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mardi 24 novembre 2009

Quand la télé communautaire tambourine à l'oreille de la Révolution

Nous quittons Catia TV et Caracas vers 16h.

Le soleil commence à décliner alors que nous voyons au loin les derniers ranchos de la capitale. Le trafic est pour une fois plutôt fluide. Nous sortons de la vallée dans laquelle se trouve Caracas est commençons la descente des collines. A chaque virage de la grand route qui serpente les flancs des collines, on croise encore un quelconque vendeur de perro caliente (hot-dog) installé sur le bas côté, encore quelques maisons ici où là, on distingue des sentiers dans la montagnes menant à des habitations encore plus incertaines, perdues dans les hauteurs et dans les arbres. On croise aussi les stations-service, celles de ce pays où le litre d'essence coûte moins cher qu'un litre d'eau potable. Nous suivons la route du Sud un temps puis bifurquons vers l'Ouest, vers notre destination, Maracay, État Aragua.

Les collines se font un peu moins pentues et et plus lointaines. Descendant vers les llanos, les plaines du centre du pays, les panneaux publicitaires jonchant les bords de l'autoroute se multiplient et prennent des dimensions toujours plus hallucinantes. Certains semblent plus larges que l'autoroute elle-même. Et nous continuons à rouler, où plutôt, serpenter cette route, à une vitesse relativement élevée compte tenu des nids de poule ou simple crevasses qui jonchent la chaussée de toute part. Le son de la musique llanera couplé à la climatisation à fond nous bercent et nous arrivons sans nous rendre compte à l'entrée de Maracay. Ou plutôt du municipio Francisco Linares Alcantara, notre destination.

Nous, c'est les 3 compagnons d'Alba TV, deux argentines et un uruguayen, et moi-même. Alba TV, encore un projet quelque peu révolutionnaire. Au Venezuela, VTV, canal gouvernemental, et Vive TV canal "du pouvoir populaire". Sur l'Amérique latine aujourd'hui il existe TeleSur, canal des gouvernements ... et est en train de naitre Alba TV canal des mouvements sociaux et des peuples latinoaméricains.
Comme la vingtaine des autres camarades d'Alba TV venant de toute l'Amérique latine, nous sommes envoyés aux quatre coins du pays pour voir de dedans comme ça se passe.
Certains sont a Maracaïbo, d'autres resteront a Caracas, a Catia TV, ou a Vive, Nous nous allons a Maracay.

A l'entrée de la ville, drôle d'impression. Est-on bien arrivé ou traversons nous une petite bourgade perdue dans les llanos ? C'est plat comme la plaine dans laquelle nous nous aventurons. Pas d'immeubles, pas de tours, pas d'immensité polluée de gaz d'échappement. Une grand avenue assez fréquentée avec des petites rues perpendiculaires, s'étendant à perte de vue, le tout formant un vaste quadrillage, mais l'ensemble et plutôt désert. Nous sortons de la voiture, et malgré l'heure avancée et la nuit tombante, il fait chaud, très chaud. Une chaleur à la fois lourde et étouffante. Un petit vent rend la chose plus supportable. Nous nous trouvons au cœur du secteur populaire « El Museo » du quartier Santa Rita. Face à nous une petite baraque avec une antenne dont il est difficile de distinguer le point culminant. Et dessus, une pancarte : Teletambores.


Nous faisons donc face aux locaux d'une des première télévisions communautaires vénézueliennes. Il en existe quelques autres qui datent autant, de 2001, comme Catia TV. Mais la majorité sont nées après, après le coup d'État de 2002 et la prise de conscience de la nécessité d'une communication alternative.

C'est justement le projet ici, ambitieux mais concret : créer un nouveau modèle de communication non asservi aux intérêts privés et surtout venant du bas, du peuple. En finir avec une télévision de cadres supérieurs qui disent aux gens quoi penser. En finir avec les standards multinationaux de formatage de l'information, de violence et de manipulation permanente. Visite rapide, 8 personnes en activité permanente, une dizaine d'autres en soutien plus irrégulier. Un bureau à l'entrée, une salle d'édition avec 3 ordinateurs, un studio de tournage en plein travaux, pas insonorisé. Et dans les bâtiments par derrière, des salles de réunion, une autre salle d'édition et le dortoir.


On rencontre Leonardo Briceño, directeur d'activité de la chaine. Il nous explique que les salles de réunions servent pour les conseils communaux du quartier, les comités de santé, etc .. et ne sont en rien réservé à la chaine. Logique, une chaine du peuple doit pouvoir donner un accès direct aux personnes pour lesquelles elle prétend s'exprimer.

Teletambores, comme toutes les chaines communautaires disposent d'un avantage certains sur tous ses concurrents, qu'ils soient privés ou publics : c'est une télévision totalement libre. Ils ont choisi ici de passer l'Alo Presidente non pas par contrainte mais par conviction. De même ils auraient pu utiliser la publicité mais le choix à été fait de s'en passer. Dans ces quatre murs s'érige une télévision communautaire locale, faite par et pour la communauté. Et ici encore, ce ne sont pas que des mots. On le voit tout de suite dans les programmes, dans les gens qui vont et viennent le jour et une partie de la nuit.



On déguste une platée de riz au restaurant chinois du coin. Ce n'est plus Caracas ici aussi, le double de quantité pour des prix moitié moindres.

En rentrant, on discute de tout et de rien avec les gens du quartier. L'un deux nous raconte l'Histoire, son histoire, comment il participa au Caracazo, en 1989, à 19 ans. Comment il s'engagea dans le groupe armée Bandera Roja, guérilla, en 1990, à 20 ans. Comment il pris du galon et participa à l'organisation du coup d'État manqué de 1992. Manqué à cause de la direction du groupe, qui déposa les armes en échange de postes ministériels, ces mêmes leaders qui sont aujourd'hui des « marxistes léninistes de droite », des opposants, encore. Mais surtout parce que le peuple ne soutenait pas.


Un autre nous parle d'ici, de Maracay, et de la garnison du coin, celle dont est parti le coup d'État manqué de 1992 et la même dont sont issus les militaires qui se levèrent en 2002 pour restituer Chavez après le putsch manqué de l'opposition. Ici le militaire n'est pas le putschiste hondurien ni le soldat de Pinochet. Aussi paradoxal que ce soit, c'est aussi une partie de ce Peuple, a la fois si abstrait et si concret. "Une révolution pacifique mais armée" ainsi que la présente Hugo Chavez lui-même. Toute cette histoire ici est encore présente, ne peut s'oublier, elle imprime les esprits, ... et donne quelques raisons d'agir pour encore un certain temps.

Municipalité chaviste, cet état d’Aragua est un des grands bastions de la révolution en nombre de votes. Ici aussi on critique, on est conscient des problemes, bureaucratie, corruption, .... Mais comme nous l'exprime Leonardo, il y a une certitude, ce processus est irréversible. Pourquoi ? Parce que même si l'opposition devient a un moment donné majoritaire, "comment fera-t-elle pour nous retirer les mercals, les dispensaires barrio adentro. Et surtout, comment feront-ils pour nous empêcher de penser ?"

L'histoire de Teletambores c'est aussi celle-là, celle de ce passé, qui s'oublie souvent, surtout en zone urbaine, quand on est au cœur de l'action et de la vie politique.
Et celle de ce processus que d'aucuns s'aventurent parfois a qualifier de révolution.

On est à Teletambores, à côté de Maracay, dans une ville à la campagne.
Et il fait chaud,

très chaud.

vendredi 13 novembre 2009

Nuit de fraternisation à Gramoven

Ce fut donc ce mercredi 11 novembre l'anniversaire de Vive TV. 6 ans d'information du pouvoir populaire. ON est parti fêter ça au milieu des communautés, à Gramoven, au campement civico-militaire.
On est en direct nationalement, une télé pour le peuple qui fête son anniversaire avec peuple dans un barrio populaire.


http://www.larevolucionvive.org.ve/IMG/jpg/granvive6aniv_gramoven.jpg

Le public est en joie, notre arrivée est une fête elle aussi. Public ? non, en fait le public, c'est nous la télé, ce sont eux les acteurs, c''est la caméra le spectateur. Elle filme les gens, les porte paroles mais aussi les travailleurs de la communication de Vive. Mécaniciens, caméraman, perchistes, tous ont leur mot à dire sur ce qui se passe. Il n'y a plus de journalistes, que des travailleurs de la communication, et ça se sent. De Vive comme de Gramoven, ils vivent dans les mêmes quartiers. Unis, un même peuple, une même classe.

Je m'éloigne un peu prendre un peu l'air et admirer la vue sur la vallée.
Je m'approche du parc à jeu pour enfants.
Ca grouille, ça crie, ça joue. L'attraction n°1 c'est cette vieille chaussure comme on en pêche dans les vieux étangs, et surtout, les pétards. et pis d'un coup, PAF ! ils s'amusent ainsi et recommence inlassablement.
D'autres jouent à la balançoire. Tiens, mais au fait, cette balançoire ? Eh oui, pas de doute, et ce cabanon en bois aussi, eux aussi fait partie du processus, aux aussi ont été construits par la communauté, dans le cadre de la mission Barrio Nuevo. Eux aussi sont révolutionnaires.

Ces gosses, sont-ils trop jeunes pour comprendre ? ou bien comprennent-ils déjà bien mieux que moi ?
Ces gosses, combien d'entre eux seraient aujourd'hui illettrés sans les missions Robinson et les écoles bolivariennes ? combien seraient drogués, dealers ou délinquants sans le processus ? Ces gosses qui demain seront ceux qui feront pérenniser cette révolution.
Car il n'y a presque plus de doute là dessus, c'est bien une révolution que vit ce pays.

Au loin, la vallée pleine de lumières. Jaunes, pour l'éclairage public, et les riches. Blanches, basse consommation, pour les pauvres.La lumière elle aussi reflète la lutte des classes.

Retour à la fête. L'ambiance est toujours aussi chaleureuse, et cette chaleur humaine monte encore d'un cran lorsque arrive deux ministres du gouvernement. D'abord Blanca Ekhout, fondatrice de Catia TV, présidente actuelle de Vive TV et également ministre de l'information et la communication. Joie, clameurs, applaudissements. Puis c'est le tour du ministre du logement, Diosdado Cabello, bolivarien de la première heure, et fervent porteur du projet Barrio Nuevo, qui passe le temps de son interview à faire des blagues.
Pas de cordon de sécurité, pas de garde du corps. Un chauffeur en costard et c'est tout. c'est décontracté à souhait. C'était pas prévu au programme mais ils s'intègrent parfaitement et on termine le direct. Puis on attaque le gâteau. C'est la responsable de la cuisine communautaire qui coupe. Blanca Ekhout, au delà de serrer les mains, fait surtout la bise à tous et toutes les camarades de Vive, encore une fois des mécanos aux "journalistes" et aux membres de la communauté. En fait, il n'y a pas de différence, en dehors du statut officiel. Elle aussi est du peuple, elle aussi vient d'un barrio, d'ici elle aussi. C'est pas pour rien qu'on parle de Ministères du Pouvoir Populaire. Démagogie ? Certainement, la preuve non ?

Je discute avec des gens de la communauté, pas en journaliste, en simple être humain au milieu d'autre humains avec une envie commune de fraterniser. Bref on parle de rien et de tout. Ils m'interroge sur ma manière de voir le pays et le processus et sur les conseils que je peux leur donner. Alors limpide, me sort la seule m'est à l'esprit alors. "Mais vous vous rendez pas compte qu'on a rien à vous apprendre ? Et que c'est plutôt à nous d'apprendre de vous ?" On ris tous devant cet élan de lucidité, ou de folie ou ne sait plus bien. Une dame me dit que Chavez est en train de devenir un nouveau Libertador, un nouveau héros national, comme Simon Bolivar.
Quand on pense que les missions n'existent pas sans lui, que le processus a été impulsé par lui, on peut se dire que ce n'est totalement faux.
Tiens et puis vive aussi, un canal du pouvoir populaire, c'est lui qui l'a fait démarrer.
Mais ils en ont tous conscients, même jusqu'aux plus profonds chavicistes : s'il est l'impulsion, l'essence, la force, les réalisations, c'est pas lui, c'est la base, le peuple. Et c'est loin d'être abstrait.

Une nuit à Gramoven. Les gosses jouent. Vive TV a 6 ans.

http://www.larevolucionvive.org.ve/IMG/jpg/granvive_6.jpg

INFORMATION COMPAREE ENTRE DEUX MEDIAS "PUBLICS"

Venezolana de TeleVision (canal du pouvoir): hier le ministre du commerce a accordé la nationalisation de Fama de America : "nous allons créer un grand service public de la filière du café" a déclaré le ministre du commerce et de l'industrie.

Vive TV (canal du pouvoir populaire): Hier, les travailleurs de Fama de America ont gagné la nationalisation de leur usine : "les travailleurs sont désormais tout à fait capables de prendre les rênes de l'entreprise" a déclaré Gustavo le porte parole du syndicat révolutionnaire de l'entreprise.

mardi 3 novembre 2009

Titre participatif .. par manque d'inspiration

Peu de nouvelles depuis quelque jours, je fais des chose ici et là, pas trop de temps pour vous chers lecteurs mais bon en résumé :

Jeudi : Gramoven, deuxième visite qui m'a permis de découvrir d'un peu plus près ce qu'est ce civico-militaire dont ils parlent tant. Je retrouve El Niño qui m'explique :
"Mêler peuple et militaires, c'est la seule chose à faire qui nous reste pour éviter qu'il nous arrive la même chose qu'au Honduras" . histoire d'armées populaires des années 70 au panama.
"il ne s'agit pas de s'armer pour combattre mais de créer nos défenses pour éviter d'avoir à le faire"
Circonspection; doute, prise de recul, analyse ... mais non décidément, pas moyen de parler de militarisation de la société. Peuple et armée, unis. Et pusi tout autour les avancées du barrio, circuit d'évacuation des eaux, toits en dur ...

Vendredi : je me désinforme toujours un peu plus sur la France. En zonant sur des sites gauchisants, je tombe sur un article traitant de l'Amérique latine par un "connaisseur" : Marc de Saint Upery.
Discussion en forme de commentaires successifs avec Monsieur Marc de Saint Upery en personne, auteur d'un ouvrage très détaillé sur les processus d'Amérique Latine mais qui ne correspond pas vraiment avec ma réalité quotidienne. Après débat riche et constructif, un des administrateur du site me contacte, il est intéressé pour que je lui fasse un article.
Dans la semaine donc, normalement, un article sort de ma plume sur le site : http://www.article11.info/

Samedi : ballade en ville. Passage à pied à côté du palais Miraflores, demeure du Président, situé quelques centaines de mètres ... des barrios. la garde présidentielle me fait signe : Interdiction de marcher sur le trottoir du côté du palais. Horreur et circonspection là encore. Au soir, je regarde un documentaire sur le coup d'Etat de 2002 contre Chavez. Comment l'opposition a fait tourner au sang une manif, comment les militaires sont restés fidèles au gouvernement, comment les médias ont fait l'impasse sur la réalité, comment des snipers ont tirés dans le tas entrainant une confusion monstre qui sera vu à le télé comme les méchants chavistes qui massacrent les gentils démocrates, comment 2 millions de personnes étaient le lendemain dans la rue pour demander le retour de Chavez. Tiens j'ai justement traversé une heure avant le pont où se trouvaient les snipers. Tu m'étonnes le besoin de sécurité du lider rouge à casquette, nulle circonspection aucune.



Dimanche : un tour au ciné. Bastardos sin Gloria, ou plutôt Inglorious Basterds de Quentin Tarantino. Nostalgie, on parle de la France. Bon autre époque puisque seconde guerre mondiale. Très drôle de regarder un film où l'on parle français et anglais sous titré en espagnol. Sauf que, drame international, j'ai vraiment beaucoup de mal à comprendre le français et je me rabat sur les sous titres beaucoup plus limpides. très bon film au final.
Au soir on parle du machisme avec les compagnons de la coordinadora Simon Bolivar en sirotant une cerveza. Ils rient de leur comportement, c'est un bon début.

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Lundi : retour à Fama de America, l'usine de café qui demande la nationalisation. Ambiance festive. Des ouvriers de l'entreprise la Gaviota sont venus jouer une pièce de théâtre. La Gaviota, usine de conserves de sardines, des mois de lutte, au final, expropriation du patron, contrôle ouvrier, sans direction ... ouais autogestion si vous voulez. C'est à Cumanà, dans l'Etat de Sucre, juste en face de l'île à touriste la Marguarita. Je sas déjà où j'irais s je me rends dans ce coin.



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Au soir, les camarades mlitants de l'IEP m'apprenne que le syndicat est assigné en justice au tribunal Administratif de Toulouse par l'administration de science po pour ne pas avoir exécuté l'ordre d'évacuation du local syndical, requis : 1500 euros d'amende + 500 euros par jours de retard. On en est à près d'un mois d'occupation tacite. De là où je suis, je peux pas faire grand chose, mais j'oublie pas. Passage au tribunal lundi prochain. Au repas du soir on me fait goûter un papelon con limon, une limonade au citron et au jus de canne à sucre. rafraichissant.

Mardi : arrivée à Vive des compagnons d'Alba TV, pour l'instant un site web sur les mouvements latino américains, qui a vocation à devenir une véritable télé. Un canal du pouvoir populaire à dimension internationale. Ils sont là pour se former, ils viennent de toute l'Amérique Latine et nous racontent un peu les autres pays.

Mail de l'administration de science po, ah ils ont enfin un scanner et même un service dédié pour les stages. je découvre ma 2e convention de stage et le programme pur la Bolivie : "re-dynamisation des expériences de développées par le centre de communication de l'ONG. Relance de la stratégie communicationnelle de l'association de phase 1.
Sans novlangue, en clair, ça veut dire que je vais participer à construire avec mes petits bras une radio communautaire locale et que je vais remodeler leur site web. Ça va être bien.
Au soir, des camarades indigènes de Bolivie viennent visiter la coordinadora. j'en apprend au passage plus sur ce lieu, symbole de la résistance depuis près de 50 ans, avec le frère ou la sœur d'un tel, mort sous les tirs de la dictature/"démocratie représentative".

Et ce n'est pas tout puisque ...

vendredi je me rends à la l'Université Centrale du Venezuela (UCV), fac largement conservatrice puisque réservée à l'élite jusqu'à il y a peu. où une organisation de jeunesse organise une consultation des étudiants sur la participation directe des étudiants dans la décision des politiques de l'université, de la cogestion révolutionnaire, ca va être bien aussi.

Et lundi, mardi, mercredi prochain, immersion totale pendant 3 jours avec les compagnons d'Alba TV dans un atelier de communication populaire qui se déroulera chez d'autres camarades, à Catia TV une autre télé communautaire plus locale mais tout aussi intéressante.

Les coupures d'eau sont fixes maintenant, le mercredi et le jeudi, celle d'internet non et durent plus longtemps. J'ai enfin croisé ma première cucaracha (gros cafard) dans la douche, sensation assez surprenante vu la taille du machin, surtout le matin au réveil. Surprise aussi avec les fourmis, étonnamment minuscules.

Pour le reste, je vais toujours très bien et j'ai pas le temps de causer à des gens qui passent leur vie sur internet ...

dimanche 11 octobre 2009

la dialectique du paisano

Ce soir j'aurais aimé vous parler de Yaré, un peu plus en détail, du cours de "formation idéologique" que nous y avons reçu, de la manière dont les habitants ont pu entrevoir la dimension socialiste dans leur démarche, sans endoctrinement, et tout ça avec des mots simples, une méthode claire partant du concret, et avec des maths et des citations de Lénine.

Mais là ce qui me vient à l'esprit c'est la conversation dans la voiture au retour.

Une fois reparti de Yare avec les compagnons de Vive, la discussion entre eux s'engage, sur l'aspect religieux ou populaire des diables de Yaré. Et puis quelques minutes plus tard je ne sais comment la conversation à dérivé sur le terme dialectique.

Un débat s'est engagé sur le fait de savoir si la dialectique est une manière originale de penser ou une structure mentale présente dans chaque chose et chaque être et que la manière de voir en question est elle de la logique.

Vu mon niveau d'espagnol, j'ai pas pu tout suivre.
Par contre j'ai pu voir que les journalistes qui étaient autour de moi, en savaient des choses, bien plus que n'importe quel journaliste français moyen.

A un moment notre chauffer, Adam, interpelle son compagnon : "tout ce que tu dis sur la dialectique c'est très bien mais toi tu tiens ton savoir de l'université, qui malgré les efforts de la révolution reste une structure bourgeoise. moi je viens d'en bas, de la rue. La dialectique du monde je l'ai vécue."

Silence.

Le débat s'engage ensuite sur la question de l'idéalisme, auquel je participe, et où je me rend compte que ce mot n'a absolument pas le même sens ici qu'en Europe. Ici, idéaliste c'est à relier avec le positivisme, et être idéaliste c'est la manière la plus dictatoriale de penser le monde.

La encore, le débat me dépasse.

Et je pose donc une question à Adam, un poil gênante, mais "d'où te viens ce savoir toi qui viens de la rue"' ?

Et il me raconte un bout de sa vie :

Né dans un province du centre du pays, le Yaracuy. Dans une communautés indigènes.
Avant sa naissance ont commencé à arriver des étrangers qui ont acheté des terres, et puis en montant les personnes les unes contre les autres, contre un peu d'argent parfois, contre rien souvent, ils sont devenus propriétaires de tout.

Adam alors est arrivé en âge de travailler, sauf que du travail il n'y en avait plus, les terres étaient au latifundio, il n'avait plus rien à faire chez lui.
Alors il a été déplacé, pour ne pas dire déporté, exilé.
Il est allé à la capitale, Caracas, pour trouver du travail.
Et il a trimé, exploité par ses patrons, a vécu dans un barrio où c'était la débrouille et rien d'autre, il a vécu tout ça.

Puis un jour une opportunité s'est présenté à Venevision, chaine privée, il y est allé.
Il a appris le boulot mais aussi la propagande.
Il a rencontré sa femme, a eu des gosses, a vu le Caracazo, les 3000 morts en 1989 après a répression d'une émeute de la faim.
Et puis est arrivé la révolution qu'il a tout de suite soutenu.
Et le voila à Vive TV.

ce type c'est le même qui en allant à Yare me racontait déjà avec tous les détails la riche Histoire du Venezuela depuis le début du XXe siècle.

Ce type c'est un parmi des dizaines de Venezueliens, un paisano, un paysan, un du pays, de la campagne profonde.

et c'est lui qui était en train de disserter sur la dialectique hégélienne en revenant d'une communauté où se créer une assemblée constituante locale.

mardi 6 octobre 2009

Vive Tv es una revolucion

Il est maintenant temps de vous présenter la chaine où je travaille, Vive Television.

Vive pour Vision Venezuela
Le titre pas la peine de traduire j'espère (bande de monolingues)
Et pour présenter quelque chose d'aussi vaste, d'un programme aussi large, quoi de mieux que quelques lignes par les fondateurs eux-mêmes, traduites de l'espagnol, écrites au Venezuela, même si ça résonne un peu plus large.

"En définitive, la démocratie néolibérale, bourgeoise, représentative dépend pour exister de l'application d'une dictature médiatique (...) L'inquisition médiatique, au travers du terme d'opinion publique, persécute les résistances et ne permet aucune différence et légitime la répression.C'est ainsi que le bruit des médias étouffe les cris du Peuple. Mais en période de révolution, la voix populaire s'assume comme véhicule fondamental de la Démocratie. Et comme média de secours, véritable canal de diffusion de ces voix naquit Vive Tv en 2003.

"Il n'existe pas de Démocratie Participative, exercice politique populaire, sans développement d'une communication humaine, vraie, plurielle, horizontale et cultivant le dialogue entre les sujets pensants."

par Blanca Eeckhout, première et actuelle présidente de Vive TV, aujourd'hui ministre (du pouvoir populaire) de la communication.

Je pense que vous avez bien saisi qu'il ne s'agit pas d'une télévision comme les autres.
S'il faut encore une preuve le slogan est tout simplement "la révolucion se haga television"
(la révolution se fait télévision).

Vive est une anti-télévision. Car chose fondamentale, ce ne sont pas les journalistes qui font la télé.

On va me dire "tout comme en Assemblée Générale de grève ce sont pas les grévistes qui font le débat". Eh bien non, pas comme en AG.
Car aussi extraordinairement que cela puisse paraisse, quand on donne la voix à un Peuple qui n'a jamais été écouté durant des siècles et qui n'a toujours pas pu s'exprimer même après l'avènement de la "démocratie" (représentative) dans les années 50, on comprend que quand un certain Hugo leur donne la possibilité de l'ouvrir, ils ne se gênent pas pour ça. Et donc il n'y a pas une minorité politisée qui parle pour le reste, qui se tait parce qu'il s'en fout et pense que de toute façon ça sert à rien. non. C'est un constat que j'ai vu sur le terrain encore aujourd'hui, on entends le Peuple dans son ensemble. les gens.

A Vive TV il n'y a pas de publicité mais parfois de la propagande, assumée comme telle.
On parle information mais aussi communication, parce que faire la distinction ici c'en devient hypocrite.
A Vive TV le chef de la section formation peut déclarer dans une réunion que la chaine n'est pas assez politique, militante sans se voir traité de chaviste, doctrinaire ou je ne sais quoi, c'est juste un constat. On parle de lutte des classes au quotidien puisque qu'elle est devant nos yeux.
L'esthétique est remplacée par du politique, du communautaire, du culturel.
On ne parle pas non plus d'histoires individuelles mais de conseil communal, d'histoire collective ...
A Vive TV ont parle de révolution tous les jours, on la filme au quotidien et on la fait.

Dis comme ça ça parait idyllique, et ça l'est, j'en conviens bien sûr.

Mais c'est pour vous dire qu'à Vive on regarde juste ce qui se passe sur le terrain, soit concrètement un processus révolutionnaire et on laisse la parole à ceux qui en sont acteur.