait la sieste.
Je tenterais ensuite la douche avec 3 shampoings de différentes parfums.
Midi, enfin propre, je sors pour de découvrir les alentours..
Après avoir fait près de deux cent mètres j'ai une subite envie d'éructer des jurons vomitifs aux passants :
tout est écrit en anglais, italien, français, des blancs, à gauche à droite, des allemands, des américains, des brésiliens pas bronzés, des blancs, partout. Des européens, des américains, des argentins. Je suis dans le quartier Miraflores, qui est le quartier ultra touristique de la ville. Mal tombé.
 
J'entreprends de m'éloigner un peu.
A gauche pizzéria, à droite crêpe bretonne. C'est une sorte de cauchemar où l'on fiat 10 000 km pour retrouver ses voisins. Les feux rouges  sont minutés, les voitures sont cossues, les habitations grillagées, je trouve même à quelques pas des casinos ...
bienvenue dans l'ex grande cité de l'Empire Inca.
Et tous ces touristes dédaigneux, avec leur air de touriste en « vacance » traduction « toi agrémenter positivement confort et me laisser poser mon gros cul chez toi à moi sinon moi pas claquer bezef ».

Je hais les touristes. Ce n'est pas pour rien que j n'ai visiter quasiment AUCUN lieu touristique au Venezuela, Pantheon, musée, NIET, j'ai juste grimpé au pic Avila à Caracas et ça m'a suffisamment traumatisé de croiser là haut plus de boutiques que dans n'importe quelle rue commerciale de la ville.

Le touriste : c'est quelque chose que je n'arrive pas à comprendre

Faut bien faire gaffe sur le mot hein.
Je parle pas de l'aventurier, qui en gros prend un sac, une gourde, parle pas un mot de la langue et va s'immerger dans une zone qu'il ne connait pas et où il n'est pas forcément le bienvenu, et qui parfois prendrais même des risques.

Je parle pas non plus du voyageur, ce que j'espère être, qui tente de découvrir un peu ce qu'est le pays dans lequel il est, en parlant si possible la langue et en essayant de s'acclimater aux manières de vivre locales.

Non, le touriste est une espèce à part, et pas en voie d'extinction malheureusement.
il sera sur des sentiers balisés, les « lieux touristiques », il sera dans les hotels pour touristes, avec un guide touristique.
Visiter seul la ville, errer dans des quartiers non touristiques sans objectif précis ? Pensez vous ! Avec ses lunettes de soleil et son appareil photo au cou il pourrait être agressé ! C'est qu'ils sont pauvres ici, et donc ils n'ont qu'une idée : voler le riche touriste.
Soyons en conscients, qui est touriste ? Quelle catégorie de personne à la moyen de se payer un voyage autour du monde ?
Un prolo de chez Continental ? Un paysan de l'Aveyron (sauf José Bové) ? Au mieux un type des classe moyenne, beauf ou pas, avec sa femme et ses gosses, au pire un groupe de vieille mamies bourgeoises, avec leur « ah ben oui mais quand même hein, c'est pas tout ça mais il faudrait trouver un lit un semblant plus confortable ». c'est pas une blague, j'en ai croisé ce matin, elles venaient de Châtillon.

Avec un peu de chance on croisera un autre qui trimballe son guide du routard. Qui tente de faire cool, voyageur etc ... mais qui au fond suit exactement es mêmes sentiers balisés que mamie et papy en croisière sur le Nil. J'en rajoute ?
Sont pas tous comme ça ? J'espère bien. Sinon je suis foutu.
Mais il faut bien avouer que la grande majorité sont assez puants.

Ou s'il est hype, avec couchsurfing, qui comme son nom ne l'indique pas consiste à se faire croire qu'on découvre un pays en allant chez des gens qui sont internationalistes, branchés sur le net, bilingues, ouvert à l'accueil permanent d'étrangers et ayant de l'espace pour cela, et acceptant de faire visiter la ville, et jeunes. Soyons sérieux.
D'ailleurs les seuls couchsurfeurs rencontrés au Venezuela, au demeurant bien sympathique, avec qui j'ai pu visiter quelques bars sympa, étaient tous sans exceptions anti chavistes. Représentatifs me direz-vous.

C'est un fait je n'aime pas le touriste, quand bien même j'en sois actuellement un.

Je me ballade dans le quartier Miraflores et tente un contact langagier avec une autochtone tenant un guichet d'office de tourisme pour qu'elle m'indique un restaurant où l'on ne croise pas de touriste. Elle me déniche un petit troquet bien tranquille un peu à l'écart. Avant de partir, petit mot sur le livre d'or, indiquant si le conseil a été « beaucoup » « très » « moyen » « peu » utile.
Je peux alors enfin rencontrer des gens, qui parle péruvien et non castillan, avec les accents et les gueules qui vont avec.
De courte durée. Viendront se pointer dans ce même troquet un couple de touristes allemands qui comme on le sait, le touriste allemand parle allemand, fort et est gros. Ca n'a pas manqué.

Je décide de dégager vite fait de là en prend le premier bus pour sortir de la ville. Sauf que la compagnie qui fait les longues distances, Cruz del Sur est une compagnie de touristes. Résultats en attendant au guichet je croise 2 québécois, 3 belges et 5 français. Je commence à désespérer.
Dans le bus, un confort digne d'une 1ere classe surclassée, plateau repas, siège / lit, rafraichissements, air conditionné. Et hôtesse de bord qui présente les consignes de sécurité dans une tenue .. d'hôtesse.
Avec écouteurs et films, américains bien entendus. Un blanc qui quitte son boulot parce que ça l'emmerde, une blanche qui sauve un noir de la misère, et des gentils mutants qui sauvent le monde des méchants mutants.
Bref typiquement local.
Et l'on suit la route panaméricaine. Et l'on traverse le désert. Oui désert, vraiment, avec une petite côte pacifique et quelques espaces verts puis le déserts puis les montagnes.

Au soir, arrivée à Nasca. Dans la rue, il y a moins de blancs que de péruviens. Sauvé ?