vendredi 9 octobre 2009

paix, amour et non violence

Hmm la magnifique décision qui vient d'être prise

bah j'ai dis que je laissais tomber la politique de la France mais bon l'international et les Estados Unidos, ça nous concerne aussi le Venezuela.


Donc le prix nobel de la paix 2009

Barack Hussein OBAMA


permettez mais je RIS

AHAHAHA

bon en effet mieux vaut rire que pleurer

Non parce que Obama je n'a rien contre lui, un simple technocrate qui a usé du racisme profond du peuple américain pour arriver au pouvoir, largement financé par les multinationales les plus violentes de part le monde.
Un politicien classique en somme et ça on en peut pas lui en vouloir.

mas Obama reste the président of the first nation of the world, et donc dépositaire international des décisions politiques de son pays.

Donc je veux bien qu'il y ait une volonté politique d'aider Obama qui est dans la merde avec sa non-réforme de l'assurance maladie dont les Américains consciencieux ne veulent pas payer pour que d'autres moins bien lotis puissent se soigner pas à leur place.

Et c'est bien normal évidemment .. et un peu plus et on augmenterais les salaires, non sans dec' on est pas dans le vieux pays France stato-gauchiste de la l'Union des Républiques Soviétiques Européennes.
Mais bon, quand bien même,

Attribuer un nobel de paix à un président qui

Militarise les rues de ses villes avec des armes digne d'une IIe guerre mondiale pendant un sommet décidant de l'avenir des économies des 20 pays les plus riches de la planète, soit le G-20.

Approuve, poursuit et renforce la guerre en Afghanistan dont on sait que les bombes qui touchent les civils sont foncièrement pacifiques ou tout au plus des "dommage!" collatéraux.

Approuve et poursuit l'augmentation (non violente) des budgets militaires de son pays

Déclare que "le mode de vie américain" n'es pas négociable, et que ceux qui s'y opposent savent que c'est de la communication non violente

N'approuve pas et ne commence pas le désarmement nucléaire de son pays parce que ce serait violent pour leur manière de penser.

Approuve ou pas, on ne sait, mais en tout cas ne fait rien contre le coup d'Etat au Honduras dans lequel est mouillée jusqu'aux "faucons" (et vrais néo con(servateurs)) de l'administration qu'il dirige qui tentent de rétablir des dictatures datant de la regrettée coexistence "pacifique".

Approuve et réactive la 4e flotte d'intervention en Amérique Latine qui a précisément pas mal appuyé un démocrate anti militariste nommé Pinochet dans les années 70.

Approuve et signe la création de 3 nouvelles bases américaines en Colombie qui vont servir à lutter pacifiquement contre les paramilitaires et les trafiquants de drogue .. ah non, a renforcer la pacification de l'Amérique Latine, qui cherche avec une violence terrible à sortir de la zone d'influence des USA.

Sans oublier qu'Obama approuve toujours la guerre économique pacifique menées par les multinationales de son pays qui consiste à exploiter, piller, voler pour s'enrichir toujours plus, mais sans violence.

Tout ça msieur-dame j'veux pas dire de grossièreté,

Donc, je dirais pas qu'Obama est un enfoiré de belliciste impérialiste qui veut comme tous les gouvernements américains mettre le monde à sa botte.

Non ce serait "presque" excessif

Mas tout ça me fait simplement me dire que de lui donner le prix nobel de la paix c'est peut être un peu violent non ?

A moins que,
Alfred Nobel a bien inventé la dynamite.
Une invention foncièrement pacifiste.

mardi 6 octobre 2009

El Niño le révolutionnaire

C'est un homme âgé, la soixantaine mais il en parait plus.
Pas l'air très costaud, mais pas non plus faible, il se tient droit et est souriant.

Il a un T-shirt et une casquette rouge, mais pas avec un portrait de Chavez, un logo du PSUV (parti socialiste vénézuelien)
Poder parroquial. Pouvoir du quartier.

La discussion commence en demandant mon prénom et d'où je viens.
Je lui donne et demande le sien.

Il s'appelle Manuel mais tout le monde l'appelle El Niño dans la communauté. pourquoi ?
"Parce que quand j'étais petit, j'étais pas bien grand et puis j'ai grandit mais c'est resté comme ça qu'on m'appelle"

Et puis nous commençons à parler de son quartier.

Il me raconte qu'il est né dans ce quartier et y a toujours vécu.
Il a vu la grande misère, les personnes qui criait "santa madre de dios" implorant le ciel pour avoir quelque chose à manger.

Et puis il me dit qu'il était là le jour où s'est réunit le premier conseil communal.
Grande émotion. Il l'a vu, ce premier conseil se réunir.
Il a vu arriver la caravane de Barrio Adentro procurant les soins médicaux gratuits.
Et puis il a participé à la mise en place de l'école d'architecture populaire. Le matin les cours dans la tente à quelque mètres de nous et l'après midi aux chantiers.
Et il a une lueur dans les yeux quand il me dit ça.
Et ce n'est pas de l'orgueil.

Je fais alors une réflexion symptomatique de la situation :
"Je regarde autour de moi, tout ce qui parait à l'extrême dénuement, mais quand je t'entends, j'ai l'impression qu'il n'y a pas de pauvreté."

Il sourit et me dit "non il n'y a pas de pauvre ici, il n'y a que des révolutionnaires".



Et puis je regarde autour de moi "émerveillé", ces maisons qui devaient tomber et qui tiennent parce qu'un habitant à eu un prêt de l'Etat et que le Conseil Communal a utilisé les fonds pour empêcher une partie du quartier de s'effondrer.

Je regarde ces tas de taules, de planches et de terre qui vont servir à construire des maisons, en dur pour ceux qui vivent dans les zones à risque.



Je lui fait part de mon admiration pour leur force à tous.

"ce n'est pas de la force, ni du courage, hombre, c'est de l'amour et c'est ainsi qu'on fait une révolution"

Il y avait de fierté dans ses yeux.

Chaque fois que je me méprenais à dire "tu" il me regardais et je me reprenais en mettant au pluriel du "nous".
"Je n'ai rien fait moi ici, juste aidé comme je peux, c'est la communauté dans son ensemble qui a tout fait".

Et puis on a continué à parler un peu, notre discussion se concluant sur un "Mais la révolution ça n'est pas finit ! Dans deux ans on aura les résultats de Barrio Nuevo, mais c'est pas terminé, toujours "un paso adelante" mimant un saut dans le ravin qui jouxtait la place.



On s'est quitté ainsi.

j'ai aussi croisé d'autres habitants du quartier dont une m'a appris que Blanca Eeckhout a grandi dans ce barrio.

Blanca qui est la ministre de la communication et la présidente de Vive TV.

Primer Barrio

Aujourd'hui, suite à un concours de circonstance totalement hasardeux, je me suis rendu dans un barrio.
Barrio signifie, pour le sens commun occidental, quartier pauvre où la mort rôde dans de sombres ruelles, emplies de drogués et de trafiquants divers qui n'attendent qu'un instant d'inattention pour vous arracher le cœur et le vendre en sacrifice sur leur autels sataniques où ...
bref, un barrio c'est comme une favela en portugais, un bidonville en français, c'est là où il y a des pauvres très pauvres.
Attention, encore une fois, pas les pauvres de chez nous, la sangsue de nos impôts, non des vrais pauvres, sans chair et en os, qui meurent parfois de faim pour cause de spéculation.
Le quartier en question s'appelle Gramoven. Du nom de l'entreprise produisant la farine dans les années 50 : Grand Moulin du Venezuela.
Ce quartier vaste s'étend sur plusieurs collines dans l'Ouest de la ville.
A Caracas, les choses sont simple, Plus on va a l'Ouest et sur les flancs des collines plus c'est pauvre, plus on va l'Est et dans le coeur de la vallée plus on est riche.

Donc, me voici parti à Gramoven avec une équipe complète de Vive. Bon déjà aucun professionnalisme, dans une bonne humeur, le chauffeur du mini bus estampillé Vive TV, usage officiel (mes fesses oui !) nous emmène à Gramoven.


Gramoven pourquoi ? Des pauvres il y en a partout me direz vous !
Oui mais non, Gramoven fait partie des quelques quartiers où est expérimenté une nouvelle

Aujourd'hui, il s'agit de Barrio Nuevo Tricolor.
L'idée est tout simple. Le gouvernement fourni les matières premières et les communautés se débrouillent comme des grandes pour en faire ce qu'elles ont besoin.
Certains diront décentralisation. D'autres autogestion. C'est à la fois cela et plus.

On arrive et effectivement, c'est l'anti-carte postale du touriste. Des maisons en « sale » état sur tout la colline, certaines en position plutôt quelconque. Un barrio, une favela comme il en existe des dizaines, et en plus il pleut et il y a du brouillard.
Bref c'est pas la plage et les cocotiers.


Mais bon, dans cette zone hostile (dois-je vous rappeler que je suis devenu paranoïaque depuis 2 jours ?) je m'avance avec l'équipe de Vive

Et là ! Contact extrêmement chaleureux, on bois un café et on commence à discuter.
Et donc on discute ou plutôt on écoute ce que les porte-paroles du conseil communal ont à nous dire.

Oui, parce qu'un journaliste communautaire au Venezuela ne se pointe pas comme ça et dis HOP on filme et tu remballe coco c'est dans la boîte.
Non, ici c'est beaucoup moins médiatique.

On s'assied autour d'une table et le débat commence.
J'ai pas tout suivi évidemment mais l'essentiel du sujet était là.
Les équipes de Vive arrivaient et comme elles sont polyvalentes (mort à la division du travail) deux projets concordants sont présentés à la communauté. L'émission hebdomadaire du mercredi sur la vie dans les quartiers de 30 minute, et une collaboration avec l'école de formation audiovisuelle de Vive (soit là où je suis).
Et d'emblée, ils disent non. Ce sont des porte-parole, ils ne peuvent décider de rien.

Ce qui était convenu c'est un sujet et pas deux.
Le type de Vive essaie d'expliquer que les deux sont complémentaires.
Et là dans une langue que j'ai parfaitement compris on eu quelque chose qui se traduisait par :
« écoutez, pendant des années on nous a dit quoi faire, on nous a dis quoi penser, aujourd'hui nous sommes libres. Nous aimons Vive car vous êtes les seuls qui ont su nous écouter quand nous élevions la voix pour défendre la révolution. Mais vous êtes une télévision quand même. Ici, le pouvoir c'est le consejo parroquial, c'est l'ensemble des 35 Conseils de quartier de Gramoven. Nous ne sommes que des porte-parole et nous n'allons pas pouvoir expliquer à notre conseil qu'il y avait un projet mais en fait deux.
Alors on n'en fera qu'un seul."

Effectivement la liberté de la presse au sens occidental n'existe pas au Venezuela. Puisque cette liberté de la presse d'émettre des mensonges, de diffuser une information de classe, soumises à des intérêts privés, contredit largement la notion de démocratie réelle.
J'exagère ? Regardez chez nous à qui appartiennent les journaux que vous achetez, cherchez qui édite les bouquins que vous lisez...
Je m'écarte de la scène où vont se tourner les interview.
Et je vais rencontrer el Niño.

Où je prends mon lecteur occidental sur-éduqué pour un con

Bon, j'avoue jusqu'à maintenant, j'ai pas vraiment expliqué ce qui se passe ici, alors rattrapage pour ceux qui suivent pas les « processus » en cours au Venezuela.
Je peux pas tout expliquer, d'autres l'on fait bien mieux que moi.
Simplement, quelques repères pour arriver à comprendre la novlangue "révolutionnaire" qui sera utilisée sur ce blog.

L'économie du Venezuela est essentiellement aujourd'hui encore privée, non ce n'est pas un pays socialiste.

Quelques entreprises sont étatiques dont la plus connues est PDVSA (pétrole du Vénézuela société anonyme) qui a tenu jusqu'à la fin des années 90 tenu l'ensemble du pouvoir du pays. Et aujourd'hui encore, sans elle, pas de chavisme.
Mais, là où les choses sont plus intéressantes c'est dans l'économie sociale et populaire.
En somme, les financements viennent de l'État mais la gestion revient aux communautés.
Là encore, explication, d'un côté il y a le pouvoir politique traditionnel soit en simplifiant État Fédéral, Etats régionaux et communes administratives.

Mais il y a aussi le pouvoir communautaire : C'est comme si chaque ville était découpée en arrondissement et chaque arrondissement en quartier et même certains quartiers en rue.
Hé bien, au plus petit on a la comunidad (hameau, village) en zone rurale ou le sector (3-4 pâtés de maisons) en zone urbaine, le quartier dans son ensemble se rassemble dans le Consejo Communal, un groupe de quartier c'est une parroquia (paroisse) le département c'est le municipio et la région un estado.
J'espère que c'est plus clair.

Donc, les conseils communaux rassemblent des bouts de quartier et se mettent d'accord pour faire ensemble des choses. Ca peut être une lutte sociale, une demande de fond à l'État, un projet pour les habitants, ça va aussi être de la gestion communautaire d'entreprises en déshérence, de l'économie traditionnelle, etc ...
l'important à comprendre c'est que l'échelon est le collectif, pas l'individu.

A cet aspect s'ajoute les misiones (missions) qui sont des programmes sociaux mis en place par le gouvernement chaviste grâce à l'argent du pétrole.
On connait surtout :
Barrio Adentro (au cœur du quartier) qui a permis à 15 millions de personnes dans le pays de bénéficier de soins gratuits, avec le concours de médecins cubains y compris au cœur de ces quartiers jusque là totalement ignorés.
Le développement de ce programme a permis la construction de centre de soin spécialisés gratuits eux aussi (Barrio Adentro II) puis la restauration des hôpitaux délabrés (Barrio Adentro III) pour arriver aujourd'hui à Barrio Adentro IV qui a crée des centres ultraspécialisés comme avec de la greffe de cœur pour enfants, et de la médecine de haute technologie
Pour plus d'info, voir ici (et c'est moi qui a traduit l'article en plus)

Mission Sucre : là il s'est agis d'apprendre à lire et à écrire à la population encore il y a peu largement analphabète. Les résultats sont clairs, c'est un succès : le pays est déclaré libre d'analphabétisme par les institutions internationales dès 2005.

Les cubains, toujours eux, et leur méthode d'apprentissage « Yo Si puedo » (oui je peux), ont fournis une grande aide, notamment dans l'alphabétisation des adultes.
Ces missions s'appliquent au quotidien dans les barrios et ce sont les communautés qui prennent en charge leur application. 
Autre chose, tant qu'on y est à la pédagogie, je parlerais souvent de médias communautaires. Ce sont des médias qui sont financés par l'État et gérés par les communautés. Aussi étrange que cela puisse paraitre, financement d'État ne signifie pas ici soumission absolue aux caprices du prince, au contraire, ces médias sont émancipés et parfois plus pertinemment critiques que les médias privés d'opposition classique.

Dernière chose avant que je l'oublie.

Le socialisme du XXIe siècle existe.

Si ! C'est Chavez qui l'a dit !

Vive Tv es una revolucion

Il est maintenant temps de vous présenter la chaine où je travaille, Vive Television.

Vive pour Vision Venezuela
Le titre pas la peine de traduire j'espère (bande de monolingues)
Et pour présenter quelque chose d'aussi vaste, d'un programme aussi large, quoi de mieux que quelques lignes par les fondateurs eux-mêmes, traduites de l'espagnol, écrites au Venezuela, même si ça résonne un peu plus large.

"En définitive, la démocratie néolibérale, bourgeoise, représentative dépend pour exister de l'application d'une dictature médiatique (...) L'inquisition médiatique, au travers du terme d'opinion publique, persécute les résistances et ne permet aucune différence et légitime la répression.C'est ainsi que le bruit des médias étouffe les cris du Peuple. Mais en période de révolution, la voix populaire s'assume comme véhicule fondamental de la Démocratie. Et comme média de secours, véritable canal de diffusion de ces voix naquit Vive Tv en 2003.

"Il n'existe pas de Démocratie Participative, exercice politique populaire, sans développement d'une communication humaine, vraie, plurielle, horizontale et cultivant le dialogue entre les sujets pensants."

par Blanca Eeckhout, première et actuelle présidente de Vive TV, aujourd'hui ministre (du pouvoir populaire) de la communication.

Je pense que vous avez bien saisi qu'il ne s'agit pas d'une télévision comme les autres.
S'il faut encore une preuve le slogan est tout simplement "la révolucion se haga television"
(la révolution se fait télévision).

Vive est une anti-télévision. Car chose fondamentale, ce ne sont pas les journalistes qui font la télé.

On va me dire "tout comme en Assemblée Générale de grève ce sont pas les grévistes qui font le débat". Eh bien non, pas comme en AG.
Car aussi extraordinairement que cela puisse paraisse, quand on donne la voix à un Peuple qui n'a jamais été écouté durant des siècles et qui n'a toujours pas pu s'exprimer même après l'avènement de la "démocratie" (représentative) dans les années 50, on comprend que quand un certain Hugo leur donne la possibilité de l'ouvrir, ils ne se gênent pas pour ça. Et donc il n'y a pas une minorité politisée qui parle pour le reste, qui se tait parce qu'il s'en fout et pense que de toute façon ça sert à rien. non. C'est un constat que j'ai vu sur le terrain encore aujourd'hui, on entends le Peuple dans son ensemble. les gens.

A Vive TV il n'y a pas de publicité mais parfois de la propagande, assumée comme telle.
On parle information mais aussi communication, parce que faire la distinction ici c'en devient hypocrite.
A Vive TV le chef de la section formation peut déclarer dans une réunion que la chaine n'est pas assez politique, militante sans se voir traité de chaviste, doctrinaire ou je ne sais quoi, c'est juste un constat. On parle de lutte des classes au quotidien puisque qu'elle est devant nos yeux.
L'esthétique est remplacée par du politique, du communautaire, du culturel.
On ne parle pas non plus d'histoires individuelles mais de conseil communal, d'histoire collective ...
A Vive TV ont parle de révolution tous les jours, on la filme au quotidien et on la fait.

Dis comme ça ça parait idyllique, et ça l'est, j'en conviens bien sûr.

Mais c'est pour vous dire qu'à Vive on regarde juste ce qui se passe sur le terrain, soit concrètement un processus révolutionnaire et on laisse la parole à ceux qui en sont acteur.

dimanche 4 octobre 2009

Baptème de rue

Youpi ! c'est le seul mot qui me vient à l'esprit ce soir.

A l'origine j'avais prévu de vous raconter Caracas, photographie à l'appui.
Ça on le fera un peu plus tard avec les quelques photos que j'avais prises hier.

Sauf que, bien évidemment avec ma gueule de blond trop occidental et ma chemise blanche et mon jean trop bleu, même si ça ne m'a pas couté grand chose en Europe, je suis un "cible potentielle".

Mais bon, il est vrai que je m'y attendais pas.



j'étais en pleine rue, quartier centre de Caracas, pas vraiment quartier pauvre quoi, les riches européens comme moi restent avec les riches vénézueliens, solidarité de classe évidemment.
Et puis je bois un chicha (boisson à base lait et maïs)
Une pointe néocolonialiste cette boisson que j'ai gouté comme on découvre une tribu indigène.
Et je m'assoie une minute afin de profiter et de regarder les passants.
Stupide me direz vous, après tout, les passants sont moches et pour mater les nanas, on peut le faire en marchant, c'est même plus discret.

1 minute plus tard, je sens une présence à coté de moi et trouve deux jeunes ( un mec et une fille) qui me regarde d'un air pas super commode.

Lui en espagnol me dit "tu restes calme, tu nous donne tout ce que t'a comme fric"
La fille traduit en anglais. Au cas où le message ne serait pas passé.
Je reste calme et dit au mec que j'ai pas grand chose en espagnol.
Grossière erreur de capitaliste de bas de gamme ! Ma cupidité m'effraie parfois.
Là, il s'énerve et dit "on a un flingue, ce serait con pour toi de crever ici pour quelques billets".
La fille traduit en anglais.Au cas où je serais un gringo, un vrai.
Il fouille à tâtons mes poches et ouvre le petit sac en plastique et me dit "tu le vois ? alors donne TOUT"
Dans le sac, dépassait le canon d'un flingue.
Peu habitué à ce genre de chose, je la joue pas non plus héros : je lui dis ok, prends tout
(au passage notez que je m'adresse exclusivement à l'homme, relents machistes très violents)
je sors mon porte monnaie et lui donne en tremblant tous mes billets.
Mais il veut plus.
Et j'avoue que j'ai été pingre puisque j'ai conservé les pièces !
Il approche le sac et je sens la pointe du merdier sur ma hanche.
J'ai pas voulu tenter le diable là non plus. Il est si joueur l'imbécile.
Je lui donne donc tout ce qu'il y avait dans mes poches soit des travellers cheques et mon appareil photo numérique.
Il me regarde, apparemment aussi stressé que moi et me dis subitement :
"Tu ne bouges pas, tu ne cries pas, tu ne nous cours pas après, y des gens qu'on connais autour et si tu fais un geste, ils ont aussi ce qu'il faut"
Traduction en anglais bien sûr.
Je lui dis en espagnol que je peux rien faire puisque la police ici ne pourra rien pour moi (corruption), je lui demandes de partir. J'ai même pas dis s'il te plait.
Mais il ne s'est pas énervé pour ce sans gêne impérialiste.
Il me serre la main, pas rancunier pour mes outrages, je lui tends également pour m'excuser de mon attitude scandaleuse.
Ils devaient avoir entre 16 et 20 ans, pas plus.
et ça a duré moins d'une minute.

Il s'en vont se retournent deux trois fois histoire de vérifier que je n'ai pas bougé.
Consciencieux qu'ils étaient d'accomplir un travail de qualité et d'éviter les accidents du travail.
Et partent.

Point positif, ils m'ont laissé ma chicha, que j'ai donné au premier mendiant qui passe, pas le cœur à boire.

M'ont laissé aussi mon ticket de métro pour rentrer et 2 bolivars, j'ai apprécié le geste de solidarité collective entre démunis on sait se serrer les coudes.

m'ont aussi laissé mes lunettes, mes fringues et ne m'ont pas touché.

A ce point là, c'est du pur atruisme.

Et je ne les ais même pas remerciés pour tout ça.

Bon, autant vous le dire, j'ai rien perdu ou presque.
50 bolivars (15 euros) c'est que dalle.
A la limite le plus chiant c'est l'appareil photo. Mais là encore ça se rachète.

Non, je ne deviendrais pas paranoïaque demain.
Simplement je planquerais ailleurs mes thunes, je n'aurais pas d'appareil photo, je ne m'arrêterais pas seul et puis tout ira bien.

Et si je me fais re-braquer
ben ils auront moins puisque j'aurais planqué mon fric dans un endroit un peu plus sûr.
Et s'ils le veulent, ils n'auront cas être réduits à faire comme la police française : toucher rectal !
Et je n'aurais aucune compassion pour ces jeunes désœuvrés, bourgeois que je suis.

En résumé, aujourd'hui j'ai été stupide, machiste, cupide, pingre, discourtois, sans compassion, bourgeois.

Mais je suis vivant et en bonne santé.

Et ça vaut bien un peu de rire jaune-orangé n'est-ce pas?

samedi 3 octobre 2009

Selon que vous serez métis (et rouge) ou golpiste, l'équilibre du traitement journalistique dans les Amériques

petit détour avec un billet coup de gueule sur la situation actuelle au Honduras qui me permet de casser quelques idées reçues sur la patrie vénézuelienne au passage.
modèle de billet emprunté au camarade Sébastien Fontenelle de "Vive le Feu"

Cher ami, futur "confrère", journaliste européen.
Tu es blanc, libre, tu as fais de très hautes études et tu es formé à la pensée néolibérale, comme quasi tous les "journalistes" français dignes de ce nom.

Tu travailles pour des torchons où tu penses bien faire ton boulot de "journaliste" même si de temps en temps y a des "pressions internes" pour t'expliquer que ceci va pas parce que ça va pas dans le sens du poil. Alors bon, comme tu veux pas te faire virer pour excès de zèle, tu retourne la brosse et te dis que c'est pas si grave.

il y a des sujets ainsi qui ne laissent pas de place au doute.
Par exemple un certain pays d'Amérique Latine. Dont tu sais que c'est une dictaturrrrre, un pays dans lequel il est interdit de s'exprimer librement, que tout est aux mains de l'Etat et que la voie totalitaire est en marche, URSS voire nazisme, de toute façon, c'est tous des hitléro-trotskystes ces gauchistes.
Comme le Venezuela, tu connais la situation et tu es certains que tout ce que peuvent dire c'est mal puisque ça vient d'un gouvernement stalinien.

Tout ça, tu le sais, par les dépêches AFP de journalistes parisien correspondant sur place, là-bas à Saint Germain les Prés, ou au mieux dans un hôtel riche pour occidentaux riches avec des interlocuteurs riches dans ces pays pauvres.

Mais ce n'est pas des méchants rouges qu'il s'agit aujourd'hui,
les "intérêts vitaux" de la Grande TransNation Boursière n'étant pas en jeu, ça sert à rien d'en parler.

C'est juste qu'en ce moment un pays subit un coup d'Etat militaire appuyé par une organisation toujours aussi "démocratique" qu'est la CIA, avec un gouvernement américain qui vocifère radicalement que "rhooo c'est pas bien les putschistes" meme si un groupe "républicain" au Congrès américain fait légèrement pression pour expliquer que le coup d'Etat était démocratique.
Tu pourrais te dire qu'il y a un problème.
Mais comme certains journalistes barbichus déclarent qu'entre un président légitimement élu et des militaires putschistes, il y a un équilibre, une meme mesure et que des nouvelles élections sont légitimes.
Tu ne feras rien.

Journaliste Parisien, de la Libération (néolibérale), du Monde (capitaliste) je pense que devrait poindre en toi ne serais-ce qu'un peu de conscience journalistique comme tu l'appelles si bien.
Et laisser tomber un peu ta prétendue "objectivité"
Pou avoir un seul "objectif" : faire ton boulot, soit de restituer les faits et transmettre l'information partout où tu le pourra.

Sauf que tu ne le fera pas.
Tu laissera ton directeur de rédaction t'expliquer que c'est plus complexe, que le président déchu avait violé la constitution d'ailleurs on a une source fiable : les putschistes !

Tu ne feras rien non plus en ce jour du 2 octobre 2009 où un décret suspend les droits constitutionnels dans le pays, ce qui entraine la fin la liberté d'expression, de réunion, et où des militaires prennent d'assaut les deux seules chaines osant diffuser l'information sur ce qui se passe dans ce pays.
Sans parler de chaque jour depuis 3 mois où la population manifeste pacifiquement dans les rues de Tegucigualpa, la capitale, malgré le couvre feu et où l'on compte déjà plusieurs dizaines de morts.

Non journaliste européen, tu ne feras rien.
Comme a Oaxaca, comme a Atenco, et comme partout en Amérique Latine où des tentatives de changement social ont eu lieu.

Mais la guerre sociale continue pour autant.


mais ça, ça ne changera rien à ton petit quotidien, non ? une lâcheté de plus ou de moins ?

hein, dis moi, "journaliste" ?

vendredi 2 octobre 2009

Venezuela : premières impressions

Que vous dire, que vous dire, chers gens pour vous décrire comment c'est de ce coté de l'Atlantique.

Déjà l'aéroport. Pas une pub commerciale, juste un énorme portrait de Chavez le doigt pointant touchant par effet d'optique la base de la structure architecturale de l'aéroport. Et quelques annonces de divers ministères.
oui, ça fait drôle.

Puis on sort après le contrôle douanier, moins "oppressant" qu'en Colombie.
A la sortie, bouffée de chaleur.
Parce qu'ici il fait chaud, du genre 30° la nuit et 36° le jour.

Et puis on monte dans la voiture de Vive TV qui vient me chercher.
Voiture non, 4x4, big truck, monstre serait plus juste, meme si ce n'est pas le plus gros que j'ai pu voir ici.
Départ de l'aéroport, situé au bord de la mer, avec presque la carte postale cocotier, mer bleu azur et villas côtières.
Et l'on grimpe au travers du massif montagneux qui borde la cité pour arriver à la ville proprement dite après 10 km environ.

Au milieu du trajet, surchauffe du moteur de la voiture, arrêt en plein milieu de l'autoroute.
Et là, aux abords des collines, des maisons.
Pas très grande, pas très solide, mais suffisamment pour tenir jusqu'au prochain éboulement ou glissement de terrain, à partir duquel, on reconstruira, même si ce n'est pas autorisé.

Voici donc les premiers barrios. Et ce n'est qu'un début car il y en a partout, tout autour de la ville. Un simple bout de terre et un logement parce que dans la vallée que constitue le centre de la ville de Caracas, il n'y a pas de place.

Changement de voiture, pour monter dans un 4x4 plus "petit" et voila Caracas.

Ici la liberté d'expression n'est pas un vain mot, elle existe quoi qu'en disent les journalistes européens (ça y est je suis classé chaviste) et elle s'exprime partout.
Y compris sur les murs.
Et sur les affiches publicitaires également.
Ca donne un truc particuliers où sur le même panneau, côte à côte :
"Pepsi-cola" qui se prolonge par "la revolucion es tuya". (c'est à toi qu'elle appartient)

et tout ou quasi est comme ça ais-je l'impression.
Et celle là ne me trompe pas.

Arrivée à l'Ateneo Popular où je loge après une heure de recherche, parce que "ateneo popular" ça n'existe pas pour les riverains, et pour cause à part une adresse mail et un téléphone, l'ateneo popular est en fait "Alnonors ".

Je m'installe rapidement, je découvre une sorte de ... non pas d'équivalent, ..
l'ateneo popular c'est une grande maison autogérée par des jeunes qui louent des chambres pas chères à divers voyageurs ou étudiants, où se fait également, cirque, théâtre, poésie, musique, débat politique, ... un peu tout quoi.

Je pose mes affaires et me rend en ville voir de plus près ce qu'est donc cette ville.

jeudi 1 octobre 2009

la dignité du cireur de pompe

Bon je suis arrivé, vous vous en êtes doutés, et plutôt bien ma foi.
Mais quoi qu'il en soit, avant de vous narrer mes premiers contacts avec Caracas, un petit rappel de ce qui s'est passé la nuit dernière.

Nuit dernière donc où le soir j'arrive à 21h, heure locale, à Bogota, Colombie. Le voyage a vraiment été, sans mentir, un plaisir, entre les collations servies régulièrement, l'écran multimédia sur le siège avec films, musique, suivi du vol sans oublier les écouteurs et les oreillers en bonux, bref traités tel des grands bourgeois, les 10 heures sont vite passées.

En revanche l'arrivée, ce fut une autre paire de manche. Un simple heure et demi pour passer la douane à cause de la foule qui n'avait rien d'autre à faire que faire de même. Salauds de voyageurs.
Et puis il a fallu dormir pour attendre l'avion suivant, le lendemain à 8h.
Tenter.

Dans un aéroport, c'est pas commode vous avouerez.

Surtout dans un aéroport où y a des télés à fond partout qui diffuse au choix des telenovelas (à côté de quoi benjamin castaldi est intelligent), des pubs ou de la propagande militariste colombienne ("les vrais héros existent .. en Colombie")

j'ai donc lu (le voyageur imprudent de René Barjavel pour les curieux), tenté de m'allonger dormir, re-lu, re-tenté de dormir.
Réveillé aux alentours de 5h du matin, je vois devant moi un type qui se fait cirer les pompes.
Costard cravate, petit veston et chaussure noires. Démarre une musique classique rapide.
Je ne comprendrais qu'ensuite que c'est la musique d'un autre film de propagande militaire (notre devise : Ordre et Liberté)
Et devant moi un homme qui cire les pompes.
Pas la gueule caricaturale d'un pauvre asservi, baissant la tête.
Tout le contraire en fait. C'est un employé de l'aéroport. Costume comme un douanier mais en habit bleu.
Le geste est précis, rapide, exécuté avec une finesse incroyable.
c'est de l'artisanat et du bon. Non pas de l'artisanat, simplement de l'art.
Je ne sais si c'est ma fatigue ou le fait d'arriver en ces lieux mais ...
Oui, cette homme cire les pompes comme s'il exécutait une œuvre d'art.
Il était digne. Vraiment.

Vous me connaissez, marxisant sur les bords, dans ma bouche "cirer les pompes" à quelqu'un ne sonne pas très artistique, plutôt lutte de classe et exploitation et tutti quanti.
Mais, bizarrement voyant ce type cirer des chaussures, j'ai eu une réflexion peu orthodoxe (peu marxiste orthodoxe).

j'ai pensé que ce type là à cirer des pompes, à exécuter cet "art" est au fond plus digne que beaucoup de travailleurs occidentaux.
Je m'explique avant qu'on m'assassine pour trahison idéologique.
Quand l'ouvrier est dans une chaine, dans une usine, il n'a le choix, ni de ses heures, ni de son salaire, ni de ce qu'il fait, ni de disposer de l'outil de travail et ni d'en récupérer le fruit. Bref, il est exploité.

Le cireur de pompe lui est propriétaire de son moyen de production (le cirage), il n'y a pas de division du travail, il effectue tout seul son boulot (pas un qui tiens la chaussure, un qui frotte, un qui lustre)
Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il a choisi son travail, je ne connais pas encore assez bien la sociologie du cireur de pompe.

Par contre, le bourgeois était lui soustrait à sa condition de donneur d'ordre, du sommet de la pyramide, au fond il était soumis. Il se soustrayait à son pouvoir pour assurer son prestige dont il est prisonnier.

Éternel débat entre le maitre et l'esclave, qui est le plus libre des deux ?
L'un comme l'autre ne sont évidemment pas enviable.
A la différence que sans cireur de chaussure, le "prestige" du bourgeois tombe. Et durant cette minute de cirage de pompe, s'il venait à l'idée d'un syndicaliste de son entreprise de venir causer conditions de travail ou salaire, je suis persuadé qu'il dominerait ce pauvre petit etre réduit à se faire cirer les chaussures pour exister socialement.

A ce moment, la musique de la propagande s'arrête, je détourne mon attention une seconde de ce spectacle social et j'entends passer une femme avec des talons.
Meme si on dirait une marche militaire parfois, armée des femmes "libres" ?

C'est juste que au moment de passer devant moi, surgit l'embardée, le mauvais geste qui lui fait perdre, l'espace de 5 secondes, l'équilibre. Sauf qu'au lieu de chuter lamentablement, elle exécute un rattrapage digne des plus grands acrobate. Et son pas de travers se transforme en pas de danse, gracieux, équilibré, parfaitement exécuté là encore.

Ainsi j'ai su que j'étais en terre latinoaméricaine.

c'est ce qu'un certain écrivain appelle le "réalisme magique".

lundi 28 septembre 2009

L'avant et l'après

Veille du départ : 23h 30

Ainsi serais-je, je m'enfuis à la découverte de l'autre, de l'ailleurs, du différent .. et de moi-même.

Ainsi serais-je, gamin, gosse, pitchounet de 19 balais tout juste sorti des couches culottes, avec ce simple bout de papier ( mon passeport) et ce simple tampon sur ce bout de papier (un visa) pour aller à bas, loin ...
Si peu pour si tant ...

Ainsi serais-je pendant 8 mois sans voir cette maison, ces voisins, ces murs, ces chats, ce bruit du silence, cette campagne déserte ou presque, ce Brox, cet Aveyron,
sans cette région, ce pays,
ce Continent, cet Occident.

Une page se tourne sans se déchirer.

Il y aura un avant et un après, ou même plusieurs après. Mais quels seront-ils ?

On peut comprendre l'émotion d'un départ pour peu qu'on accepte de bien vouloir le comprendre, mais on ne peut la ressentir qu'en la vivant, en tant qu'ami, frère, parents, proches.
Ou en partant soi-même.

Ainsi en sera-t-il d'un être Y passager d'un vol X à destination d'un lieu V.
Et pourtant, je suis, je vis et je serais.

"Hasta la vista ... todo ... si bien todo sea mas que nada"